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Au-delà des lunes d'Allagore

Episode 17

Le Capitaine Corwell

Hell ne pouvait pas quitter des yeux l’arme que la femme tenait en main. Elle ne se rappelait que trop bien ce qu’il était arrivé au pilleur sur lequel Ary avait tiré, et elle ne tenait pas particulièrement à découvrir les dégâts que celle-ci pouvait faire.

Dans son champ de vision, elle aperçut Ary poser la main sur l’arme qu’il avait gardée.

« Ne t’avise même pas de toucher à ça triple idiot, le menaça la femme. Au moindre coup de feu, la moitié de mon équipage débarque. »

La veine sur la tempe d’Ary battait plus fort que jamais. Il dégagea sa main, l’air résigné.

« Je ne me suis même pas présentée ! fit la femme. Je suis le Capitaine Kennedy Corwell. Toi, continua-t-elle en pointant Ary de sa main libre, tu es Ary’el Helmeda. Et toi… (Elle fit la moue lorsque son regard se posa sur Hell’ya.) Je ne sais comment tu t’appelles, on m’a juste dit que tu étais une esclave. »

Hell avala difficilement sa salive. Si Kennedy savait qui ils étaient, cela ne présageait rien de bon.

« Vous avez entendu parler de nous ? demanda Ary sans paraître surpris le moins du monde.

– Le couple de traîtres recherché par Daïga ? Et comment que j’en ai entendu parler ! Un Gardien et une esclave. N’est-ce pas romantique ? Dommage que la reine veuille votre peau. Elle se doutait que vous essayeriez d’embarquer sur mon vaisseau. Elle m’a proposé un sacré paquet d’argent si jamais je vous livrais à elle. Un sacré gros paquet de fric. »

Hell sentit des larmes lui piquer les yeux. Ce n’était pas vraiment de la tristesse. C’était de l’amertume. Un sentiment d’injustice qui lui collait à peau.

« Kennedy, ne nous livrez pas à la reine, je vous en prie ! supplia Ary. Nous voulons juste quitter le système solaire pour pouvoir vivre en paix. Est-ce que… Est-ce que c’est trop demander ? »

Le capitaine poussa un long soupir.

« Ouais, ouais. Votre histoire est touchante, hein ? Seulement, je m’en fiche de ça. (Un sourire s’étira sur ses lèvres et, contre toute attente, elle baissa son arme.) En revanche, vous possédez quelque chose que Daïga ne me donnera jamais. Quelque chose qui vaut plus que tout l’argent qu’elle pourrait me proposer.

– Les cristaux, murmura Hell.

– Exactement. Les cristaux. Vous en avez volé, n’est-ce pas ? Daïga ne m’a rien dit, mais j’ai entendu des rumeurs courir. »

Ary sortit la bourse de sa veste et hésita un instant.

« Si je vous les donne, vous me promettez de ne pas prévenir la reine ? Vous nous laisserez voyager avec vous loin d’ici ? »

Kennedy leva les yeux au ciel.

« Évidemment ! Votre reine vous veut vous et ses précieuses pierres. Si je vous livre sans les cristaux, elle saura qu’ils sont en ma possession et ne me donnera pas mon argent tant que je ne les lui aurai pas rendus. Je n’aurais rien à y gagner. »

Malgré cette apparente bonne nouvelle, Hell n’arrivait pas à se détendre. À vrai dire, elle refusait d’y croire. Tant que le vaisseau n’aurait pas décollé, tant qu’Allagore et ses maudites lunes ne seraient pas de minuscules points derrière un hublot, elle refuserait d’y croire.

« Très bien. Alors les cristaux seront à vous une fois que nous serons arrivés à votre prochaine destination. »

Kennedy plissa les yeux un instant.

« Marché conclu. Allez, suivez-moi. On ne va plus tarder à repartir. »

Le capitaine leur fit rapidement visiter les pièces principales avant de finalement les amener dans la salle des commandes. Elle était en train de leur expliquer les prochaines destinations du vaisseau pour déterminer où ils voulaient qu’on les dépose, lorsque Hell sentit un frisson lui parcourir l’échine. Laissant Ary et Kennedy discuter, elle se rapprocha de la baie vitrée la plus proche pour voir ce qu’il se passait dehors.

Elle jeta un œil vers le bas et son coeur sauta un battement. Juste au pied du vaisseau se tenait la reine, flanquée d’une armée de gardes.

Son cœur repartit de plus belle. Est-ce que Kennedy les avait dénoncés ? Cette visite guidée n’était-elle qu’un stratagème pour les occuper le temps qu’elle arrive ?

Elle s’écarta brusquement de la vitre, tremblante.

« Ary ! l’appela-t-elle en catastrophe.

– Qu’est-ce qui ne va pas ?

– La reine est dehors, dit-elle d’une voix blanche.

– Quoi ?! s'étrangla Kennedy. Qu’est-ce qu’elle fout là, cette vieille pie ? »

Au même moment, le bracelet électronique qu’elle portait au poignet émit un bip. Elle poussa un long soupir et appuya sur l’écran.

« Qu’est-ce qui se passe, Jase ? s’impatienta-t-elle.

– Hm… Sa Majesté la Reine d’Allagore voudrait vous parler.

– Dis-lui que j’ai pas le temps. On va bientôt décoller.

– Elle dit que c’est important. Elle veut vous voir. »

Le capitaine leva les yeux au ciel.

« J’ai pas le temps, nom de Dieu ! Elle est bouchée ou quoi ?

– Mais elle…

– Elle est à côté de toi, là ? Elle entend tout ?

– … Oui. »

Hell suivait l’échange, le cœur battant la chamade. Si la reine se doutait qu’ils étaient dans le vaisseau…

« Bon, ben passe-la moi alors. »

Une seconde de silence se fit.

« Capitaine Corwell ? » fit la voix mielleuse de la reine.

Le corps de Hell se figea. Ary passa ses bras autour d’elle bien qu’il n’en menât pas beaucoup plus large.

« Ah, Daïga, ma vieille pote. Qu’est-ce qu’il se passe ? »

La jeune femme jeta un regard inquiet au capitaine. Jusque-là, elle n’avait jamais entendu quelqu’un se permettre de parler à la reine sur ce ton-là.

Ce fut d'une voix glaciale que l’autre répondit :

« Je sais qu’ils sont ici. »

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