la maison d'édition de séries littéraires

Au-delà des lunes d'Allagore

Episode 11

Descente aux enfers

Sa main serrant fermement celle d’Ary, Hell faisait de son mieux pour suivre la cadence. La journée était à peine entamée et les rues étaient relativement vides. Ary ne disait rien, mais elle se doutait que l’inquiétude le consumait tout autant qu’elle.

Lorsque la ville s’anima enfin, Hell se sentit rassurée. Ils seraient plus difficiles à repérer au milieu de la foule. Dans d’autres circonstances, la jeune fille aurait aimé s’arrêter pour observer la ville et voir comment se déroulait la vie ici.

Ils débouchèrent sur une place déjà noire de monde et Hell se colla au Gardien de peur de le perdre.

« Est-ce que le Grand Karreher est encore loin ? »

Ary hocha la tête.

« Nous allons devoir prendre une navette pour arriver à temps. »

À voir l’expression de son visage, Hell devina que ce n’était pas une bonne nouvelle. Il bifurqua dans une rue adjacente qui, contrairement à la place, était complètement vide. À quelques mètres d’eux, des escaliers s’enfonçaient dans le sol. Ceux-ci n’étaient pas éclairés et semblaient mener aux entrailles mêmes du satellite.

Ary s’arrêta brusquement devant l’entrée, hésitant.

« On est obligés de descendre là-dedans ? fit-elle, incrédule.

– J’en ai bien peur. Les moyens de transport à la surface sont contrôlés et l’on doit montrer notre ID pour pouvoir monter.

– Et pas ceux d’en bas ?

– Non...

– C’est dangereux de passer par-là, n’est-ce pas ? »

Il ne répondit pas. À la place, il sortit un couteau de son sac et le lui tendit.

« Garde le à portée de main. N’hésite pas à t’en servir. »

Elle lui lança un regard plein d’inquiétude, mais comme il ne semblait pas disposé à approfondir sa pensée, elle prit l’arme et la coinça dans sa ceinture.

« Est-ce que j’aurais besoin de m’en servir ?

– J’espère que non. »

Un silence pesant s’installa et aucun d’eux n’avança. Les yeux toujours fixés sur l’entrée sombre, Hell se figurait une véritable descente aux enfers.

« Combien de temps on va rester en bas ? »

Il haussa les épaules.

« Je ne sais pas trop. On doit se rendre au terminus. Si on est chanceux, le trajet ne durera pas plus de deux heures. »

Le nez de la jeune fille se plissa. Chanceux... L’avaient-ils jamais été ?

Ary prit une profonde inspiration et resserra la main de sa compagne avant de l’entraîner vers les escaliers. Ils étaient vides, sombres et silencieux. Seul le bruit de leurs pas précipités et leurs respirations haletantes se faisaient entendre.

« Il y a régulièrement des navettes qui passent. Avec un peu de chance, la prochaine sera vide. »

Hell hocha la tête, bien qu’il ne puisse la voir.

« Il n’y aura pas de contrôleurs ?

– Non. Il n’y a même pas de conducteurs. Les navettes sont automatisées. »

La descente était interminable.

« Si l’on n’est pas seul, continua Ary’, n’adresse la parole à personne. Évite de parler tout court. Moins l’on se fait remarquer, mieux c’est. »

Définitivement affolée par les mises en garde d’Ary, Hell porta la main à sa ceinture pour s’assurer que le couteau y était toujours, espérant de tout son cœur qu’elle n’aurait pas besoin de le sortir.

« Qui utilise les navettes d’en-bas ?

– Ceux qui ne veulent pas être vus. Parfois, ce sont juste des gens normaux qui veulent rester discrets, ou bien qui veulent gagner du temps : il n’y pas de trafic en bas, le voyage est plus direct. Le problème, c’est qu’on y trouve aussi beaucoup de criminels. La surface est très contrôlée. Ici… c’est différent.

– D’accord », souffla Hell qui regrettait d’avoir posé la question.

Son pouls s’était accéléré et son sang tapait assez fort dans ses veines pour lui donner mal aux tympans. Cependant, elle avait besoin de savoir ce qui les attendait.

« Quelle est la probabilité que le voyage se passe sans accroc ? »

Pas de réponse.

« Ary ? Tu as entendu ma question ?

– Ouais, répondit-il, visiblement irrité. J’ai entendu.

– Et donc ? Est-ce que c’est possible que tout se passe bien ?

– … Je ne pense pas. Pas sur un voyage aussi long. »

Bien qu’elle s’y attendât, une partie d’elle aurait voulu qu’Ary la rassure. Si lui-même ne croyait pas qu’ils soient capables de rejoindre le Grand Karreher sans ennuis, cela ne présageait rien de bon.

Ils arrivèrent enfin en bas des escaliers. Hell jeta un coup d’œil en arrière : la sortie n’était plus qu’un point de lumière à peine perceptible. Elle détourna le regard et s’élança dans un couloir sombre et mal éclairé. Parfois un néon à la lumière grésillante apparaissait, dévoilant des murs sales couverts de graffitis.

Le conduit empestait l’urine et elle aperçut à plusieurs reprises de petits yeux brillant dans l’obscurité qui les observaient un instant avant de détaler dans la direction opposée.

Après de longues minutes de marche, le couloir déboucha sur une lourde porte métallique. Ary la poussa et ils arrivèrent enfin sur le quai. L’endroit était mieux éclairé, mais guère plus rassurant.

Quelques bancs crasseux étaient installés à l’opposée des rails, ils s’assirent en attendant la navette.

L’endroit était vide et le silence insupportable.

« Et maintenant ? demanda Hell en avalant difficilement sa salive.

– On attend. Et on prie. »

Être averti des dernières sorties, directement par emaill
Recevoir la Newsletter