la maison d'édition de séries littéraires

Le Souvenir

Episode 12

À ce moment de son récit, mon père fut interrompu par la porte d’entrée qui s’ouvrit avec fracas laissant apparaître Batti trempé et livide.

« Prends tes affaires, faut partir, ils arrivent ! Mm…Monsieur Gaggini !!!

Mi, mi, u piculu Battini… bonghjornu Batti, cumu so i to affari ?1 »

Puis s’adressant à moi :

« Mi figliola, je te présente le digne successeur de tonton PA, un brave garçon au départ, mais un voyou comme les autres, cette terre ne sait produire que de la graine de bandit. »

Ignorant la pique de mon père à l’adresse de Batti, je me précipitai vers lui.

« Les russes ? »

Il acquiesça gravement.

« Vite, il faut fuir. Ton père est là, c’est pire.

– Pfff, ils ont envoyé une bande de sbires, c’est ça ? demanda mon père avec mépris

– Monsieur Gaggini, avec tout le respect que je vous dois, aujourd’hui ce n’est plus comme à votre époque. Ils se fichent de votre nom, n’ont pas de parole ni d’honneur. Leur seule valeur c’est l’argent et ils n’hésiteront pas à vous transformer en figatelli vous et votre fille pour le retrouver. Alors ne discutez pas, on y va. »

Enfilant le premier vêtement qui me tomba sous la main et une paire de sandales qui traînait, je courus vers la porte.

Dehors la tempête faisait rage. Des éclairs zébraient le ciel devenu noir, le tonnerre grondait, la mer rugissait, la pluie crépitait, le vent se déchaînait.

Avant de passer le petit portail en bois, je jetai un dernier regard au grand chêne. Malgré la tourmente, il restait majestueux et il me sembla que cette fois, ses branches s’agitaient en signe d’adieu. Le cœur serré, j’emboitai le pas à Batti, suivie par mon père. Alors que nous remontions le sentier à vive allure, notre guide s’immobilisa soudain aux aguets. Papa et moi retenions notre souffle tant que nous le pouvions, mais j’avais l’impression que mon cœur allait exploser.

« Il y a une équipe qui descend, faut se cacher dans le maquis, venez ! »

Batti nous entraîna sur la gauche, dans la végétation anarchique du maquis hors sentier. Notre progression était difficile, la terre recouverte de feuilles et d’eau était glissante.

« L’ascosu di e fate, souffla mon père

E cusi² », chuchota Batti en guise de réponse.

Bientôt je vis apparaître un mur de pierres sèches enfoui sous la végétation, puis une petite construction qui abritait un minuscule bassin. C’était une vieille source oubliée. Nous nous abritâmes sous l’arche. L’espace était si restreint que nous étions collés les uns aux autres.

« Que s’est-il passé après que tu aies découvert les billets dans ma valise ? » demandais-je à voix basse

Mon père leva les yeux vers Batti d’un air méfiant.

« Papa, j’ai confiance en lui, il est venu nous prévenir, il n’était pas obligé de faire ça. »

Mon père marqua une pause, comme s’il réfléchissait, comme s’il hésitait à poursuivre son histoire. Comme si les paroles qu’il lui fallait prononcer lui étaient douloureuses. Je l’encourageais du regard. Enfin, il se décida. Mais ce n’est pas à moi qu’il répondit. C’est Batti qu’il regardait.

« Le grand chêne, à l’entrée de la maison. Une partie de son tronc est creuse, il y a une petite cavité au-dessus des premières branches. Il faut monter dans l’arbre pour voir le trou, on ne le devine pas d’en bas. Et bien c’est là que j’ai caché l’argent. »

1 Tiens, tiens, le petit Battini… bonjour Batti, comment vont les affaires ?

² « Le repaire des fées,

– C’est ça »

Être averti des dernières sorties, directement par emaill
Recevoir la Newsletter