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Avec le sourire

Episode 5

Lundi 29, le rendez-vous

Le docteur arrive, il a une jolie calvitie, des lunettes cassées au milieu, raccordées avec du scotch de chantier marron et un léger cheveu sur la langue, plus cliché que cet homme, c’est pas possible, je lui serre la main et le suis jusqu’à son bureau. On s’assoit, on se regarde et il commence.

« J’ai appelé ton médecin traitant et j’ai vu avec la psy qui te suis, ils sont tous certains que tu devrais faire un tour à l’hôpital, le temps de remettre les choses en ordre, mais j’aimerais bien ta version, que tu me parles de la raison de ta venue ici. – Je n’ai pas vraiment choisi d’être assis là, je le fais pour faire plaisir à ma mère. – Oui mais il y a bien une raison à tout ça, on m’a parlé d’idées noires, c’est souvent ? – Tout le temps je dirais, sauf quand je suis avec un ami, je crois. – Tu peux un peu me parler de ton enfance ? – Je suis né de deux parents qui ont déjà foiré un mariage. Mon père a eu un garçon et une fille et ma mère un garçon, tout se passait plus ou moins bien, j’aimais mes demi-frères, mais quand j’ai eu 8 ans, mon frère et ma sœur, donc du côté de mon père, qui avaient respectivement 21 et 16 ans, ont porté plainte contre lui pour des choses fausses, j’ai dû aller voir plusieurs fois une assistante sociale. Ça s’est plus ou moins bien terminé, j’ai gardé mes parents mais j’ai perdu mon frère et ma sœur pour toujours, j’ai mis du temps à le réaliser. Ensuite la vie a suivi son cours, c’était plutôt tranquille mis à part le fait que mon père ait tenté de se suicider et que ma mère s’occupait principalement de mon dernier frère, qui a trois ans de plus que moi, car il avait du mal avec ses devoirs alors que j’étais déjà assez indépendant à ce niveau-là. Un père absent et dépressif, une mère absente sans le vouloir, voilà en gros mon enfance de mes 8 ans jusqu’à mes 16 ans. Ensuite, mon frère est parti pour avoir son appartement à lui, peu de temps après ma mère a eu un cancer, ça s’est bien fini, elle est sauvée, mais ça a été dur pour elle. C’est à cette époque que j’ai commencé à sentir que quelque chose ne tournait pas rond là haut, mais je n’y prêtais pas attention, j’ai jamais aimé être le centre d’attention. Au fur et à mesure ça s’est aggravé, jusqu’à devenir très problématique, en 1re je n’allais presque plus en cours, mes parents n’étaient pas trop au courant, je ne voulais pas qu’ils le soient, ils avaient leurs problèmes, je ne voulais pas ramener les miens dans le sac. Mais dernièrement c’est devenu impossible de cacher mon mal être et mes envies de mourir, voilà donc pourquoi je suis là. – C’est un bon résumé. – On m’a tellement demandé de dire tout ça que c’est devenu automatique. – Je vois, c’est une histoire assez lourde à porter seul, je rejoins mes collègues sur le sujet de l’hospitalisation, bien-sûr il nous faudra plus de rendez-vous pour en être sûr, qu’en penses- tu ? – Je n’ai pas vraiment envie, ça me ferait rater mon année de licence. – Oui mais tu as besoin d’aide. – Sûrement, mais les médicaments devraient suffire. »

On a polémiqué sur ça pendant dix minutes, sans grand intérêt, je ne voulais pas y aller, ensuite il m’a posé des questions sur mes amis, les relations que j’ai eues, les études, toutes les questions les plus bateau du monde, mais il était marrant. On a fini le rendez-vous sur une note particulière.

« Tu sais à qui tu ressembles ? – Non. – Si tu sais. – Non. – Jésus Christ. – D’accord. – On te l’a jamais dit ? – Si, d’ailleurs je vais finir par le prendre sérieusement, je devrais sûrement mourir pour laver notre monde de tous ses péchés, lui répondis-je, sourire aux lèvres. – On n’aura pas besoin d’aller jusque-là. Je te propose un rendez-vous à la même heure pour dans deux semaines, OK ? À bientôt. – Au revoir. »

Je suis rentré à pied suite à cette entrevue, le temps de repenser à tout ça. Je suis arrivé chez moi à 20 h 35, je me suis posé sur ma chaise, j’ai roulé un joint, envoyé quelques messages à Lola pour être sûr de la voir demain, j’ai regardé des vidéos, j’ai pleuré, j’ai lu, puis je suis allé dormir.

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