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Au-delà des lunes d'Allagore

Episode 2

Le Gardien et l'esclave

Ce n’est que lorsqu’ils furent loin du château, qu’Hell’ya se permit de respirer. Cela faisait plusieurs minutes qu’ils marchaient dans la plaine désertique et ses chaînes rendues brûlantes par le soleil aride commençaient à lui brûler les poignets. Comme s’il l’avait senti, le Gardien s’arrêta et lui retira ses menottes.

« On l’a échappé belle », dit-il alors qu’elle frottait ses membres endoloris.

La jeune fille releva la tête vers lui, complètement effarée.

« On ? s’écria-t-elle d’une voix étranglée. Excuse-moi, mais il me semble que ce n’est pas toi qui as failli te faire noyer par la Reine ! J’ai frôlé la mort, je te rappelle ! »

Ary’el leva les yeux au ciel.

« C’est vrai. Ne me remercie pas de t’avoir sauvé la vie, surtout. »

Les mâchoires de la jeune fille se crispèrent.

« Et puis c’était quoi, ça ? demanda-t-elle en changeant brusquement de sujet.

– Ça quoi ?

– Ce qu’il s’est passé avec la Reine ? Comme le fait qu’elle t’ait embrassé ? »

Ary’el poussa un soupir mais ne répondit pas.

« Est-ce que… est-ce qu’il s’est passé quelque chose entre vous ? demanda-t-elle, la voix tremblante.

– Quoi ? Non ! s’exclama le jeune homme. »

Hell’ya poussa un soupir de soulagement.

« Enfin…, reprit-il, pas récemment. »

Le visage de l’esclave se décomposa.

« Mais elle a au moins... trente-cinq ans ! »

Il laissa échapper un rire.

« Crois-moi, Hell, elle est beaucoup plus âgée que ça. Elle ne vieillit pas. Tu… tu ne connais pas l’histoire des Gardiens, n’est-ce pas ? »

Elle plissa le nez, certaine qu’elle n’allait pas apprécier ce qu’elle allait apprendre.

« Désolée, j’ai bien peur de n’être jamais allée à l’école. Tu sais, la vie d’esclave, ce genre de choses… »

Ary’el ignora son commentaire et commença son récit :

« Il y a très longtemps, quand Daïga s’empara du trône, elle choisit cinq hommes pour s’occuper d’elle. Cinq hommes en qui elle avait une confiance aveugle. Ils se faisaient appeler les Gardiens, car ils s’occupaient de garder sa Majesté en sécurité et s’assuraient qu’elle ait tout ce qu’elle souhaitait. Mais contrairement à elle, ils vieillissaient. Alors, dès que l’un d’eux atteignait les trente-cinq ans, elle l’envoyait sur une des Lunes et l’autorisait à se marier et à fonder une famille, en contrepartie, il devait lui donner son premier fils. Celui-ci était alors entraîné à diriger, à se battre et à tuer, puis il entrait au service de la reine après son quinzième anniversaire. Cela fait au moins trois générations que les aînés de ma famille occupent la position de Gardien. »

Hell’ fronça les sourcils, tentant d’assimiler toutes les informations.

« Quel âge a-t-elle, dans ce cas-là ? »

Ary’el haussa les épaules.

« Je n’en ai aucune idée et, honnêtement, je préfère ne pas savoir. »

La jeune fille savait depuis longtemps que Daïga ne faisait pas partie du commun des mortels, mais jamais elle n’aurait imaginé que celle-ci pouvait défier la mort elle-même.

« Comment a-t-elle su pour les cristaux ? Comment peut-elle savoir que quelqu’un lui en a volé ?

– Ils font presque partie d’elle, à présent. Elle sent quand quelque chose d’anormal leur arrive. Tout comme j’ai su que tu étais en danger au moment même où je suis revenu sur Allagore. »

Hell’ya esquissa un sourire et se détendit enfin. Il se rapprocha d’elle et passa la main dans ses longs cheveux bruns.

« Tu m’as manqué, murmura-t-il.

– Toi aussi, Ary. »

Il lui rendit son sourire et se pencha vers elle pour l’embrasser.

Ils n’avaient rien à faire ensemble. C’était un Gardien et elle une esclave. Quand il l’avait vue la première fois, il aurait dû la regarder avec mépris, et elle aurait dû baisser les yeux dans la crainte. Mais ce n’était pas ce qu’il s’était passé. L’immédiate alchimie qui s’était produite ce jour-là ne pouvait venir que d’une autre vie, et tous deux le savaient. Deux âmes destinées à se retrouver et à s’aimer, quel que soit le lieu ou l’époque, voilà ce qu’ils étaient.

Ary’el se détacha d’elle et la regarda longuement.

« Hell… il va falloir que tu arrêtes de chiper des cristaux, tu sais ? »

Sa bouche s’ouvrit en grand sous le coup de la surprise, mais aucun son n’en sortit.

« Tu penses vraiment que c’est moi ? s’indigna-t-elle.

– Compte tenu du fait que je t’ai surprise en train d’en voler un le jour même de notre rencontre… oui. »

Outrée, Hell’ya s’écarta brusquement de lui.

« Je ne comptais pas le voler ! J’étais juste intriguée ! Je n’arrive pas à croire que tu puisses penser que je sois la voleuse. Et où est-ce que je les mettrais, s’il te plaît ? Je n’ai même pas de poches ! »

Comme pour étayer ses dires, elle tourna sur elle-même. Les esclaves ne portaient qu’une modeste tunique en toile épaisse. Ce simple vêtement suffisait à lui tenir chaud, et elle se demandait souvent comment Ary’el pouvait porter une cuirasse à longueur de journée sans tomber sous le coup de la chaleur.

« D’accord ! Désolé de t’avoir accusée. »

Il poussa un soupir.

« Mais dans ce cas, ça veut dire qu’il va falloir que je trouve le véritable coupable.

– Je peux t’aider à découvrir de qui il s’agit », proposa Hell’ya.

Le Gardien secoua la tête.

« Non, j’ai besoin que tu travailles. Avec sept esclaves en moins, il va falloir que tout le monde redouble d’effort. »

Il détacha une gourde de sa ceinture et la lui tendit. Elle l’attrapa et en but une longue gorgée.

Ce n’était pas par hasard qu’Hell’ya était l’une des esclaves les plus productives. Ary’el lui faisait régulièrement boire de l’eau d’Onaïa, une des seules sources d’Allagore. Cette eau aux propriétés hors du commun était normalement réservée à la Reine, aux Gardiens et à quelques autres sujets haut placés. L’eau lui apportait de la force et de l’énergie, lui permettant de supporter plus facilement les dures conditions de travail. C’était la solution qu’avait trouvé Ary’el pour la protéger sans que quiconque ne le remarque.

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