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Au-delà des lunes d'Allagore

Episode 1

Le courroux de la reine

Perdue au fin fond de l’univers, cachée derrière des étoiles oubliées et des nébuleuses inconnues, se trouvait la planète Allagore. Principalement minière, Allagore n’était guère accueillante. Confortablement logée dans son excentrique château flottant au-dessus des terres et solidement rattaché au sol par de lourds maillons, la Reine y régnait seule sur une armée d’esclaves. Le véritable royaume, lui, était réparti dans les trois lunes d’Allagore : Elenaor, Illusib et Dagostere. Trois petites lunes grouillant de populace et de technologie que les mineurs rêvaient parfois de rejoindre alors qu’ils travaillaient sous le soleil meurtrier.

Pourtant, perdue quelque part dans les tréfonds du château, une jeune femme aurait tout donné pour retourner à son dur labeur. Les yeux grands ouverts, Hell’ya observait l’eau qui l’entourait. L’envie de hurler la démangeait, mais elle ne voulait pas prendre le risque que l’eau s’infiltre dans ses poumons déjà en feu. Les bras qui la maintenaient sous la surface relâchèrent finalement la pression et elle releva la tête pour reprendre son souffle.

« Presque deux minutes, commenta la Reine depuis son trône. Ce n’est pas mal. Replongez-la, ordonna-t-elle aux deux gardes qui tenaient la jeune fille.

– Attendez ! s’écria cette dernière. Je… j’ai quelque chose à dire ! »

La reine Daïga se pencha en avant, cala son menton dans le creux de sa main, et sourit.

« Enfin quelqu’un de raisonnable. Dis-moi donc, esclave, où sont les précieux cristaux que tu m’as dérobés ? »

Hell’ya prit le temps de respirer un instant avant d’articuler lentement :

« Je n’ai rien volé. »

Le visage de la Reine se crispa. Elle s’apprêtait à répliquer quand les grandes portes à l’autre bout de la pièce s’ouvrirent brusquement. L’expression de Daïga changea du tout au tout, et s’empreint d’innocence.

« Gardien ! »

L’homme qui venait d’entrer avança jusqu’au trône et s’agenouilla devant sa reine.

« Votre Majesté », dit-il solennellement.

Il se redressa et jeta un coup d’œil à la jeune esclave. Celle-ci le regarda intensément, gravant dans sa mémoire ses traits harmonieux, sa mâchoire carrée, ses yeux bruns et ses cheveux de jais. Si elle devait mourir ce jour-là, elle pourrait au moins profiter de la vue d’Ary’el Helmeda une dernière fois.

« Votre Majesté, répéta Ary’el, avec tout le respect que je vous dois, puis-je vous demander ce qu’il se passe ? Je viens tout juste de rentrer d’Elenaor, et j’apprends que sept esclaves de ma mine ont été exécutés. Qu’est-ce que cela signifie ? »

Son ton était calme, mais la veine battant contre sa tempe indiquait qu’il luttait pour garder son sang froid. Daïga se leva brusquement de son siège et descendit les marches qui la séparaient du jeune homme.

« Oh, Gardien ! C’est terrible, terrible ! »

Elle se laissa tomber dans ses bras et posa sa main sur son front, comme frappée par un mal inconnu. Ary’el la rattrapa, visiblement habitué à ses extravagances.

« Quelqu’un m’a volé mes cristaux, Gardien ! Volé ! À moi ! »

Elle enfouit son visage dans son torse, ne laissant plus paraître qu’une foisonnante chevelure dorée secouée par les sanglots.

« Qu’ai-je fait pour mériter un acte si cruel, Gardien ? »

Hell’ya leva les yeux au ciel. La mauvaise foi de la reine l’irritait au plus haut point. Daïga n’avait jamais montré la moindre once de pitié pour qui que ce soit. Cruelle dirigeante, elle aimait exploiter les esclaves pour assouvir sa soif de pouvoir.

« Je comprends votre désarroi, ma Reine. Mais cela n’explique toujours pas ce que vous faites de mes esclaves. »

Elle se redressa brusquement et fit la moue.

« J’ai voulu mener l’enquête. Les esclaves n’étaient pas très bavards, alors j’ai essayé de les motiver. Malheureusement, mes tentatives ne les ont pas rendus plus loquaces…

– Je vois, continua Ary’el, toujours aussi calme. Si vous me le permettez, je pense être plus à même de découvrir l’auteur du vol, Votre Majesté. Mais je ne peux me permettre de perdre des esclaves inutilement. »

Daïga battit des cils et acquiesça.

« Vous avez raison. Laissez-moi juste tuer celle-là, ajouta-t-elle en pointant son doigt vers Hell’ya. J’aime finir ce que j’ai commencé. »

La jeune fille sentit son souffle se couper et un frisson lui parcourut l’échine. Le regard d’Ary’el se posa furtivement sur elle avant de se reporter sur la reine.

« J’ai bien peur de devoir refuser, ma Reine. Cette esclave est l’un de mes meilleurs sujets. Son niveau de production fait partie des plus élevés. Vous ne voudriez tout de même pas ralentir la vitesse d’extraction des cristaux ? »

Les traits de Daïga se plissèrent dans une moue boudeuse alors qu’elle réfléchissait.

Hell’ya, qui observait la scène sans oser dire un mot, sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Bonne esclave ou non, la reine pouvait très bien décider de la tuer par pur caprice.

« Très bien. Ramenez-la donc à la mine si cela vous chante. Je ne peux décidément rien vous refuser, Gardien », ajouta-t-elle d’une voix mielleuse.

Ignorant les traits du jeune homme, soudainement crispés, elle se dressa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur ses lèvres.

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