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Avec le sourire

Episode 13

Vendredi 2, fin des lettres

Pour Harry je ne trouve qu’assez peu de choses à dire, je le remercie d’avoir été présent toutes ces années, il a su rendre ma vie moins pesante, la légèreté de ses actions et de ses dires m’a beaucoup aidé, même si au départ il ne prenait pas ma dépression au sérieux, pensant que j’en jouais pour attirer de l’attention, il a vite compris son erreur et, comme il l’a toujours fait, il a assumé ses actes, il s’est excusé. Merci, tes excuses m’ont fait le plus grand bien, il a été la première personne à accepter ma dépression et à tenter de m’en sortir, alors même s’il a de légers penchants homophobe, je lui dis je t’aime, et je sais que nous nous sommes beaucoup aidé lors des dernières grandes vacances quand nous nous sentions seul, toi qui avais perdu ta petite amie, moi qui voyais tout foutre le camp. Pour finir, je lui dis que je suis mort avec le sourire et en étant heureux, qu’il ne faut pas le prendre comme un échec mais comme une libération pour moi.

Au tour de Martin, je débute en lui rappelant notre première semi-rencontre, nos frères respectifs jouaient sur leurs téléphones, il était à côté du sien et moi à côté du mien, je l’ai fait rigoler car je n’arrivais pas à faire fonctionner le micro-onde. Un an plus tard on s’est rencontré en classe, ça a tout de suite fonctionné, nos deux forts caractères s’accommodaient bien, nos confrontations de point de vue étaient toujours agréables, vivantes (l’opposé de ma situation quand il lira ça) et on écoutait le même genre de musique. Je lui parle des heures qu’on a passé ensemble où il m’apprenait à jouer de la guitare, j’étais franchement mauvais, mais il persistait, car c’était sa passion et qu’on voulait passer du temps ensemble. Malheureusement sur la fin, il s’est plus occupé de sa petite amie que de moi, mais ai-je le droit de le blâmer pour ça ? Il n’a aucune obligation de me baby-sitter. Je t’aime tout autant qu’Harry. Pour finir, je lui dis que je suis mort avec le sourire et en étant heureux, qu’il ne faut pas le prendre comme un échec mais comme une libération pour moi.

Maintenant, la dernière lettre avant de partir, celle pour Lola.
Je t’aime, d’une façon différente de mes deux amis, et d’une passion bien plus puissante. Si tu partais j’aurais voulu partir avec toi, si tu mourrais j’aurais voulu mourir avec toi, mais tu as secoué la main en t’éloignant loin de moi. Sans rancune, tu as tes raisons que je comprends totalement, mais jamais je n’aurais pu passer à autre chose. Tu étais tout ce que je cherchais, sans parler de ton physique qui est proche du divin, ta personnalité frivole, tout le temps la tête dans les nuages, à dire au passants qu’ils ont de belles âmes, avec ton sourire enchanteur. Chaque moment passé en ta présence était à chaque fois mieux que le précédent, même quand tu as décidé de tout arrêter, la première fois. Je pense pouvoir dire sans me tromper, que tu m’as aimé autant que je t’ai aimé, que nous étions simplement indissociable, si j’avais attendu, tu serais peut-être revenue vers moi, mais je m’excuse, je n’ai pas cette patience, et je m’excuse surtout de trop souvent t’avoir utilisé comme psychologue, à te parler de mes problèmes sans cesse, tu as sûrement eu peur que mon attachement soit trop fort, que tu ne pourrais partir sans risquer d’avoir ma mort sur la conscience. Juré, tu n’es qu’une petite partie de ma décision de partir, tu as fait ce que tu avais à faire, si je pouvais je t’embrasserais une dernière fois, j’emplirais mes poumons de ton odeur, retenant ma respiration jusqu’à en mourir, mais ça ne sera plus possible, je veux juste que tu restes la même.
Pour finir, je lui dis que je suis mort avec le sourire et en étant heureux, qu’il ne faut pas le prendre comme un échec mais comme une libération pour moi.

J’ai fini, mon travail sur cette Terre est terminé, je n’ai plus de compte à rendre à personne, je pense avoir fait ce que j’avais à faire, il est tard maintenant, bientôt minuit, je finis de ranger les lettres, de les nommer et de les mettre en évidence sur la table, les 6 lettres où figure tout l’amour que j’ai ressenti. Je me lève et je vais dans la cuisine, je caresse mon chat une dernière fois et lui donne une double dose de nourriture, je prends l’arrosoir, je fais le tour de toute la maison, doucement, sans précipitation, je veux admirer chacun des murs de cet appartement où je suis né, et où je vais mourir. Une fois le tour fini, je prends un sac semi rigide dans la cuisine et, au marqueur noir, je dessine des yeux en croix et un grand sourire, je le dépose près de mon lit. Je vais dans ma chambre et vide toutes les boîtes de médicaments qu’il me reste, une bonne centaine au final, avec une bouteille d’eau je les ingère 5 par 5.

Je n’ai pas encore fini que ma tête commence déjà à tourner, le sommeil m’entraîne sans que je ne puisse rien faire, je m’accroche aux murs pour ne pas tomber, m’approche de mon lit, je mets mon téléphone à charger ainsi que l’enceinte pour passer en boucle l’album Adieu Bientôt de Colombine, je me couche tout habillé dans mon lit, je prends le sac avec le visage dessiné dessus et l’enfile sur ma tête, je me pose bien confortablement, sur le dos. Je me sens partir, à ce même moment je sens quelque chose monter sur mon lit. C’est mon chat. Il n’est presque jamais rentré dans ma chambre, jamais de son plein gré, mais le voilà couché à côté de moi. Sous mon masque, je souris, je suis heureux, pleinement heureux, je pleure de joie, petit à petit je tombe dans un sommeil lourd mais accueillant, me voilà parti, à tout jamais.

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