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Le Souvenir

Episode 2

La lettre de Ziu PA

Quand, arrivée à l’aéroport d’Ajaccio, je demandai à l’hôtesse d’accueil de m’indiquer la ligne de bus pour rejoindre le hameau de la Castagna à Coti Chiavari, celle-ci ne put réprimer un petit sourire en m’indiquant qu’il n’y avait pas de desserte pour ma destination. J’étais dépitée : mes options se réduisaient au taxi (trop loin, trop cher), à la location d’une voiture (pire encore) ou le stop. Jamais de ma vie je n’en n’avais fait, mais je n’avais pas le choix. Aussi, d’une voix tremblante demandai-je à l’hôtesse si, par hasard, elle pouvait me dépanner d’un bout de carton et d’un marqueur pour que je puisse y inscrire ma destination. Apparemment habituée à ce type de demande, elle s’exécuta et, dix minutes plus tard, je marchais le pouce tendu sur la route de l’aéroport, tirant ma valise à roulettes sur laquelle j’avais calé la pancarte « Coti Chiavari ».

Par chance, je n’eus pas à marcher bien longtemps. Avant même d’arriver au bout de la petite route de Campo del Oro, un gros pick-up blanc avec trois chiens dans la benne s’arrêta. Un petit homme au crâne chauve me fit signe de le rejoindre.

« Vous allez où à Coti ?

– Bonjour Monsieur, je vais au hameau de la Castagna,

– Je vous pose à l’embranchement de chez Mico, ça vous va ?

– C’est où Mico ?

– En bas de la Castagna

– D’accord, merci beaucoup Monsieur »

Il s’empara de ma valise et la jeta sans ménagements dans la benne au milieu des chiens. Lorsque j’ouvris la portière je fus accueillie par les jappements d’un athlétique Corsinu portant un gros collier orange.

« En arrière, en arrière Bella, laisse monter la dame elle fait le trajet avec nous »

C’est donc en compagnie de Jean-Do, mon chauffeur et Bella que je renouai avec les paysages et la culture de l’île sur fond de chants corses braillés par l’auto-radio du pick-up.

« Je n’ai pas le cœur de vous laisser comme ça au bord de la route, je vais vous monter jusqu’à la Castagna », déclara Jean-Do au bout d’une grosse demi-heure de trajet.

Au sommet d’une petite route tortueuse, je fis mes adieux à mon taxi du jour, un peu écœurée par le récit des exploits de chasse de Bella et ses amis canins.

Une fois le véhicule de Jean-Do disparu dans un nuage de poussière, je levai la tête vers la tour génoise et fus littéralement soufflée par le panorama qui s’offrait à moi. Baignées par la lumière orange du soleil couchant s’étalaient dans toute leur splendeur les eaux dorées du golfe d’Ajaccio, des Îles Sanguinaires jusqu’à l’aéroport, le mont Gozzi et le début de la plaine de Peri. Comme assoiffée, je bus goulûment, longuement, la beauté de ce paysage.

Mais la lumière baissait et j’avais encore du chemin à faire pour retrouver la petite maison en pierre. Farfouillant dans la poche de ma veste, j’en extirpai la feuille remise par le notaire. Il s’agissait d’une lettre à mon attention laissée par tonton PA :

Mi figliola ¹,

On ne s’est pas bien connus tous les deux, mais c’est à toi que je remets les clés de ma bergerie. Je le fais pour que tu apprennes à faire confiance au grand chêne qui te terrorisait tant lorsque tu étais petite. De lui n’aies plus peur, il est le gardien, le seul à savoir.

Du reste méfie-toi. Ne cherche pas le trésor du souvenir, il est dangereux. Si malgré tout il vient à toi, fuis et ne reviens jamais.

Ziu ² PA.

Au bas de la feuille figurait un plan maladroitement tracé par la main qui semble-t-il avait manuscrit la lettre. Il indiquait le chemin d’accès à la bergerie depuis la tour génoise. Je replaçai la feuille de papier dans ma poche puis me mis en route.

1 Ma fille

2 Tonton PA

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