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Avec le sourire

Episode 2

Dimanche 28, matinée

*Dring*

7 h

Putain, qui m’appelle à cette heure-là ?

« Allo ? C’est maman c’était pour savoir si tu étais réveillé pour aller à la poste. – Ah ouais, merci. – J’ai oublié de t’appeler hier, on a eu des problèmes avec la chaudière, on a dû se laver à l’eau froide, mais c’est réparé maintenant. – D’accord. – Tout va bien de ton coté ? – Oui, je vais me préparer, à plus. – Bisous, je t’appelle ce soir. »

J’avais complètement oublié que j’avais un travail. Je vais devoir y aller, mais que faire d’Harry ? Je me dirige vers la chambre de mes parents, le pousse un peu en l’appelant, aucune réaction, j’abandonne, je vais lui laisser un mot et puis il fera ce qu’il veut. Je m’habille avec les vêtements qui sont à portée, je me sens comme après une cuite. Tout groggy je sors de chez moi, clope au bec, et je vais vers le métro. Le trajet jusqu’aux locaux de la poste dure environ 40 minutes, le seul avantage c’est qu’à 8 h du matin un dimanche, le métro est désert, je m’autorise même une clope sur le quai. Je m’avance juste au bord des rails, me balance, je suis pris d’un léger vertige, j’aimerais tomber accidentellement mais je n’en fais rien. J’entends le métro arriver, je balance mon mégot sur les rails et laisse la vitesse du métro faire voler mes cheveux. J’arrive un peu en avance à la poste, on me fait entrer, je dis bonjour, prends mon gilet de la poste estampillé d’une carte « En formation », je me fais un café, noir, allongé, sans sucre, alors que je déteste le café. Je m’assois sur la chaise du boss, comme il arrive toujours 30 minutes après mon arrivée je ne prends pas tant de risques. Je sirote mon café chaud et je me sens un peu mieux, je décide d’en prendre un deuxième pour être sûr d’assurer mes 4 h 20 de travail, de 8 h 50 à 13 h 10. Je prends tout mon temps, personne ne veut encore récupérer de colis ou en déposer. Vers 9 h 10, j’attache mes cheveux, mon boss n’aime pas mes longs cheveux il dit que ce n’est pas « esthétique », je me plie aux règles, j’aime recevoir ma paye à la fin du mois, même si ce n’est que 180 €. Ma journée commence, je prends les premiers clients venant chercher un colis, le même train-train, « Vous avez l’avis de passage ?… Ok, une pièce d’identité ?… Je reviens ». Voilà à quoi se résument bien 3 h de mes 4 h 20 de boulot, mais il y a toujours des problèmes au bout d’un moment. Je suis à l’accueil quand une dame vient me voir.

« Bonjour, vous auriez des coupons d’envoi en recommandé sans avis de réception ? »

Aucune idée de ce que c’est. Je lui montre donc les coupons que j’ai en face de moi.

« Ça ? – Non. – Ça ? – Non. – Ça ? – Non. – Ok je reviens. »

Je vais chercher de l’aide, mais personne n’est là, je dis donc à la dame de patienter sur le côté en lui demandant de m’excuser, ce n’est que mon 3ᵉ jour. Une autre dame arrive, elle est du genre rapide, je sens qu’on ne va pas s’entendre car, même avec mes deux cafés, mon corps n’a pas oublié les mélanges d’hier.

« Bonjour madame je peux vous aider ? – Oui, j’ai un colis pour les US à envoyer. »

Tout à fait le cliché de la personne trop occupée pour nous.

« Hm, je vois, le souci c’est que je ne sais pas faire ça, désolé. – Comment ça ? Ce n’est pas mon travail à ce que je sache, vous foutez quoi ici si vous ne savez pas faire ? – Une formation, vous voyez le petit badge sur mon cœur ? – Et elle est où la personne qui s’occupe de toi ? – Bonne question, je suis allé voir juste avant, il n’y avait personne. – C’est quoi encore ce bordel, vous croyez que j’ai votre temps ? – Toutes mes excuses, vous pouvez vous mettre sur le côté avec la dame, il y a quelqu’un derrière vous qui attend mon aide. »

J’avais raison, elle n’a pas mon temps. La troisième cliente est une grand-mère, elle n’arrive pas à retirer 2 000 € de sa banque. Pourquoi veut-elle faire ça ? Aucune idée, mais avec toute la générosité qui m’habite, je vais l’aider, on retire son argent par paquets de 200 € en coupure de 50, après une dizaine de minutes pour tout sortir, j’arrive à choper un petit billet et le mets dans ma poche, la mamie me remercie, elle me fait même un bisou puis s’en va. Une brave dame. Je retourne à l’accueil, les deux dames attendent, elles souhaitent sûrement ma mort, tout autant que moi face à tant de pression. Un monsieur arrive, grand, noir, baraqué, il me demande avec un fort accent sénégalais, je crois, une lettre. Je lui dis d’accord, il me faut un papier pour que je retrouve sa lettre, il me dit non en essayant de m’expliquer, mais avec son accent impossible de comprendre, il commence à lever la voix, je m’excuse et lui dis de se mettre sur le côté avec le petit troupeau que je suis en train de former : Une grosse, une jeune mère (sans doute), et un grand noir, la poste de la tolérance. Mais leur pression constante commence à m’angoisser, alors je pars, je vais prendre ma pause de 15 minutes, en plus quelqu’un qui fait l’accueil avec moi vient d’arriver, le timing parfait. Pendant cette pause, je descends au sous-sol où il y a la salle de repos, je prends un verre d’eau et quelqu’un a ramené des croissants, je me sers puis je vais m’assoir, lire un peu Marguerite Duras. Ma pause se finit à 12 h 30, encore 40 minutes à survivre et je serai libre de vivre ou de mourir. La fin du service se passe calmement, je dis au revoir, détache mes cheveux m’allume une clope et rentre chez moi.

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