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Au-delà des lunes d'Allagore

Episode 13

Les pilleurs

Pendant une seconde, Ary resta immobile. De tous les scénarii qu’il passa en revue, bien peu leur offraient une chance de salut.

« Ary, fit Hell en le sortant de ses pensées, c’est quoi des pilleurs ? »

Il avala difficilement sa salive. Sae le devança et répondit d’un ton railleur :

« À ton avis ? T’as combien d’neurones dans la caboche pour pas deviner ? »

Hell la fusilla du regard.

« Je me doute bien que des pilleurs, ça pille ! Je veux juste savoir à quel point on est dans la merde, OK ?

– Les pilleurs ne se contentent pas de faire les poches des passagers, intervint une passagère qu’Ary n’avait pas remarqué jusque-là. Ils volent vos ID, enlèvent quelques personnes et tuent ceux qui restent. On est condamnés. »

La capuche rabattue sur le crâne et le regard sombre, la jeune femme jeta un froid dans la salle.

Ary tapa brusquement dans ses mains, les jeunes rebelles sursautèrent.

« D'accord, alors c'est bien sympa le pessimisme, mais ça ne va pas nous sauver. Alors au lieu de se morfondre, je propose qu’on évalue nos chances de réussite. »

La plupart des passagers hochèrent la tête, visiblement soulagés que quelqu’un prenne les choses en mains.

« Rapide sondage : qui ici a déjà tué et n’a pas peur de recommencer ? »

Il leva sa main pour donner l’exemple. Il jeta un coup d’œil autour de lui, mais personne ne se manifesta. Personne, sauf une.

« Hell ? s’étrangla-t-il. Tu as déjà tué ? »

Prise de court, elle balbutia :

« Bah… Oui. Quelques fois. C’est pas facile d’être une fille dans les mines, faut bien montrer l’exemple à ceux qui se montrent trop entreprenants. »

Il s’apprêtait à lui poser plus de questions quand il se ravisa : ce n’était pas le moment.

« OK, peu importe, fit-il en secouant la tête. Personne d’autre ? »

Les quatre adolescents le toisaient d’un air atterré.

« Désolés de ne pas être des sales psychopathes comme vous ! couina Lin.

– Eh ! protesta Hell. Je croyais que c’était le moyen de transport des criminels ici, pas des gamins en pleine crise d’adolescence !

– La nuit ! rétorqua la blonde d’une voix encore plus hystérique. La journée, c’est censé être calme ! Les pilleurs n’attaquent jamais la journée. (Elle fronça les sourcils.) D’ailleurs, je me demande ce qu’ils font là... »

Au moment même où elle termina sa phrase, la navette fut prise d’une violente secousse, projetant au sol les passagers. Les lumières grésillèrent un instant et quelques ampoules sautèrent. Un crissement strident se fit entendre et le véhicule ralentit un instant avant de complètement s’arrêter.

« Ils sont là, souffla la fille à la capuche.

– Que tout le monde reste calme, somma Ary. Hell, garde ton couteau à portée de main. Les autres… laissez-nous gérer. »

Des bruits de pas se firent entendre et les portes s’ouvrirent dans leur grincement habituel. Deux hommes à la mine patibulaire entrèrent, leurs armes pointées sur le petit groupe.

« On n'a pas beaucoup de temps alors on va faire ça vite : tout le monde face au mur, les mains sur la tête. »

Ary fronça les sourcils. Il n’avait jamais rencontré de pilleurs mais il en avait entendu parler longuement : ils n’étaient pas particulièrement réputés pour leurs compétences de négociateurs.

Les autres le regardaient anxieusement, attendant de voir ce qu’il allait faire. Lentement, il plaça les mains sur sa tête et tourna le dos aux pilleurs. Tous l’imitèrent, inquiets.

Curieux, Ary tourna discrètement la tête pour voir ce que les pilleurs faisaient. Il les vit se rapprocher de la première personne et scanner son ID. L’homme secoua la tête en signe de négation et passa au suivant.

Le sang d’Ary se glaça quand il comprit ce qui était en train de se passer. Comme l’avait dit Lin, les pilleurs n’avaient pas pour habitude d’attaquer en journée. Et s’ils n’étaient pas là pour piller, peut-être était-ce que quelqu’un leur avait confié une autre mission. Retrouver des fugitifs, par exemple.

L’un des pilleurs se plaça derrière Ary et poussa un grognement.

« Elle est passée où, ton ID, gamin ? »

Sa mâchoire se crispa.

« On me l’a volé. »

Une main épaisse se posa sur son épaule et le retourna sans ménagement. Les yeux de l’homme le scrutèrent d’un air mauvais. Il jeta un coup d’œil à la tablette qu’il tenait à la main.

« Eh, Jackev, qu’est-ce que t’en penses ? demanda-t-il à son partenaire de crime. Tu trouves pas qu’ça lui ressemble ? »

Ary se retint de déglutir : ils le comparaient à une photo de lui.

Jackev observa l’image un instant, puis le visage de son otage.

« Chais pas. Dur à dire. »

Il avança d’un pas vers Hell, qui se tenait à gauche du Gardien, puis souleva ses cheveux pour inspecter sa nuque. Sa cicatrice était plus ancienne et moins visible, aussi il ne la remarqua pas. Ce n’est que lorsqu’il plaça son capteur au-dessus et que rien ne se passa qu’il comprit qu’elle non plus ne possédait pas d’ID.

Il la retourna violemment et la plaqua contre le mur, la laissant échapper un cri étouffé.

Il attrapa le visage de la jeune fille pour l’examiner, et Ary se retint de lui sauter à la gorge. Ce n’était pas le bon moment.

« R’montre l’image de la fille ?

– On n’en a pas. Les esclaves ne sont pas fichés. »

Un rictus déforma le visage de Jackev.

« Ah ouais ? Ça explique pourquoi celle-la ne semble plus avoir d’ID depuis un bout d’temps. (Il ricana.) Hé, Claus, devine qui c’est qui qui va se ramasser un joli petit pactole de la part de la reine ? »

Claus n’eut pas l’occasion de répondre. Ary avait profité de l'inattention des pilleurs pour se jeter sur lui et lui arracher son arme. Il pressa la détente et l’homme fut propulsé dans les airs avant de s’écraser lourdement contre la paroi métallique, la déformant sur son passage. Ary se tourna pour viser le deuxième pilleur, mais celui-ci avait déjà pris ses précautions : il tenait Hell en otage, canon contre la tempe.

« Si tu veux pas retrouver ta copine le cerveau à l’air, j’te conseille de poser ton arme. »

Ary hésita un instant. Hell le regardait intensément ; elle secoua la tête d’un air presque imperceptible, lui faisant comprendre qu’il valait mieux capituler pour le moment.

Résigné, il posa son arme sur le sol et la fit glisser vers Jackev.

« J’préfère ça, marmonna-t-il. Remets tes mains sur ta tête ! »

Lentement, Ary obtempéra. Si le pilleur avait pour mission de les ramener à Daïga, ils ne craignaient pour l’instant pas grand chose.

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