la maison d'édition de séries littéraires

Avec le sourire

Episode 4

Lundi 29, avant le rendez-vous

Réveil difficile, je sens un poids sur mon corps. Harry s’était simplement affalé sur moi durant la nuit, un filet de bave descend de sa bouche direction mon t-shirt. Je m’échappe de son emprise, m’étire et aperçois sur ma table un joint à moitié fumé, je le rallume et vais dans la cuisine pour nourrir mon chat et voir l’heure en passant, 14 h, bon début de journée. Je prends l’arrosoir, le remplis et fais le tour de la maison. Ma mère a énormément de plantes alors ça m’a pris pas mal de temps, le fait d’être tout engourdi ne m’a sûrement pas aidé. Harry s’est levé quelques minutes après, il m’a rejoint dans la cuisine, on a encore cuisiné des pâtes en parlant de tout et de rien, surtout de rien. Il pouvait me parler de ses conquêtes féminines pendant des heures, satisfait d’avoir couché avec 4 filles différentes en 1 semaine, pour finir par me dire qu’il se sentait mal car il ne voulait pas être un pénis sur pattes, que désormais il voulait connaître de vrais sentiments pour une demoiselle qui lui plairait vraiment, que jamais il n’y ait d’ennui, qu’ils iraient à toutes sortes de soirées ou de sorties. Moi je reste seul, avec un presque dépucelage qui s’est déroulé il y a 3 mois de ça, bien que je ne sois pas en manque, j’aimerais juste retrouver le sentiment d’être désirable, et puis toucher une fille, la déshabiller, apprécier ses courbes, passer ma main sur son corps et l’enlacer. Au final, oui, ça me manque. Sur le petit calendrier qui est dans le salon, il est marqué qu’aujourd’hui j’ai rendez-vous avec un psychiatre à 19 h 15, le docteur Rabbin, je ne pouvais pas tomber mieux pour soigner une anxio-dépression grave, il saura quoi faire, peut-être qu’à la fin de mon traitement j’aurais le droit à une bar-mitsva, on verra bien. Je prends les devants et envoie un message à ma mère pour qu’elle ne m’appelle pas, je lui dis que j’ai bien arrosé ses plantes et que je n’ai pas oublié mon rendez-vous, ça me laissera un peu de répit, aujourd’hui je n’ai pas la force de m’intéresser au nouveau meuble que ma mère a trouvé pour la maison en Bretagne ou d’apprendre qu’ils ont mangé dans une superbe crêperie hier. Enfin voilà, on mange doucement puis vers 16 h Harry part pour rejoindre une fille sur Paris, il ne sait pas s’il reviendra ce soir, je lui dis que ce n’est pas grave et qu’il profite bien, il part bientôt pour l’armée, il n’aura sûrement plus d’aussi nombreuses occasions, il me dit qu’il va juste boire un verre, mais je le connais assez bien pour savoir que ça ne se terminera pas à un seul verre. Le voilà parti, je reste seul chez moi, je suis tout de même content de me retrouver un peu seul, je mets de la musique puis je passe un coup de balai dans la maison, il faut bien tromper l’ennui. Ensuite je me pose dans mon lit et je continue de lire Un barrage contre le Pacifique, je l’ai bientôt terminé, après quelques chapitres je le repose et regarde les nuages par ma fenêtre, je m’ennuie ferme, je regarde donc des séries sur le compte Netflix que Harry m’a passé, je grignote et laisse filer le temps. Je scrute l’heure, minute après minute, le cabinet du psy se trouve à 30 minutes de chez moi, si mes calculs sont bons je dois partir à 18 h 45, il est 17 h 28, fait chier. Je suis sorti de chez moi à 18 h 30, je m’ennuyais bien trop, j’ai donc pris mon temps pour aller au cabinet, j’avais mes écouteurs et un paquet de clopes à moitié vide (je suis pessimiste), parfait pour le trajet. Je devais prendre le bus, mais vu l’avance que j’avais, j’ai fait quelques arrêts à pied, enchaînant tristement les clopes, puis j’en ai eu marre de marcher donc je suis monté dans un bus, me voilà arrivé en face de l’interphone du docteur Rabbin, je fume une dernière cigarette pour la forme, sonne et entre. Il y a deux dames à l’accueil, je dis bonjour, aucune réponse, je me dirige vers la salle d’attente où une maman berce son enfant dans la poussette, j’imagine l’enfant, qui doit avoir 3 ans, déjà souffrir de dépression, ça m’amuse. Je m’assois et j’attends, dans un coin il y a des jouets pour enfant et, sur une table, une pile de Picsou Magazines, j’en ai lu toute mon enfance, et j’en aurais bien lu encore, mais j’ai peur que la maman à ma droite ne me juge, alors je reste sagement assis, je regarde mon téléphone sans trop savoir qu’en faire, surtout pour avoir l’air occupé, comme beaucoup le font, j’imagine.

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