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Le Souvenir

Episode 3

L'inconnu de la nuit

Je m’aperçus vite que j’avais complètement sous-estimé le trajet menant au refuge de tonton PA et j’avais surtout commis une grave erreur en m’embarquant sur un vol qui arrivait en fin de journée. Traînant ma valise sur l’interminable piste de terre, je voyais avec inquiétude le jour baisser. Mes pieds chaussés de petites sandales de ville glissaient sans cesse sur les cailloux. Lorsque l’une des roulettes céda dans une ornière, je pris la décision d’abandonner là ma valise, me promettant de venir la récupérer le lendemain. Je la cachai soigneusement dans un fourré près d’un gros rocher et repris ma route.

Les difficultés ne faisaient que commencer. Le plan indiquait qu’il fallait bifurquer sur un petit sentier à droite mais je ne voyais rien que du maquis touffu. Deux fois, je crus l’avoir trouvé mais dus rebrousser chemin à cause de la végétation trop dense.

Epuisée et franchement anxieuse, je me laissai tomber sur une pierre et ne pus retenir mes larmes. J’étais seule, perdue au crépuscule dans un inquiétant maquis qui commençait à bruisser d’étranges chuintements nocturnes ; ma situation semblait désespérée.

Je sentis soudain quelque chose se poser sur mon épaule. Je hurlai d’effroi en me levant d’un bond. Dans les brumes de la terreur, je distinguai alors une silhouette immobile qui me faisait face dans la pénombre.

« Vous êtes perdue ? » me demanda une voix d’homme.

Toute à ma frayeur je fus incapable d’articuler un mot.

« Je vais vous ramener au hameau », ajouta-t-il face à mon silence.

Et il s’engagea sur la piste. Comme je restais plantée sans bouger il finit par se retourner et me lança :

« À moins que vous ne préfériez passer la nuit seule au milieu des sangliers ! »

Mon sang ne fit qu’un tour et je courus le rejoindre en criant :

« Ce n’est pas au hameau que je veux aller !

– Ah bon ? Et où va une jeune femme en sandales au milieu du maquis à la tombée de la nuit ? Il n’y a pas de discothèque par ici, me répondit-il d’un ton amusé

– Je cherche la bergerie de Paul-Antoine Gaggini »

Il se figea, un lourd silence tomba. La nuit m’empêchait de distinguer les traits de son visage mais je devinais l’incrédulité de son regard peser sur moi.

« Et qu’est-ce que vous lui voulez au vieux Gaggini ?

– Ça ne vous regarde pas, répondis-je vaillamment rassemblant le peu de confiance en moi qu’il me restait

– Oh ! si j’étais vous, je ne ferais pas trop la maline. Allez, bona notte » et il tourna les talons.

L’urgence de la situation m’obligea à ravaler ma fierté et c’est en panique que je le rattrapai pour mendier son aide :

« Ok, ok, pardonnez-moi, je vais tout vous expliquer mais ne me laissez pas toute seule ici ! »

Sans s’arrêter il réitéra sa question :

« Qu’est-ce que vous lui voulez au vieux Gaggini ?

– Je suis sa nièce »

Il marqua une pause.

« Vous savez qu’il est mort ?

– Il m’a légué la bergerie. »

Il émit un sifflement ou plutôt un soupir et secoua la tête.

« Prénom de votre père ?

– Antoine-Marie

– De votre grand père ?

– Vous allez me faire la généalogie ?

– Hep !

– Ok, Paul-Antoine aussi et ma grand-mère s’appelait Déa, ils avaient plusieurs chiens pour la chasse mais leur préféré s’appelait Barbinu, ça vous va ? »

Il émit un grognement puis reprit :

« On n’a pas idée de chercher la bergerie Gaggini dans la nuit avec des sandales aux pieds, je vous préviens vous n’allez pas rigoler…

– J’ai dû abandonner ma valise au bord de la piste

– Et y a des chaussures de marche dedans ?

– Non

– Pffff ! »

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