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Avec le sourire

Episode 11

Jeudi 1, début des lettres

De retour chez moi j’ai finalement donné à manger à mon chat, et même un peu de lait, il était content. Je me suis assis sur ma chaise et j’ai pris un livre de Charles Bukowski, il était court, alors je l’ai fini assez rapidement, vers 23 h je crois, je me suis fait à manger, des pâtes bien-sûr, et j’ai regardé un film, Fight Club cette fois, ça ne m’a clairement pas redonné espoir en l’homme. Mis à part ça, toujours aucun message, même de ma famille, me pensent-ils déjà mort ? Je n’y ai plus trop fait attention après ça car j’ai écouté de la musique et je me suis motivé pour commencer à écrire une ou deux lettres, dans le seul et unique but de me faire pardonner, si possible. La première, je l’ai destinée à mon père, je lui ai dit que je ne lui en voulais pour rien au monde, que je ne comprenais que trop bien sa souffrance et que son absence n’a jamais entaché mon éducation. Je lui ai dit que je l’aimais, je n’aurais jamais osé lui dire en face, et lui non plus d’ailleurs, je me suis excusé parce qu’il allait devoir supporter une nouvelle fois la perte d’un enfant, son dernier, peut-être ma mort l’aidera à reprendre contact avec les deux autres. Enfin je me suis excusé de lui avoir volé tant de cigarettes, voire même parfois des paquets entiers. J’avais tellement de questions à lui poser, mais à quoi bon poser des questions dans une lettre d’adieu ? Alors j’ai juste dit qu’on aurait pu mieux faire tous les deux, mais que nos caractères très solitaires n’avaient rien arrangé à tout ça et, pour finir, je lui ai dit que je suis mort avec le sourire et en étant heureux, qu’il ne fallait pas le prendre comme un échec mais comme une libération pour moi.
Ensuite je suis passé à ma mère, je me suis excusé de lui avoir caché trop longtemps mon mal être, mais que ça n’aurait sûrement rien changé. Je l’ai excusée d’avoir été absente pendant mon enfance pour aider mon frère, elle avait probablement besoin de se raccrocher à quelque chose qu’elle maîtrisait à 100 %, car à cette époque les rapports entre elle et mon père étaient très difficiles. Enfin, bien-sûr, je lui ai pardonné d’avoir voulu prendre soin d’elle lors de son cancer, ça a été un choc pour tout le monde, et ça lui a sûrement fait réaliser qu’elle ne faisait rien de sa vie, à part aller au boulot, ranger la maison et faire à manger, je suis vraiment heureux qu’elle ait pu se sortir un peu de tout ça pour faire ce qu’elle aimait, comme rénover des meubles pour la Bretagne, etc. Elle a essayé de m’aider autant qu’elle a pu lorsqu’elle a appris pour moi, mais elle n’avait pas les capacités pour, j’ai été heureux de la voir faire des efforts même si je les repoussais pour la plupart car je ne voulais pas qu’elle m’étouffe, et j’avais l’impression qu’elle le faisait pour se donner bonne conscience, à la fin on a réussi à trouver un juste milieu qui nous allait, c’était bien mais pas suffisant, j’avais besoin d’affection venant de nouvelles personnes. Pour finir, je lui ai dit que je suis mort avec le sourire et en étant heureux, qu’il ne fallait pas le prendre comme un échec mais comme une libération pour moi.
Tant que j’y étais j’allais finir la famille et adresser une lettre à mon frère, j’ai été assez méchant avec lui, car il a toujours été très égocentrique, à chaque fois qu’on parlait de mes problèmes il se moquait de moi ou il me rabaissait en disant que lui quand il était dans le mal, personne ne l’a aidé et qu’il s’en est très bien sorti tout seul. Je suis heureux pour lui mais je n’ai pas la même force, on a passé toute notre enfance ensemble et qu’est-ce que je l’aime malgré tous ses défauts, je me souviens avec amusement de nos engueulades pour un rien, puis on finissait toujours par regarder Pokémon ensemble, parfois on dormait dans le même lit. Tu étais insupportable à prendre toute la couverture, mais j’étais heureux. Au final, plus on grandissait plus on avait les mêmes opinions et on a eu des discussions très agréables. Paul, je suis tellement désolé, je dois te laisser, je ne peux plus vivre comme ça, je t’aime et j’espère que ma disparition ne te fera pas trop de mal, tu es assez solitaire alors j’espère que ça ira, je sais que je serais toujours dans tes pensées, fais perdurer notre rêve de voyage ! À jamais tu seras mon frère et non mon demi-frère. Pour finir, je lui ai dit que je suis mort avec le sourire et en étant heureux, qu’il ne fallait pas le prendre comme un échec mais comme une libération pour moi.

Voilà j’ai fini pour ma famille, je pleure tellement, il y aura surement la marque de mes larmes sur le papier, ce qui contredira légèrement la fin de mes lettres. Ils vont tellement me manquer, mais je ne peux plus, je le sais, c’est comme ça. Je mets les noms sur les lettres et les pose en évidence sur ma table, il n’y en a que trois pour le moment, j’espère trouver d’autres personnes que j’aime, pouvoir leur dire mes sentiments sans honte, sans gêne. Les larmes qui tombent actuellement ne sont pas des larmes de tristesse, mais de joie, d’amour, je suis si heureux de pleurer, c’est comme une preuve de l’amour que je leur porte. Sur ce, je prends mes médicaments et pars dormir, espérant secrètement que demain me donnera une raison de rester sur Terre.

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