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Casting pour New York

Episode 2

Nadège et le petit doigt que Castille n’a plus.

Castille avait perdu son auriculaire gauche dans un accident. Bien plus qu’un petit doigt perdu, c’était toute la vie de Castille qui avait été changée.

C’était il y a 8 ans, un soir, elle rentrait en métro d’un cours de dessin où elle avait pris la pose. Il était 21heures et il n’y avait pas grand monde sur le quai. Pas grand monde mais un gars bizarre. Tellement bizarre qu’elle avait pris ses distances et s’était rapprochée d’un autre homme. C’est alors que la rame était entrée dans la station…

Castille se souvient de l’éblouissement des phares du métro, du crissement des pneus et de l’odeur de caoutchouc chaud pendant sa chute qui lui a paru interminable. Elle se souvient aussi s’être dit mentalement que, si sa vie devait finir comme cela, c’était bien dommage.

Le reste, c’est la jeune femme sur le quai d’en face qui le lui a raconté.

Castille s’était rapprochée d’un autre homme parce qu’elle sentait que celui qui la suivait était louche. Mais cet autre homme était le complice du premier. Les deux compères avaient pour projet de voler son sac. C’était sans compter l’intrépidité de Castille. Alors qu’elle se défendait comme elle pouvait, un des agresseurs l’avait poussée sur la voie quand le métro arrivait.

La jeune femme ayant eu la bonne idée de se placer à l’avant de la station, le métro était presque à l’arrêt lors de sa chute.

Sonnée dans un premier temps, Castille finit par entendre la petite voix qui lui criait :

« Ne bougez pas, j’arrive ! »

Castille avait eu chaud et avait aussi réussi à garder son sac mais elle avait la main en sang et elle finit par s’évanouir.

La femme du quai d’en face avait appelé les secours grâce aux bornes d’urgence. Infirmière, elle avait su garder son calme et faire en sorte que Castille revienne à elle. Elle lui avait parlé jusqu’à l’arrivée des pompiers. Elle l’avait même accompagnée jusqu’à l’hôpital pour la rassurer, cela tombait plutôt bien car c’était l’endroit où elle travaillait.

La femme du quai d’en face, c’était Nadège. Nadège aime les gens. Elle n’est pas infirmière pour rien. Alors, ce qu’elle a fait ce jour là, c’était normal. D'ailleurs tout le monde devrait faire ça. Enfin, c’est ce qu’elle se dit à chaque fois qu’il y a un accident.

Castille fut opérée et Nadège avait attendu qu’elle reprenne ses esprits. Elle tenait à lui raconter sa mésaventure et à la soutenir. L’infirmière, dans chaque situation qu’elle vivait, se disait : « Comment j’aimerais qu’on fasse pour moi ? », et elle avisait. Certains l’envoyaient promener mais bien des gens la considéraient comme un petit ange gardien.

Lorsque Castille s’éveilla, elle découvrit enfin Nadège.

Infirmière au physique d’infirmière, comme diraient les esprits critiques : blonde aux yeux bleus, un physique de pin-up avec les courbes de Marilyn Monroe, rien que cela, sans oublier son sourire chaleureux. Elle était consciente qu’il pouvait aussi bien la servir que la desservir, alors elle maîtrisait la situation. Elle savait en jouer malgré des moments de manque de confiance en elle.

Elles échangèrent un regard mais n’eurent pas le temps de se parler. Le chirurgien qui avait opéré Castille était entré dans la chambre au même moment. Laconique, il annonça à la jeune femme qu’elle avait perdu son auriculaire gauche et qu’elle avait des contusions dues à la chute, mais rien de grave. Il n’ajouta rien d’autre à part un « Ça arrive et ça aurait pu être pire ». Castille, encore un peu shootée, restait perplexe. Elle avait juste jeté un œil sur son bandage.

Le chirurgien avait vraiment minimisé ce qui arrivait à Castille, ne prenant pas en compte le choc psychologique de l’agression.

Choquée et souffrante la jeune femme s’était mise à pleurer. Nadège avait su trouver les mots pour tenter de l’apaiser. Elle était revenue la voir tous les jours et elles avaient ainsi tissé le début d’une amitié qui n’avait jamais cessé depuis. Calme et posée, un peu timide, Nadège était tout l’inverse de Castille (et elles découvriraient bientôt à quel point c’était précieux).

Finalement, Castille avait pris les choses avec philosophie : elle était toujours en vie et au final elle s’en sortait bien. Le physique en tout cas, ça allait, mais psychologiquement elle était plus choquée qu’elle ne le pensait. Nadège en avait bien conscience et avait tout fait pour que son amie soit suivie par un médecin compétent.

Castille évitait dorénavant de prendre le métro, surtout lorsqu’elle était seule. La jeune femme connaissait par cœur les trajets des lignes de bus parisiennes et préférait se déplacer par ce biais qui lui donnait aussi l’occasion de découvrir la capitale.

Dans l’ensemble, Castille considérait ce petit doigt manquant comme une bonne chose. Il lui avait permit de prendre conscience que la vie était fragile et qu’il fallait en profiter.

Dès lors Castille s’était donné une priorité : être heureuse et faire ce qui la rendrait heureuse. Au passage rendre les autres heureux, si possible, comme le faisait si bien Nadège.

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