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Avec le sourire

Episode 12

Vendredi 2, brin d'espoir

Vendredi, mon dernier jour seul chez moi, la fin de mon calvaire, en me réveillant je n’avais plus ce sentiment de morosité qui m’habitait depuis quelques jours, on aurait presque pu dire que j’avais de l’espoir, envie de vivre. J’ai mis à fond la musique puis j’ai chanté, j’ai dansé, me suis fait à manger des lentilles avec un steak, j’ai caressé mon chat et lui ai donné sa nourriture avec amour, le regardant manger goulûment. Tout allait dans le bon sens, j’avais eu une bonne nuit de sommeil, et ça, ça aide vraiment pour le moral. Demain mes parents seront présents et je pourrais sûrement revoir Harry ou Martin, mon deuxième meilleur ami, tous les trois on a vécu beaucoup de choses, on se connaît depuis la quatrième, ce qui fait... 5 ans en allant sur nos 6 ans, je les aime et ils m’aiment, chacun à sa façon, on est tous les trois différents, c’est ce qui nous rapproche. Harry c’est le gars pas très futé comme je l’ai déjà dit, mais il est terre à terre, sait écouter, et il a un humour incroyable. Martin, lui, est le plus sociable d’entre nous mais c’est sûrement celui qui se fait le moins remarquer, il est d’un naturel assez calme, les discussions que j’ai avec lui sont toujours intéressantes, même si souvent notre désir profond de dire la vérité crée de légères engueulades, qui se finissent quelques secondes après avoir commencé, car on est tous les deux conscients de nos défauts à ce sujet. Le souci avec Martin, c’est que c’est devenu compliqué de le voir depuis qu’il a une petite amie qui lui prend beaucoup de temps, mais elle est très gentille. Harry et moi le blâmons un peu pour ça, mais au fond on le comprend.
Ma remontée de moral m’a donné envie de sortir, j’en ai besoin, je dois voir quelqu’un, et cette fois ci je ne vais pas attendre leurs messages, à moi de proposer des sorties. Je commence par Harry car c’est celui avec qui j’ai le plus de chance d’avoir une réponse positive, je l’appelle donc, ce que je fais très, très rarement car je suis mal à l’aise au téléphone, mais j’ai besoin d’une réponse rapide.

« Allo Harry ?
– Ouaip
– Comment tu vas depuis que tu m’as laissé pour ton petit verre ?
– Ça va bien, ça a été plus qu’un petit verre... Rien de bien nouveau et toi ?
– Bah écoute ça va aussi, je m’ennuie un peu ces derniers temps, ça te dit qu’on aille sur Paris, se balader ? Je dois aussi acheter un livre pour les cours.
– Ah, ça va pas être possible aujourd’hui, je suis encore chez la fille, et j’ai un rendez-vous avec mon conseiller pour l’armée.
– Pas grave t’en fais pas, la voix tremblotante, on peut se voir ce soir sinon ? Tu peux passer à la maison.
– Bah justement, je comptais retourner chez la fille, ses parents rentrent demain, on veut en profiter, mais promis demain on fait un truc.
– Ok, bon, dommage pour moi, passe une bonne journée.
– Ouais, toi aussi. »

Ce n’est qu’un échec, et puis il a ses raisons, mais je ne sais pas pourquoi, je me sens frustré, je lui en veux, il laisse passer aisément une fille à ma place. J’essaye de rester positif, même si mon moral en a pris un coup, je décide simplement de prendre un anxiolytique pour laisser couler tout ça. Quelques minutes après, après m’être remis de ce premier refus, j’appelle Martin.

« Allo, Martin ?
– Ouais Lucien, ça fait longtemps.
– Ouais désolé, j’avais pas trop le moral et puis Harry prenait pas mal de mon temps.
– Oh, cool si vous avez pu vous voir.
– Justement, je t’appelais pour te demander si ça te dirait d’aller sur Paris, je dois acheter des livres pour la fac.
– Ça va être compliqué, là j’aide mon père sur un chantier, je sais pas à quelle heure je vais rentrer, et puis Lisa veux me voir, je passe la soirée chez elle avec ses parents.
– Ok, pas grave.
– Désolé.
– Non mais t’as pas à l’être t’en fais pas.
– Bon je te laisse, à plus.
– Ouais à plus. »

Là, ça devient dur, je ne sais plus quoi faire, qui appeler, je perds tous mes moyens, j’ai beau faire le plus grand des efforts, je tombe en larmes au milieu de ma chambre. Mes meilleurs amis n’ont aucun temps à m’accorder, et pour les deux, il est question d’une fille, d’amour, d’affection, c’est ce dont moi j’ai besoin ! Je suis certain qu’ils n’en ont pas autant besoin que moi, je vais mourir sans ça, mais ils ne veulent pas.
Alors pour répondre à tous ces refus pour des causes féminines, je décide d’appeler Lola, je me souviens de ce qu’on s’est dit lors de notre dernière rencontre, mais c’est mon dernier espoir, il faut que j’essaye. Je tape lentement son numéro sur le téléphone, toujours plus lentement, les mains tremblantes, les larmes coulantes, et je finis après un long temps de réflexion par appuyer sur « appeler », j’attends, ça sonne, j’attends, c’est long, trop long, puis la messagerie… Je ne lâche pas, je retente ma chance, j’entends que ça sonne, son téléphone est allumé et elle n’est pas déjà en appel, messagerie. Je tente une dernière fois, messagerie. Rien, rien ne va dans le bon sens en fin de compte, mon bonheur n’est qu’une illusion que j’ai créé pour me donner de l’espoir, mais tout est faux, nul, personne ne veut de moi. Ma mère qui devait m’appeler tous les jours ne m’a pas appelé depuis 2 jours, j’essaye donc de l’appeler, j’ai besoin qu’elle me réconforte, mais bien-sûr, loi de Murphy oblige, messagerie directement malgré plusieurs appels, je sais qu’en Bretagne ils ont peu de réseau, mais ce n’est pas une raison suffisante. C’est terminé, on arrête le jeu ici.
Chez moi tout est silencieux, des ressorts de mon lit jusqu’à mon téléphone. Dans ma tête résonne la chanson Lonely Day de System Of A Down, et c’est bel et bien le jour le plus solitaire de ma vie, les journées sont trop longues. Je prends du papier et un crayon pour terminer mes lettres d’adieu : une pour Harry, une pour Martin et une dernière pour Lola.

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