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Casting pour New York

Episode 3

La réponse de Monsieur Dollars

La réponse de Monsieur Dollars prit Castille au dépourvu. Elle reçut son mail alors qu’elle montait les marches de l’escalier de son immeuble.

La jeune femme vivait au 6ème étage d’un appartement Haussmannien. Elle avait transformé trois chambres de bonnes en loft grâce à l’indemnisation qu’elle avait touché lors de son accident.

Madame Castille

Merci pour votre réponse. Je suis à Paris pour affaires pendant cette week. Si vous êtes disponible nous pourrions rencontrer nous ensemble.

Qu’en penses-tu ?

Voici mon number. Call me.

Robert

Castille avait souri en lisant le message avec ces mots anglais et français mélangés. Elle y trouvait du charme, il l’intriguait. Elle était tout de même un peu méfiante.

Pour ne pas répondre dans la précipitation, elle fit suivre le message à Nadège afin d’avoir son avis. Aller à la rencontre d’un inconnu américain, même à Paris, demandait quand même de rester sur ses gardes et de prendre quelques précautions.

Puis, elle passa un coup de fil à Gloria :

« Bonsoir Gloria. Je vous dérange ?

– Non ma petite, tu ne me déranges jamais. Tu avais l’air absorbée par ton téléphone lorsque tu es passée devant la loge. Tout va bien ? »

Castille avait l’habitude de mettre ses mains en forme de cœur pour faire signe à Gloria, la gardienne de l’immeuble, qui lui répondait par un léger mouvement de voilage. C’était un petit code discret entre elles.

« Oui ça va bien et vous ?

– Ma foi oui. Es-tu sûre que ça va ? Descends dîner avec moi si tu veux. Je t’attends.

– D’accord. J’arrive, merci ! »

Gloria savait bien ce que Castille voulait lorsqu’elle l’appelait. Et Gloria aimait les dîners avec sa jeune amie. Son mari étant au pays pour quelques jours, c’était l’occasion d’avoir de la compagnie, ce qui ne gâchait rien, bien au contraire.

Gloria, gardienne de l’immeuble depuis plus de trente ans, portugaise. Les esprits critiques y verront une caricature encore une fois, mais cela importait peu à Gloria. Elle en avait vécu des histoires dans sa loge, des drôles et des moins drôles, des cocasses et des pénibles. Elle aimait son métier, elle aimait glisser un petit mot gentil lorsqu’elle croisait ses voisins. Elle aimait rendre service et entretenait sa forme en montant les escaliers tous les jours pour déposer le courrier sur les paillassons. Six étages, sans ascenseurs, sur trois immeubles. Elle avait les mollets les plus galbés du bâtiment et elle en était fière.

Gloria savait rester discrète et elle était observatrice, déformation professionnelle oblige. Elle avait d’ailleurs permis à la police d’arrêter l’assassin de Madame Daide, qui n’était autre que son ex-mari. Toute une histoire. Gloria, secrètement, se disait qu’elle pourrait écrire ces anecdotes, comme l’y encourageait Castille. Elle lui disait régulièrement : « Gloria, vous devriez noter tout ce qui vous arrive pour écrire un livre. Je pourrais vous aider si vous voulez. »

Gloria souriait, un peu gênée, mais au fond elle en avait bien envie.

Castille ne mit pas longtemps à frapper à la porte. Elle avait pensé à prendre un bocal de lupins car elle savait que Gloria en raffolait.

« Bonsoir Gloria. Petit cadeau ! »

Elle lui tendit le pot avec un clin d’œil complice.

Gloria sourit et ajouta :

« Oh mais fallait pas. Enfin si, parce que ça fait toujours plaisir. Merci ! »

Une bonne odeur de plat mijoté flottait chez Gloria. Castille ferma un moment les yeux et se plongea volontiers dans ses souvenirs d’enfance. Une joyeuse nostalgie l’envahissait.

« Hum ça sent bon ici, j’ai bien fait de venir !

– Oui tu as bien fait. On est toutes les deux ce soir, mon mari est au Portugal.

– D’accord ! Il est parti au soleil, on est entre femmes !

– Tout à fait »

Les deux femmes s’installèrent directement à table. Gloria servit un Porto blanc maison à son invitée, dans un mini verre à pied orné de dorures. Elle aimait la belle vaisselle et mettait un point d’honneur à toujours dresser une table impeccable. Elle avait appris cela avec Madame Nadine de R, comme elle l’appelait pour garder son nom de famille sous anonymat.

Castille l'appréciait, elle voyait en Gloria une personne qui avait su apprendre énormément de choses en restant bien souvent au même endroit, grâce aux nombreuses personnes qu’elle avait rencontrées et à qui elle avait rendu service. Plus qu’un échange, une vraie richesse.

« Gloria, il faut que je vous parle de quelque chose. J’ai vu une annonce pour aller travailler à New York.

– En Amérique !

– Oui, c’est ça. Je vous montre le message et après vous pouvez me donner votre avis, s’il vous plaît ? »

Gloria lut le message avec attention. Elle regarda Castille puis leva les yeux au ciel, toujours silencieuse.

Castille ne savait pas si c’était à cause du message en lui même ou à cause du mélange des langues.

Puis :

« Ma petite. Il faut se méfier mais pourquoi pas. Et puis c’est bien pour toi d’aller aux Amériques.

– Il faudrait que je le rencontre en ayant quelqu'un pas loin de moi, si jamais c’était louche. Je vais voir avec Nadège.

– Exactement. Moi j’aimerais t’aider mais avec mes horaires c’est pas toujours facile.

– Oui bien sûr.

– Il faut faire attention, ça peut être un monsieur malintentionné. Tu sais, avec tout ce qu’on voit de nos jours… »

Castille sourit devant la bienveillance de Gloria, dont l’âge se situait, pour elle, entre celui d’une maman et celui d’une mamie.

La soirée se déroula tranquillement devant un téléfilm policier français.

Castille rentra chez elle après avoir remercié Gloria en lui promettant qu’elle allait réfléchir à un plan.

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