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Avec le sourire

Episode 1

Samedi 27

C’est samedi aujourd’hui, le premier jour de mes vacances, après deux mois à la fac. Je suis en licence de Lettres Modernes à la fameuse université de la Sorbonne (mais à Malesherbes, légèrement moins fameux). Rien ne m’avait destiné à finir dans cette fac, mais qu’importe. Mes parents aussi sont en vacances, ils comptent partir en Bretagne, je ne préfère pas les accompagner, vous savez, l’université, beaucoup de révisions tout ça tout ça. Mon samedi, ce premier jour que tout étudiant attend, n’a pas particulièrement bien commencé, car malgré les 3 cachets de Zopiclone ainsi qu’un cachet de Mianserine, censés me casser pour dormir profondément, ma mère est parvenue à me réveiller à 9 h, seulement pour que je les aide à ranger quelques affaires. J’enfile un t-shirt à manches longues et je me dirige vers la salle à manger.

« Bon, Lucien, je t’ai mis la liste de ce que tu dois faire, pour les fleurs, nourrir le chat aussi, et le fonctionnement de la machine à laver, si tu as un souci tu m’appelles d’accord ? – Oui maman, ne t’en fait pas, lui dis-je simplement. »

Mon père ne parlait pas, il parle rarement, absent comme pour beaucoup, il fume une cigarette assis sur sa chaise, prêt à partir. Nos chiens Hazik et Nyrko aussi sont prêts à partir, ce doit être les plus excités de la bande.

« Bon on y va, je t’appelle dès qu’on arrive. »

Je vais leur faire une bise d’au revoir et les voilà descendant les escaliers de notre immeuble dans une ambiance spéciale. Je ferme la porte, retourne dans ma chambre, retire mon t-shirt laissant apparaître sur mes bras 4-5 scarifications datant de plusieurs mois, et même une cicatrice en forme de cœur brisé pas très réussie, balance mon caleçon à travers ma chambre, et nu, me glisse sous ma couverture encore chaude. Il n’est que 9 h 47, bien trop tôt pour commencer ma journée. À vrai dire, je ne me suis pas vraiment rendormi, je définirais plutôt ça comme un état semi-comateux, ouvrant les yeux toutes les demi-heures. Je reste comme ça pendant quelque temps et au tintinnabulement de midi, je décide de sortir de mon lit, partant à la recherche de mon caleçon. Je vais dans la cuisine et le chat est assis devant moi, attendant son repas, sur la table de la cuisine, un mot de ma mère :

Pour les plantes d’intérieur, arrose tous les 2 jours, celles à l’extérieur vois en fonction de la météo bla, bla, bla.

Pour le lave-linge, prend le flacon bleu et verse un bouchon dans le tiroir, puis bla, bla, bla.

Pour la machine à laver bla, bla, bla.

Je t’ai laissé 50 € pour t’acheter à manger, passe une bonne semaine et n’hésite pas à appeler si tu as un souci, sinon va voir la voisine.

Bisous je t’aime.

J’ai pris l’argent, je suis retourné dans ma chambre avec un bol de céréales, et j’ai appelé Béné, mon dealeur.

« Yo, y aurait moyen que tu m’apportes un 50 de beuh dans la journée ? – Ouais, à 14h devant l’église. – Ok, bye. »

On n’est pas vraiment amis, on se rend un service mutuel, il m’apporte ce que je veux, je lui apporte ce qu’il veut, là se termine notre relation. Pour faire passer le temps, je me suis posé devant des vidéos avec mon bol, attendant 14 h. J’habite à seulement 10 minutes de l’église, alors vers 13 h 40, je m’habille, je mets les vans toutes défoncées qui me servent accessoirement de chaussons, prends mes écouteurs et pars en direction de l’église. J’arrive au lieu de rendez-vous, Béné est là, on se sert la main comme deux acolytes pour faire notre échange en même temps. Je rentre chez moi, lui enfourche son scooter et s’en va, aucune parole n’a été échangée. Pendant ce temps, j’envoie un message à Harry pour qu’il me rejoigne chez moi. Lui c’est un ami, il n’est pas très fut-fut mais il est gentil et on peut parler, ça fait de la compagnie. Harry était déjà là quand j’approchais de mon immeuble, on monte dans mon appartement, direction ma chambre, j’allume mon enceinte, on se met de la musique tout en roulant le premier joint. Harry commence à me parler de son stage à l’armée, car il n’a pas eu son bac, c’était sa solution de secours, il voulait devenir infirmier et l’armée était son seul moyen d’y parvenir, il ne voulait pas repasser le bac.

« C’était marrant, même si ça n’a duré que 3 jours, on était en vraie condition, c’était vachement physique. – Pas trop chiant de dormir là-bas ? – Non ça me change de chez moi, j’en peux plus de mes parents, au stage j’avais l’impression d’être quelqu’un de plus grand, de plus responsable, de prendre mon avenir en main, me dit-il avec un sourire d’accomplissement. – Content pour toi alors, et pour ce qui est de tes parents, je pense que c’est pareil pour tout le monde, certains moins que d’autres, perso je tuerais bien mon père. Tu me donnes le joint ? – Ouais tiens, elle est très bonne en tout cas ».

On a continué de parler comme ça pendant plusieurs heures, les effets de la beuh se faisaient de plus en plus clairs, Harry entrait dans des fous rires pour un rien. Je suis allé dans la cuisine, le chat toujours à la même place, je lui donne à manger, en même temps je lis sur l’horloge « 20 h 43 », j’ouvre mon frigo pour voir ce qu’on pourrait manger, puis je me retourne vers les pâtes, simple à faire. Jusqu’à tard on a mangé, fumé, parlé, regardé des documentaires. On finit la soirée sur ça, Harry va dormir dans le lit de mes parents, je fais ma routine médicale du soir, me déshabille, vais pisser et je me couche. Tiens, mes parents ne m’ont pas appelé. Un accident ? Ou ils m’ont juste oublié.

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