la maison d'édition de séries littéraires

Avec le sourire

Episode 6

Mardi 30, douce rencontre

Je me suis réveillé seul et triste, fatigué de ce que mon cerveau me faisait subir, il devait être 12 h et j’ai pleuré sans m’arrêter, pour aucune raison, je sentais que ma vie n’avait plus d’importance, pour moi comme pour les autres, j’aurais voulu arracher tous ces sentiments qui me prenaient d’assaut dès le réveil, mais je ne pouvais rien faire, je m’étais au fil du temps soumis à leur bon vouloir. La seule solution était de prendre des médicaments pour calmer mes angoisses et mes crises existentielles. En les prenant, sur le coup je suis encore plus triste de constater que je ne peux plus vivre sans une pile de médicaments qui me rendent amorphe, sans émotion, comme vide. Pourtant mes pensées sont toujours chargées de désespoir, juste, la douleur n’est plus là, je peux supporter une nouvelle journée. J’ai perdu espoir quant à mon rétablissement, je sais que la dépression n’est pas une fatalité, mais personne n’a encore trouvé la solution, les antidépresseurs ne me font presque plus d’effet, voir mes amis me rend heureux le temps de leur présence, puis dès qu’ils partent je me retrouve à nouveau seul avec mes pensées, seul à les affronter.
Mais aujourd’hui je vais revoir Lola, et bien que cette perspective me terrifie, je suis heureux de passer du temps avec cette personne qui doit être la plus importante de ma vie, qui m’a appris tant de choses sur moi-même et sur le monde. On avait notre monde à nous. Si Dieu existe, lui seul sait vraiment à quel point je l’aime et l’admire. Je me suis donc préparé pour nos retrouvailles, quelques minutes en bus et nous serons de nouveau ensemble.
J’arrive un peu en avance au lieu du rendez-vous, les quais de Seine, c’était là qu’on se retrouvait après les cours quand j’étais encore au lycée, on se posait au bord de l’eau, collés l’un à l’autre, à parler de tout et de rien, ça doit être les plus beaux moments de ma vie, sans hyperbolisme. Cet endroit est chargé de bons souvenirs. Mon cœur commence à s’enflammer, revoir cet endroit, savoir qu’elle arrive, je suis si heureux. J’écoute de la musique quand elle arrive derrière moi pour me faire sursauter, ce qui marche à chaque fois. Je me retourne et la voilà face à moi, on se fait la bise, on marche un peu, on parle et on se pose comme à notre habitude au bord de l’eau, elle me raconte sa rentrée, je lui raconte la mienne, on rigole, elle me prend le bras pour bien se coller à moi, je peux sentir son odeur, elle m’est si agréable, elle est gravée dans ma mémoire, une odeur si douce, enivrante, sans être trop prenante, juste ce qu’il faut. Je dirais de son odeur qu’elle est sucrée, mais trêve de balivernes inutiles, je ne peux être plus heureux qu’à ce moment précis, on parle des heures, parfois on se lève pour marcher un peu, on s’échange des petits bisous sur la joue, je n’ai besoin de rien d’autre, rester bloqué à cet instant ne m’aurait pas dérangé.
Nous marchons sans but quand un jeune homme un peu plus âgé que nous s’arrête à notre niveau et me demande si j’ai des cigarettes, voulant garder les miennes en réserve je lui dis non et m’excuse. Il part sur son vélo mais il revient quelques minutes plus tard, cette fois-ci pour me demander l’heure, je lui donne volontiers, mais Lola n’a pas compris la demande, elle pensait qu’il voulait un œuf.

« Pourquoi je voudrais un œuf ?
– Je ne sais pas, j’ai entendu le mot œuf.
– Mais j’en ai rien à foutre des œufs.
– Elle a juste mal compris, désolé, lui dis-je pour couper court à la conversation. »

Et le voilà de nouveau parti, on rigole de la situation et on continue de marcher, de déconner, on danse même un peu quand je chantonne Mr Bojangles de Nina Simone. Mais revoilà notre cycliste qui revient à la charge.

« J’attends un ami mais j’ai plus de crédit, tu peux me passer ton téléphone pour que je l’appelle ?
– Désolé mais mon téléphone ne marche plus.
– Merde, parce que ça fait 30 minutes je tourne et je ne le trouve pas.
– Cherche mieux, il est peut-être dans l’eau, dit Lola sur le ton de la rigolade.
– Elle dit quoi elle ?
– Bah si tu ne le trouves pas, il est peut-être dans l’eau, renchérit Lola.
– Ouais ok, bref. »

Notre cycliste adoré part de nouveau, on rigole encore de la situation, et Lola commence à vouloir rentrer donc on remonte les quais d’un pas assez lent, quand tout d’un coup, le cycliste fait un dérapage en nous bloquant la route et nous crie :

« Vous vous foutez de ma gueule depuis tout à l’heure !
– Non, pas du tout, dis-je en essayant de le calmer, il semblait énervé.
– Ouais, depuis tout à l’heure je passe, je demande calmement et poliment l’heure et tout, et ta copine se fout de ma gueule.
– Je ne me foutais pas de ta gueule, je disais ça pour rire, Lola commence à sentir ce qui va se passer. Elle me tire le bras pour retourner sur la route.
– Non non, vous restez là, vous croyez que vous pouvez vous foutre de ma gueule comme ça ?
– Ok on est désolé, on ne voulait pas être méchants, je réplique pour désamorcer sa colère
– Ouais, c’est trop tard pour les excuses, tu veux que je te défonce c’est ça ? Gère un peu ta copine au lieu de la laisser dire de la merde.
– Elle dit ce qu’elle veut, et elle s’est excusée, s’il te plaît, on veut juste rentrer. »

Le jeune homme jette son vélo et me met une grosse droite dans la bouche, je me retrouve assis sur un banc en pierre, Lola le pousse en lui gueulant dessus « mais tu fais quoi là ?! », et il lui met une claque qui résonne jusqu’à mes oreilles. Je ne suis pas un bagarreur, mais le fait qu’il ait touché Lola m’a mis dans une colère noire, je lui fonce dessus en gueulant « T’es sérieux à taper une fille comme ça ! », et il m’enchaîne de coups de poing, j’essaye vainement de me répliquer en visant son ventre, mais c’est inutile, il continue de me ramoner la figure. Puis il me crie « Donne ton téléphone ! », je défends donc l’endroit où est mon téléphone mais il force sur mon jean, le déchirant à plusieurs endroits. Lola totalement choquée appelle la police et donne notre position, ce qui a pour effet de faire fuir notre agresseur après m’avoir repoussé sur le banc, avec mon jean déchiré mais toujours le téléphone en poche. Lola me fonce dessus, me demandant si ça va, bien-sûr que non je ne vais pas bien mais je m’inquiète avant tout pour elle. Elle n’a rien, juste la joue rouge. On décide de partir vite, elle et moi, la gueule défoncée et le jean à moitié en short. On rentre chez elle pour se poser et me changer. Un peu après elle m’avouera avoir oublié le numéro de la police et que son appel était faux, je lui ai fait un long bisou sur la joue et lui ai dit que son jeu d’actrice était parfait.

Être averti des dernières sorties, directement par emaill
Recevoir la Newsletter