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Avec le sourire

Episode 3

Dimanche 28, soirée

Harry dort toujours, dans une position particulière, comme s’il était dans un cercueil. On le croirait mort mais je vois son ventre de fin gros monter et descendre, tout va bien pour lui, ou mal, question de point de vue. Je donne à manger au chat, je me pose sur une chaise et je lis, je lis pendant plusieurs heures, en fumant quelques clopes et en alternant parfois avec une vidéo pour attendre le réveil de l’autre. Ce silence, trop de silence, je lâche mon livre, je ne trouve plus de vidéo à regarder, juste des clopes et un cendrier, le silence total, je me mets à penser. Je n’aime pas penser parce que penser me tue. Ma pensée veut ma mort et petit à petit je suis de son avis, bien que je ne comprenne pas toujours la raison. J’ai besoin de distraction pour que cette machine à idées noires prenne fin. Je décide de mettre ma musique à fond et d’aller me cuisiner des pâtes, ça aidera peut-être Harry à se lever, et ça m’évite de penser. Il est 16 h, je me roule un joint, mange mes pâtes beurre-parmesan, et j’écoute la musique en regardant par la fenêtre ma résidence (pas une résidence personnelle, un regroupement de petits immeubles pas chers). Harry se lève et mange avec moi, il est totalement dans le cirage, je lui donne donc le joint que j’ai dans les mains, je lui dis que je reviens parce que j’ai appelé Béné pour un autre 50, offert par la vieille de la Poste. Je le laisse seul avec mon chat. Même cheminement qu’hier pour aller voir mon dealeur, rapide et sans parole, mais sur le retour, je traîne un peu, j’ai envie de revoir Lola. Ma relation avec Lola est difficile à définir. On est sorti ensemble un temps, c’était parfait, puis elle a voulu qu’on arrête car elle voulait se mettre à fond dans ses études. Quelques semaines plus tard on s’est revu, on ne s’est pas embrassé mais, comment dire, sa simple présence me libère de toute tristesse, de toute morosité. On est bien ensemble, je sais qu’elle pense la même chose, alors je laisse le temps faire son effet, peut-être qu’elle me reviendra toute entière un jour, mais pour le moment la revoir quelques fois me suffit. Je lui envoie un message et on se donne rendez-vous mardi vers 14 h sur les quais de Seine. Je suis heureux, je vais pouvoir la voir, la sentir, la toucher et lui parler, je ne demande rien d’autre. Harry a fini de manger, on sort vers 18 h pour aller au centre commercial, prendre quelque chose à boire, et j’en profite pour m’acheter un livre, Survivant de Chuck Palahniuk. On rentre en métro, Harry n’a plus sa carte de métro vu qu’il n’est plus étudiant alors il fraude en se collant à moi pour passer les barrières, mais bien-sûr, à la sortie il y a des contrôleurs et Harry se prend une amende de 100 € alors qu’on avait jamais vu de contrôleur à cette station. On finit de rentrer, sans parler à cause de l’amende, on arrive chez moi, je sors une bouteille d’Hennessy. Je n’aime pas l’alcool, mais lui comme moi avons besoin d’oublier, alors on se sert des grands verres, accompagnés de la beuh fraîchement achetée. On termine la soirée sur une note salée. Bourrés, défoncés, on s’endort tous les deux dans mon lit, bien trop proches.

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