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Avec le sourire

Episode 8

Mercredi 31, avant le rendez-vous

Réveil dans la tristesse, le soleil éblouit mon visage morne, marqué par les larmes de toute une nuit, les yeux rouges, non pas par l’effet du cannabis mais celui de mes sentiments. J’hésite, je ne sais pas si je pleure à cause d’hier ou parce que le soleil brûle mes rétines, les nuages bougent vite et bientôt le soleil disparaît, mais les larmes continuent, je les recouvre de mes mains. Je n’ai aucune envie de me lever, mais rester couché à ne rien faire n’arrangera rien, donc je me lève et me dirige vers ma bibliothèque, je sors Roman avec cocaïne de M. Aguéev et je retourne au lit pour lire quelques minutes ou quelques heures.
J’ai lu la moitié de mon livre avant de me lever, il est vraiment incroyable, il me touche énormément ce jeune Vadim et ses pensées spirituelles sur l’amour. Plusieurs chapitres étaient consacrés au thème « Les hommes qui font l’amour avec plein de femmes sont virils. Les femmes qui font l’amour avec plein d’hommes sont des putains », triste réalité qui persiste encore aujourd’hui, alors que le livre date de 1930. On fonce dans la merde et on aime ça, mais il y aurait tant d’autres choses à blâmer de notre époque que je suis trop fatigué pour toutes les énumérer ici.
Il est midi et des poussières quand finalement je me lève et je m’habille, le chat miaule à la mort pour que je lui serve son déjeuner comme le bon serviteur que je suis. J’en ai marre de manger des pâtes, alors je sors de mon frigo des crêpes au blé noir et j’y mets plus ou moins tout ce que je trouve, du fromage, un œuf, un steak coupé en morceau, seconde couche de fromage, de la sauce barbecue, un repas bien diététique en somme. Je mange cette création devant un film, Climax, je regarde peu de films, mais celui-là est tout aussi incroyable que le livre que je lisais ce matin. Le retour de l’homme à l’état primitif causé par une drogue, où chacun vit sa vie en piétinant celle des autres, le monde ne tourne plus qu’autour d’eux même et les drames s’enchaînent. Étant rassasié et ayant perdu le peu d’espoir qui me restait en l’humanité, je dois me préparer à aller voir ma psychologue qui travaille dans le même cabinet que mon psychiatre. Mais cette psy, je l’ai déjà vue deux fois et je ne peux pas la blairer, déjà son accent russe ne met personne en confiance, et puis son air légèrement hautain, supérieur, insupportable. En plus elle ne peut s’empêcher de laisser des blancs entre chaque question, des moments très gênants pour moi, je regarde les décos de la salle en attendant qu’elle dise quelque chose, mais elle prend vraiment son temps, elle me regarde fixement, je sens son regard sur moi sans oser le croiser. Et ses questions sont d’une inutilité confondante, je réponds généralement « Je sais pas vraiment », même si parfois, pour lui faire plaisir je me force à dire des choses tout aussi inutiles, et elle semble satisfaite. Le pompon, c’est la fin des séances, elle se lève fièrement devant moi, tends la main et, lorsque que je lui tends la mienne, sur un ton de caporal elle dit « Allez, bonne chance », comme si mon suicide nécessitait de la chance ou de la malchance. Enfin, je suis un enfant trop sage, je vais aux rendez-vous qu’on me donne. Me voilà parti comme avant-hier, écouteurs, clopes et courage.

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