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Casting pour New York

Episode 12

Polo et les derniers préparatifs

Castille avait peu dormi. Réveillée à 8 heures, elle se sentait en pleine forme, bien qu’elle sache que son état était surtout dû à l’excitation du départ, aux tonnes de choses à faire et à la peur d’en oublier une. Et puis, Castille ne faisait jamais de grasses matinées.

Alors qu’elle émergeait en faisant chauffer de l’eau pour son thé, elle reçut un message de Polo.

Coucou mon chou. Je suis sur Paris aujourd’hui. Tu es dispo pour un déj ? Bisous

Castille trouva l’occasion plutôt bonne, mieux que la soirée prévue initialement. Elle répondit du tac O tac.

Hello ! Avec plaisir. Ça te dit qu’on se retrouve chez Bontemps, rue de Bretagne ? 13h ? C’est délicieux. Bisous

Elle ne tarda pas à recevoir la réponse :

Tes papilles sont les meilleurs guides du routard, je te fais confiance ! On se retrouve devant. Bisous

Castille sourit malgré son appréhension. En attendant, elle devait aller au métro Marcel Sembat pour faire affûter ses lames. Une expédition.Elle n’aimait pas les terminus et cette station s’en approchait bien trop à son goût. Mais comme cela faisait une éternité qu’elle n’avait pas mis les pieds à la Maison du patin, le trajet valait bien le coup ! Et puis ça lui rappelait les années de patinage de sa jeunesse, les chaussures, les lames choisies séparément et assemblées sur place, les tenues...

En entrant dans la boutique elle fut assaillie par une foule de souvenirs au parfum de Noël. Rien n’avait changé, ou presque, parce qu’elle ne connaissait plus aucun vendeur.

Puis, elle avait repris une bonne partie de la ligne 9 avant de changer à République pour prendre la ligne 3. Polo l’attendait devant la porte du restaurant. Il n’avait pas son air habituel, c’était curieux.

« Hello ! Ca fait longtemps que tu m’attends ?

– À peine 5 minutes, j’ai fait un tour dans le quartier. On entre ?

– Oui ! C’est au fond de la cour. Ça devrait te plaire. »

Polo devança Castille pour lui tenir la porte. À voir sa tête, elle se dit qu’il était préférable qu’ils se soient donnés rendez-vous ici.

« Oh ! C’est chouette cet endroit. Ça à l’air calme.

– C’est calme et c’est super bon. Tu as vu cette verrière ? »

Castille fit un clin d’œil à Polo dans une tentative désespérée de détendre l’atmosphère.

« Viens, on se met dans un coin, sur les petits fauteuils vert d’eau. »

Ils prirent place et se plongèrent dans leurs menus sans dire un mot. Ces deux gourmands ne savaient que choisir, alors, comme d’habitude, ils prirent des plats différents pour pouvoir goûter un maximum de choses. C’était le petit rituel de leurs sorties.

Castille redoutait le moment où elle allait devoir évoquer son départ, elle aimait beaucoup leurs petits moments comme celui-ci, l’amitié lui suffisait peut-être, finalement. Elle se sentait mal. Les commandes passées, ils admirèrent la décoration du lieu et notèrent l’ambiance comme dans une parodie du célèbre jeu télévisé. Les plats étaient à l’image du lieu. Ils firent durer le moment, parlant un peu de tout et de rien, comme si l’un et l’autre redoutaient d’annoncer ce qu’ils avaient à dire. Finalement, en attendant le dessert, Polo se lança :

« Alors, quelle est cette opportunité de boulot dont tu voulais me parler ?

– Ah ! En fait c’est euh... un essai d’un mois pour donner des cours de patinage.

– Ah super ! Tu pars à la montagne ?

– Pas tout à fait ça... C’est à New York !

– Tu vas patiner sur la patinoire du Rockefeller center ?

– Ah ! Bonne idée ! »

Castille raconta l’histoire de Robert à Polo. Ce dernier se montra intéressé et enthousiaste. Il trouvait que c’était tout à fait le genre de projet qui plairait à Castille. Elle devait foncer, bien évidemment. Il l’y encourageait. Leurs desserts venaient d’être servis, une tartelette à l’abricot pour la jeune femme et un fondant au citron pour Polo.

