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Au-delà des lunes d'Allagore

Episode 15

Dernière ligne droite

Avant de remonter à la surface, Hell avait arrangé ses cheveux tout ébouriffés par leurs péripéties et essuyé le sang au coin des lèvres d’Ary.

Le cœur battant, elle remonta les escaliers aux côtés de son ami. Une fois dehors, la luminosité lui fit plisser les yeux.

Ary s’arrêta un instant pour déterminer le chemin à prendre et se remit en marche. Ils traversèrent de nombreuses rues désertes avant de tomber sur un mur qui semblait interminable. Hell se tordit le cou pour voir jusqu’où il montait. Elle n’arriva pas à en déterminer la hauteur exacte, mais une chose était sûre : il était immense.

« L’aérodrome se trouve derrière, précisa Ary.

– Comment on va faire pour entrer ? »

Il l’attrapa par le bras et ils se mirent à longer le mur.

« Personne n’entre à pieds. Il va falloir intercepter un véhicule qui se rend là-bas. »

Ils marchèrent un moment, puis Hell se figea lorsqu’elle aperçut l’entrée principale gardée par des hommes armés.

« Je crois qu’on y est », souffla-t-elle.

Ary se contenta de hocher la tête. Ils s’éloignèrent de l’entrée, longeant une rue parallèle, et s’arrêtèrent à un carrefour. Rapidement, ils aperçurent un véhicule approcher, assez grand pour contenir quelques marchandises à l’arrière… et probablement deux personnes de plus.

« Hell, tu penses pouvoir jouer les demoiselles en détresse ? »

Elle fronça les sourcils.

« Tu penses que le conducteur me fera monter juste comme ça ? »

Il secoua la tête.

« Non. Mais si tu arrives à le faire sortir, je devrais pouvoir rentrer à l’intérieur et t’ouvrir la porte arrière. »

Elle hocha la lentement la tête, réfléchissant à ce qu’elle allait bien pouvoir inventer.

« Combien de temps est-ce que je dois le retenir ?

– Pas très longtemps. Une ou deux minutes devraient suffire.

– D’accord. Et s’il comprend mon manège ? »

Ary hésita un instant.

« Je ne serai pas loin.

– D’accord, répéta-t-elle pour se convaincre que tout allait bien se passer. Alors, je suppose que c’est parti… »

Elle sortit de l’ombre et fonça vers le fourgon. Le conducteur freina d’un coup sec, manquant de peu de la heurter. Hell fit un bond en arrière et tomba sur le sol. Elle n’avait pas eu besoin de simuler : ayant mal évalué la vitesse du véhicule, elle était passée à deux doigts de se faire faucher.

Le souffle court, elle fixait le monstre métallique qui avait failli l’écraser.

Une portière claqua et un homme d’une trentaine d’années se précipita vers elle. C’était un grand blond à la carrure imposante. Il s’accroupit à côté de la jeune fille et son regard inquiet se posa sur elle.

« Vous allez bien ? s’enquit-il. Vous avez débarqué de nulle part, j’ai failli vous écraser !

– Ç-ça va, balbutia-t-elle. Plus de peur que de mal… enfin je crois. »

Elle lui présenta son plus beau sourire, espérant que cela suffise à lui faire oublier que son véhicule se trouvait sans surveillance. S’il tournait la tête, il verrait tout de suite Ary se faufiler à l’intérieur et lutter avec les sièges avant pour rejoindre l’arrière du fourgon.

« C’est dangereux de courir sur la route comme ça. Si je n’avais pas de bons réflexes, vous auriez pu vous faire tuer ! »

Hell avala difficilement sa salive. Elle était passée près de la mort un nombre incalculable de fois, mais celle-ci aurait été la plus stupide. Peut-être que la chance était de son côté, finalement.

« Je sais. J’étais pressée, je n’ai pas fait attention. Je suis désolée. »

Elle se releva en grimaçant.

« Ce n’est rien, la rassura le conducteur. L’important, c’est que vous alliez bien ! Il faut être plus prudente.

– Je crois que je vais y aller plus doucement », dit-elle avec un sourire forcé.

Elle jeta un furtif coup d’œil par-dessus l’épaule de l’homme : elle ne voyait plus Ary.

« Ça ira ?

– Oui, oui. Je vous l’ai dit : plus de peur que de mal. »

L’homme la toisa d’un air perplexe un instant, avant de finalement hocher la tête. Il la salua et retourna dans son véhicule.

Elle regarda le fourgon s’éloigner un peu et, lorsque celui-ci s’engagea dans une rue perpendiculaire, elle s’élança à sa poursuite.

Comme prévu, Ary ouvrit la portière arrière. Dès qu’elle fut assez proche, il l’attrapa par la taille et la tira vers lui avant de refermer les portes.

Le noir les engloutit. Aucun des deux ne prononça un mot, la peur de se faire repérer leur broyait les entrailles.

Hell ferma les yeux et laissa sa tête retomber sur le torse de son amant. Plus le temps passait, plus ils se rapprochaient de la liberté. Pourtant, elle savait qu’à n’importe quel moment, tout pouvait basculer. C’était cela le pire. Plus ils seraient proches de leur but, plus la défaite serait douloureuse.

Elle sentit le fourgon ralentir puis s’arrêter un moment. Elle entendit distinctement les gardes contrôler le chauffeur, puis le crissement que firent les immenses portes de l’aérodrome lorsqu’elles s’ouvrirent pour les laisser passer.

Hell serra Ary plus fort, il lui rendit son étreinte. Elle se demandait si les mêmes inquiétudes le taraudaient, ou s’il était confiant. Elle pouvait entendre les battements calmes et réguliers de son cœur. Tout le contraire des siens.

Dans l’obscurité, Ary lui caressait doucement les cheveux pour la rassurer. Elle se mordit les lèvres pour éviter de l’assaillir de questions.

Le véhicule s’arrêta de nouveau et, cette fois-ci, le conducteur coupa le moteur.

Hell prit une profonde inspiration.

Ils y étaient.

C’était la dernière ligne droite.

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