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Casting pour New York

Episode 10

Paris la nuit et Robert petite souris

Gloria, charmée par Robert, n’avait pas envie que la soirée se termine sur le trottoir devant le restaurant.

« J’ai passé une belle soirée en votre compagnie à tous les trois et merci Robert pour l’Arpège. Je dois avouer que je suis un peu mal à l’aise parce que je n’ai pas l’habitude des grands restaurants, ce genre de soirée… »

Sous le coup de l’émotion, la gardienne ne trouvait plus ses mots, Robert mit la main sur l’épaule.

« Gloria, si je connais Castille, c’est super que je connais ses amies aussi. J’espère qu’on aura des occasions de dîner encore tous ensemble.

– Merci Robert, vraiment. Mais dites, on ne va pas se quitter là, comme ça dans la rue. Que dites vous de passer prendre un dernier verre dans ma loge ? Oh si mon mari m’entendait, heureusement que nous sommes quatre. »

Tout le monde rit et Robert ajouta :

« J’ai toujours eu un curiosité de faire la souris dans un loge d’immeuble parisien.

– Robert ? Entre deux cours de français à votre fille, vous ne voulez pas qu’on écrive un livre ensemble ?

– Un livre ?

– Oui le livre des expressions d’un américain à Paris ! Je les trouve toutes charmantes.

– Ah ben why not ! Mais je ne connais pas tout encore. »

L’immeuble n’était pas loin, ils entreprirent donc une balade à pied.

« Mais j’y pense, on va peut-être croiser des gens avec des échelles ! J’aimerais bien voir comment ils font. »

Toutes ses interlocutrices restèrent dubitatives. Même Castille, d’habitude si prompte à interpréter ses excentricités linguistiques, ne comprenait pas..

« Des gens avec des échelles ?

– Les gens qui posent les œuvres d’art sur les murs !

– Ah ! Tu parles des taggeurs ! Ils sont discrets car c’est interdit.

– Ah bon !

– Ce n’est pas autorisé de faire ça, sinon ce serait n’importe quoi, précisa Gloria.

– Oui je suis d’accord mais c’est juste que je trouve ça impressionnant de me dire qu’ils vont percher du carrelage ou des affiches très haut. »

Castille sourit car elle aussi aimait le street art. Elle avait même ses chouchoux dans le domaine.

Ils arrivèrent chez Gloria sans croiser de taggeurs ni d’échelles. Sur le seuil, la gardienne jugea utile de prévenir ses hôtes.

« Je n’attendais personne. Ne faites pas attention au désordre. »

Puis elle disparut. Castille savait qu’il y avait une porte dérobée dans la cour de l’immeuble pour entrer dans sa loge. Une lumière s’alluma, le rideau bougea et la clé fit deux tours dans la serrure. Robert regardait la scène comme une pièce de théâtre. Gloria ouvrit enfin et invita tout le monde à entrer d’un geste de la main.

« Bienvenue dans ma loge ! »

Castille et Nadège connaissaient bien l’endroit. Robert découvrit la pièce exiguë avec un sourire béat, tournant sur lui-même pour ne pas rater une miette du décor.

« Pardon ça se fait pas mais c’est la première fois que je rentre dans un vrai loge de gardienne.

– Je vous en prie Robert, ça me fait plaisir. Je n’ai jamais vu quelqu’un faire une tête pareille en rentrant chez moi ! »

Une fois de plus Gloria provoqua l’hilarité générale.

« Bon prenez place je vais chercher du Champagne.

– Du Champagne mais c’est la fête ici ! »

Gloria ouvrit une bouteille de Roederer Cristal, cadeau d’un des propriétaires de l’immeuble.

« J’adore ça mais mon mari ne boit pas de Champagne. Alors autant l’apprécier en votre compagnie. »

Elle avait aussi apporté des biscuits rose de Reims et était assez fière de montrer à Robert cette excentricité française. Même si c’était un peu kitsch et dépassé, ça faisait tradition quand-même.

Tous prirent place autour de la grande table rectangulaire qui trônait, avec sa nappe en toile cirée, au milieu de la pièce. Elle disposa les gâteaux dans une antique assiette en porcelaine et leva son verre.

« À la nôtre et encore merci pour cette soirée.

– À la nôtre et merci à vous les filles pour tout. C’était un chouette soirée. Je crois que je vais décaler mon départ d’une ou deux jours pour profiter encore un peu de Paris et pour vous revoir à une autre dinette. »

Robert plissa les yeux, fasciné par un détail qu’il apercevait par la fenêtre en face de lui. Tout le monde suivit son regard.

« Oh mais c’est un œuvre d’art sur le mur là-bas ? Les petites carrelages bleus. »

Gloria rougit, comme prise en flagrant délit - ou peut-être à cause du champagne.

« Oh ! Vous avez remarqué ? »

Tous les regards étaient maintenant braqués sur elle.

« Bon, au Portugal il y a du carrelage sur les murs, on appelle ça des “Azulejos” et mon mari sait que j’aime ça. Alors un jour, pour me faire une surprise, il a collé un tableau sur le mur de l’immeuble en face en me disant “Comme ça tu verras un peu du pays et tu penseras à moi !”

– Belle idée, remarqua Nadège.

– J’avais déjà remarqué ce style portugais mais je n’avais jamais pensé que ça pouvait être votre mari, nota Castille comme pour s’excuser de n’avoir jamais remarqué ce détail.

– Non mais vous êtes “Rock’n roll” comme on dit chez nous, am I right ? Je passe un soirée délicieuse et j’apprends que le mari de la gardienne est un hors la loi pour faire plaisir à son femme. Il rentre quand votre mari, que je fasse la connaissance ?

– Oh s’il vous plaît gardez ça pour vous, je ne souhaite pas avoir de problèmes.

– On sera muet comme un pot, comme dirait Robert » ajouta Castille en faisant un clin d’œil à l’auteur de cette expression.

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