« Polo... À ce propos, enfin, je…

– Ne te fatigue pas Castille. Depuis ton texto j’ai eu le temps de me faire des scenarii et de me demander où tu irais travailler. On se voit régulièrement mais on est jeunes. Peut-être qu’on a plus d’habitudes que de sentiments, finalement. Enfin tu vois ce que je veux dire. »

Polo avait tout dit et d’une fort jolie manière ; en tout cas cela facilitait les choses pour Castille. Elle le regarda avec des yeux tout mouillés. Elle se dit que la bouchée de tartelette à l’abricot qu’elle était en train de déguster avait le goût de l’amitié. La douceur de l’amitié et l’acidité de la rupture amoureuse. Castille était touchée, elle qui ne voulait pas faire de peine à Polo, elle s’était fait devancer en quelque sorte.

Polo avait cogité depuis le message de Castille. Il l’aimait beaucoup mais leur histoire n’avançait pas vraiment ; lui chez ses parents, elle sans emploi fixe. Sans oublier ses études, qui lui tenaient à cœur. Il avait pesé le pour et le contre et était arrivé à cette conclusion que leur histoire devait peut-être s’arrêter là. Bien sûr Polo aurait préféré que cela ne s’arrête pas, mais il fallait ouvrir les yeux. Alors il avait vraiment pris sur lui et s’était dit que de cette manière ils pourraient rester amis.

Castille avait avalé sa dernière bouchée et regardait à présent Polo avec des yeux ronds. Elle tenta d’articuler une phrase mais fut coupée par un sanglot. Polo s’assit près d’elle et la prit dans ses bras. Il aimait son parfum. Polo savait au fond de lui même qu’il avait écouté la voix de la raison plutôt que celle de son cœur, mais son amitié avec Castille était à ce prix…

Elle cessa de pleurer et regarda Polo droit dans les yeux.

« Merci Polo. Je culpabilise depuis que je sais que je vais à New York. Je ne savais pas comment te le dire. Je suis attachée à toi mais je trouve que nous sommes jeunes et je veux pouvoir profiter de cette opportunité. Tu sais que j’ai toujours rêvé de retourner à New York.

– Castille, je comprends. Mets ton cœur à l’aise. Et puis on reste amis.

– Bien sûr Polo qu’on reste amis. C’est dur pour moi aussi mais c’est mieux. Merci. »

Polo était touché par les mots de Castille. Pour lui aussi l’amitié aurait aussi toujours un petit goût de tartelettes à l’abricot : ils avaient partagé leurs desserts.

« Tu pars quand ?

– Mercredi

– Déjà ?

– Oui ! Gloria organise un dîner demain pour l’occasion, il y aura Robert, chez qui je vais et Nadège. Tu peux venir si tu veux, tu peux même rester dormir à la maison.

– Tu es sûre ?

– Oui ! Ca me ferait plaisir, vraiment.

– D’accord. Qu’est ce que j’apporte ?

– Rien. Tu connais Gloria elle aura tout prévu.

– Ok je vais trouver une babiole alors, je ne veux pas arriver les mains vides !

– Je te fais confiance. On va marcher un peu ?

– Tu as des courses à faire avant de partir ?

– Non j’ai tout ce qu’il faut.

– Ok alors allons nous balader. »

Castille et Polo passèrent l’après midi ensemble. Ils filèrent du côté de Montmartre. Castille voulait profiter encore un peu de la capitale. Ils se séparèrent en se serrant fort dans les bras et se donnèrent rendez-vous le lendemain.

En rentrant Castille toqua à la porte de Gloria. C’est son mari Augusto qui lui ouvrit, tout sourire, comme à son habitude. Il la fit entrer et appela sa femme. Augusto n’était pas un grand bavard, Castille le savait bien et ça la faisait sourire. Elle sourit encore plus en l’imaginant en train d’accrocher l’azulejos sur le mur pour Gloria. Elle était à deux doigts d’avoir un fou rire quand Gloria arriva.

« Comment ça va ma petite ? Tout est prêt pour mercredi ?

– Presque, mais j’ai encore demain pour terminer.

– Tu me dis si je peux t’aider.

– Merci. Je venais pour deux choses.

– Dis moi ma petite.

– La première c’est pour savoir si ca ne vous dérangeait pas que Polo vienne aussi pour ma dernière soirée ?

– Polo ? Bien sûr qu’il est le bienvenu. Il va être triste de te voir partir.

– En fait on s’est séparé parce que, enfin…

– Vous restez amis ?

– Oui bien sûr mais c’est bizarre, enfin on tient l’un à l’autre, enfin...

– Castille, pas de problème je comprends, j’ai été jeune avant toi. »

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