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Au-delà des lunes d'Allagore

Episode 4

Une visite inattendue

Le lendemain, Hell’ya passa sa matinée à se ronger les sangs. Ary’el n’était pas venu la chercher la nuit passée, comme il le faisait d’habitude. Elle savait qu’elle devait lui faire confiance, mais elle aurait aimé qu’il lui dise ce qu’il préparait.

La journée était déjà bien entamée quand un mauvais pressentiment la traversa soudain. Ne comprenant pas d’où cela venait, Hell s’arrêta un instant et regarda autour d’elle. Son regard se posa vers l’entrée de la mine et son sang se glaça. À plusieurs mètres d’elle se tenait la Reine, entourée par ses gardes, en pleine discussion avec Ary’el. Hell’ya comprit à son air que le gardien n’avait pas prévu une visite de sa Majesté, elle sentit son estomac se tordre alors que l’inquiétude la submergeait.

Elle abandonna sa pioche et se rapprocha discrètement d’eux, se fondant dans la masse d’esclaves dans l’espoir de saisir des bribes de leur conversation.

Elle entendit la reine demander :

« Avez-vous trouvé le coupable, Gardien ?

– Bien évidemment, ma Reine. Et celui-ci a été châtié comme il se devait.

– Excellent ! Je savais que je pouvais compter sur vous, Gardien. Et où sont mes cristaux ?

– Vos cristaux ? répéta-t-il, surpris.

– Eh bien, oui. Les cristaux qui m’ont été dérobés. Où sont-ils ? »

Le visage d’Ary’el était impassible mais, bien qu’il fut entraîné à dissimuler ses émotions, Hell’ya le connaissait assez pour savoir que la panique était doucement en train de s’emparer de lui.

« Ils vous seront livrés en même temps que ceux que nous avons récoltés aujourd’hui, Votre Majesté.

– Non, déclara-t-elle d’un ton capricieux. Je les veux tout de suite. »

Les battements de cœur d’Hell’ya s’affolèrent. Elle ne savait pas ce qu’Ary’el comptait faire des cristaux, ni même s’il les avait encore, mais elle était sûre que les rendre à leur propriétaire ne faisait pas partie du plan.

« Bien sûr, ma Reine, acquiesça le Gardien, toujours aussi calme. Je vous les apporte de suite. »

Un sourire satisfait fendit le visage de Daïga alors qu’Ary s’apprêtait à quitter la mine. Avant de sortir, il jeta un coup d’œil autour de lui puis fixa Hell’ya. D’un léger mouvement de la tête, presque imperceptible, il lui demanda de le suivre.

Longeant les murs de la mine, les jambes tremblantes et le souffle court, Hell’ya réussit à sortir sans se faire repérer. Ary’el poussa un soupir de soulagement quand il l’aperçut. Il lui attrapa le bras sans dire un mot et la guida dans le bâtiment pour parler.

« Il va falloir faire vite. La Reine est impatiente, elle ne mettra pas longtemps avant de comprendre que je lui ai menti. »

Il s’engagea à toute vitesse dans le dédale de couloirs blancs, la jeune esclave peinait à le suivre. Il la guida jusqu’à ses appartements et referma la porte derrière lui.

Il détacha la gourde de sa ceinture et but une longue gorgée d’eau d’Onaïa avant de la lui tendre.

« Bois, lui intima-t-il.

– Combien ?

– Tout. Tu vas avoir besoin de forces. »

Elle aurait aimé qu’il lui dise quelques paroles rassurantes, mais elle comprit vite qu’il n’avait pas le temps pour ça. Sans plus attendre, elle avala le contenu de la gourde.

Pendant ce temps, Ary’el avait ouvert un tiroir et sorti une bourse cachée sous un double-fond. Hell’ya sentit comme un bourdonnement résonner en elle : c’étaient les cristaux.

Il prit sa main dans la sienne et l’entraîna hors de la pièce. Elle le suivait au pas de course dans une partie du bâtiment qu’elle ne connaissait pas quand il s’arrêta brusquement.

« Tu entends ? murmura-t-il. »

Elle tendit l’oreille et crut percevoir des chuchotements indistincts.

« Les gardes de la Reine… comprit-elle. »

Ary’el avala difficilement sa salive et accéléra le pas. Ils arrivèrent enfin à une porte de sortie dont elle ignorait l’existence même. Une fois dehors, ils se mirent à courir à travers l’étendue désertique. Préférant économiser son souffle, Hell’ya ne posa aucune question, mais elle était inquiète. Où allaient-ils ? Il n’y avait rien que de la terre poussiéreuse à des kilomètres à la ronde, la seule habitation qu’elle connaissait était le château de la Reine.

Après dix minutes de course effrénée, alors qu’ils entendaient distinctement les gardes à leur poursuite et que les poumons d’Hell’ya étaient sur le point d’éclater, Ary’el s’arrêta brusquement au beau milieu du désert.

« Ary, haleta-t-elle. Qu’est-ce que tu fais ? Il n’y a rien ici !

– Fais-moi confiance, se contenta-t-il de répondre. »

Il semblait chercher quelque chose, tâtonnant le vide en face de lui, Hell se demanda un instant s’il n’avait pas perdu la tête. Elle jeta un coup d’œil à l’horizon et se figea.

« Ary ! s’écria-t-elle apeurée. Ary les gardes arrivent ! »

Elle pouvait maintenant distinguer les silhouettes des soldats à leurs trousses. Ils n’avaient aucune chance s’ils ne reprenaient pas leur course maintenant.

« Ary ! insista-t-elle en lui secouant le bras. On doit partir ! Ils vont nous… »

Elle ne finit pas sa phrase. L’air en face d’elle se mit à onduler d’une étrange manière et un petit vaisseau se matérialisa devant ses yeux. À côté d’elle, Ary’el souriait.

« Le champ d’invisibilité, c’est bien pour être discret. Mais pour retrouver où tu as caché le vaisseau après, c’est une autre histoire. »

Il ouvrit la porte et ils entrèrent. L’intérieur n’était pas très grand, mais il y avait largement assez d’espace pour deux personnes. Il la conduisit jusqu’au tableau de bord et ouvrit un panneau qui se trouvait au dessus d’eux, laissant apparaître douze emplacements vides. Il détacha la bourse de sa ceinture et la lui tendit.

« Installe les cristaux, on en a besoin pour décoller. Moi, je m’occupe de retarder les gardes. »

Elle voulut le retenir, mais il disparut par la porte avant même qu’elle n’ait le temps d’esquisser un mouvement.

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