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L'héritage des frères Villaverde

Episode 10

À Port d’Espagne, le crépuscule donnait à la mer toutes les tonalités de bleu et la paix envahissait l’âme de ceux qui la contemplaient. Les oiseaux tournoyaient au-dessus des navires qui se balançaient mollement au gré d’une douce brise. La même qui caressait le visage de Margarita penchée sur son balcon. Sa chevelure ondoyait tel un drapeau en haute mer et ses superbes yeux verts fixaient l’horizon. Bientôt, à la nuit tombée, elle guetterait l’arrivée de son amour.
Or ce soir-là Pedro avait grimpé le mur du côté opposé et, ayant traversé une pièce inoccupée ainsi que le couloir, il était entré dans la chambre de sa bien-aimée. Le corps de la jeune fille se distinguait à travers les fins rideaux de soie blanche, lui donnant les allures d’un ange. Pedro resta un court moment à la contempler avant de s’approcher en la prenant par la taille et en posant les lèvres sur son oreille pour lui murmurer des mots tendres. Elle se raidit mais ne tarda pas à reconnaître l’étreinte de son aimé.

« Quelle idée de passer par l’autre côté ? Tu m’as fait très peur !
– J’aime te surprendre, admit-il. Margarita je suis désolé… ce soir je ne peux m’attarder, je dois rejoindre mon ami Enzo.
– Pourquoi ? dit-elle avec une moue boudeuse.
– Cela fait quelque temps que je le délaisse pour venir te voir. Ce n’est pas très gentil de ma part. Je lui dois bien une soirée. Tu comprends, n’est-ce pas ?
– Oui bien-sûr. Je ne dois pas me montrer égoïste. Va et passe un bon moment avec ton ami. »

À ces paroles elle l’enlaça et colla la joue sur sa poitrine. Puis levant la tête, elle attendit qu’il vienne poser les lèvres sur sa bouche. Après quelques instants il se détacha, sans un mot descendit jusqu’au jardin et courut pour aller franchir le mur. Arrivé au port, Enzo l’attendait.

« Ah ! Te voilà. Tu as pu résister au chant de ta sirène ?
– Arrête de plaisanter ! Nous nous aimons. Et puis je suis là, non ? Où veux-tu aller ?
– Un bateau français vient d’arriver. J’aime assez leur compagnie. Ils sont allés à l’Auberge Rouge. Si nous y allions aussi ?
– D’accord. Ce soir c’est toi qui commandes ! »

Laissant le port derrière eux, ils s’engagèrent dans les rues tortueuses de la ville. Soudain Pedro eut la certitude qu’ils étaient suivis.

« Quelqu’un est derrière nous, Enzo. Ne te retourne pas.
– Ce doit être celui que nous avons aperçu. »

Les deux jeunes gens continuèrent à marcher en restant sur leurs gardes.

« Enzo, au prochain carrefour nous prendrons vite à gauche et nous nous cacherons contre le mur en attendant qu’il passe, chuchota-t-il. »

La proposition fut rapidement mise à exécution et ils entendirent les pas de leur poursuivant accélérer. Le bruit des bottes se rapprochait de plus en plus et le cœur des deux amis cognait au même rythme. Quand l’homme, guidé par son instinct, tourna lui aussi à gauche, Enzo se pencha vers lui, le prit par les épaules et le projeta brutalement contre le mur. Pedro, quant à lui, pointait déjà son épée sur son cou.

« Qui êtes-vous ? Que nous voulez-vous ? demanda-t-il avec beaucoup d’assurance.
– Mon nom est Alberto Suarez, répondit l’individu dont le visage était caché par son chapeau et l’obscurité.
– Pourquoi nous suivre ?
– Vous êtes bien Pedro de Villaverde ? demanda Suarez qui ne semblait pas avoir peur et restait parfaitement calme.
– Mais… oui… c’est moi, dit-il surpris.
– J’ai navigué sous les ordres de votre père et je sais où se trouve votre frère. »

Pedro se figea, comme paralysé. Il ne pouvait croire ce qu’il venait d’entendre. Cet homme venait de dire que Ricardo était en vie ! Il baissa lentement son épée et Enzo lâcha Suarez.

« Mon frère est vivant ?
– Oui, mais prisonnier des pirates. »

Le jeune de Villaverde se retourna pour tenter de mettre de l’ordre dans ses idées. Il ne savait par où commencer tant il avait de questions à poser.

« Bien, il faut que nous allions dans un lieu où nous pourrons parler, proposa-t-il.
– C’est ce que j’avais prévu, acquiesça Suarez. »

Ils choisirent une taverne moins fréquentée que l’Auberge Rouge, s’assirent et commandèrent du rhum.
L’homme ôta son chapeau et le jeta sur la table. Il avait la quarantaine, pas très grand mais à la silhouette athlétique et de longs cheveux bruns tombaient épars sur ses épaules. Ses joues étaient couvertes d’une multitude de petits cratères sans doute dus à la vérole. L’ensemble paraissait rustre mais son regard était droit et franc.

« Cela fait longtemps que vous me suivez, n’est-ce pas ?
– Oui, je devais être absolument sûr que vous étiez le fils d’Alejandro de Villaverde.
– Vous dites avoir connu mon père et savoir où se trouve mon frère. Racontez-moi. »

Suarez but une bonne rasade de rhum afin de se préparer à une longue tirade :

« Avant de rencontrer votre mère, Alejandro était un pirate, il commandait un bateau avec Luis Montego pour second. Votre père était un homme au cœur noble mais Luis était tout le contraire : méchant, à l’esprit retors, il tuait pour le plaisir. Votre père ne pouvait plus supporter cette vie et décida de partir. Il abandonna Montego sur une île et s’enfuit avec le navire dont la cale contenait six coffres d’or récemment capturés. Luis jura de se venger et de récupérer ce trésor qu’il estimait sien. Il chercha Alejandro pendant quinze ans, jusqu’à le retrouver. Ce jour-là je faisais partie des hommes descendus à terre. Cet ainsi que j’ai assisté au…
– Au quoi ? Pourquoi vous interrompez-vous ? Que s’est-il passé ? Je vous en prie, parlez ! »

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