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L'héritage des frères Villaverde

Episode 7

À bord de La Perle, Ricardo put passer les jours suivants à déambuler sur le pont et le soleil redonna vite de belles couleurs à sa peau. Il ne se lassait pas de contempler ces éléments dont il avait été si longtemps privé : la mer, le ciel, le soleil et les nuages.
Dès qu’il eut recouvré des forces, les pirates en firent leur esclave. Il devait lessiver les planchers, ranger les cabines, aider en cuisine et exécuter toutes sortes de besognes. La vie à bord était difficile car il vivait parmi les individus responsables de tous ses malheurs. L’équipage était composé de trente-cinq hommes qui passaient le plus clair de leur temps à boire du rhum et à chanter. Ils ne faisaient qu’attendre une annonce de la vigie pour attaquer un navire.
Ricardo ne parlait avec aucun d’eux, pas même avec celui qui l’avait nourri et qui avait essayé quelques fois, malgré l’interdiction de Montego, d’entamer une conversation.
Un matin, il fut réveillé par des cris.

« Terre, terre ! »

Tous se précipitèrent à la proue pour voir l’île qui apparaissait au loin.

« Virez à tribord, hissez les voiles du mât de misaine, cria Busard. »

Les hommes grimpèrent sur les haubans afin d’atteindre les vergues et libérer les voiles que le vent gonfla d’un coup dans un claquement de toile tendue.
L’île vers laquelle ils se dirigeaient s’appelait Antigua. Avec Barbuda, c’était la plus grande de cet archipel faisant partie des Petites Antilles. On pouvait apercevoir des anses aux magnifiques plages de sable blanc, ceinturées par une barrière de corail. Ils entrèrent dans le port de St John’s et se mirent à quai.
Montego n’avait guère d’espoir de recueillir des renseignements sur cette île corallienne et très accidentée, mais ils avaient besoin de s’approvisionner en vivres et en eau. Laissant quelques hommes s’occuper du ravitaillement, il prit la tête d’un petit détachement qui alla déambuler au cœur de la ville. Dans chaque auberge, dans chaque gargote il présentait Ricardo et demandait :

« Avez-vous déjà vu un garçon ressemblant à celui-ci ? »

Comme tous répondaient par la négative, il ne tarda pas à reprendre le chemin vers son navire. Ricardo était déçu. Sans trop y croire, mais avec une folle espérance, il aurait aimé que quelqu’un puisse leur parler de Pedro. Sans s’attarder, La Perle largua les amarres et mit cap au Sud.

Tandis qu’ils voguaient, les pensées du jeune homme allaient toutes vers son frère. Il se demandait dans quelle partie du monde ce dernier pouvait bien vivre espérant surtout qu’il était plus heureux que lui.
Les journées étaient monotones, tristes et sa vie n’avait pas beaucoup de sens. Aussi pensait-il souvent à la mort comme à une échappatoire, mais l’envie de retrouver son jumeau et la soif de vengeance lui redonnaient des forces.
Une nuit la lune rougeoya de façon étrange et des rafales d’air chaud vinrent balayer le pont.

« Une grosse tempête approche ! avertit le timonier. Cette fois nous ne pourrons pas l’éviter. »

Ricardo, qui s’était allongé du côté de la proue, ne fit pas attention aux paroles du pirate car la mer était très calme. Mais peu de temps plus tard, alors qu’il dormait profondément, une trombe d’eau lui tomba dessus et le fit se lever d’un bond. Les vagues ballottaient le navire en tous sens quand une lame énorme vint frapper la coque. La Perle gîta à tel point qu’elle faillit chavirer. Plusieurs pirates passèrent par-dessus bord et Ricardo dut s’agripper fortement au grand mât pour ne pas être emporté. Quelques hommes tentèrent de sauver leurs compagnons en lançant des cordes, mais la mer les engloutit immédiatement. Le vent était si violent qu’il chassait l’eau que les vagues projetaient sur le pont. Le capitaine criait en défiant mer et ciel.

« Vous ne m’aurez pas ! Rien ni personne n’aura raison de Montego ! »

Après avoir invectivé les éléments en furie, il donna l’ordre à tous de descendre afin de limiter les pertes.
La tempête dura trois jours et trois nuits, ponctuées de rares accalmies que les pirates mettaient à profit pour effectuer les réparations les plus urgentes Au matin du quatrième jour, le soleil brilla, les nuages s’éloignèrent et la mer se calma. Toutefois il fallut trouver rapidement une île, yjeter l’ancre et remettre le bateau en état. Après avoir fait le point avec son astrolabe, le capitaine Montego se retira dans sa cabine. En consultant toutes les cartes à sa disposition il sut à peu près où ils se trouvaient. Leur destination initiale était la Martinique mais il semblait que les vents violents les aient poussés bien au-delà et plus à l’est. Remontant sur le pont il s’adressa au timonier :

« Vite, 40° à tribord, nous naviguerons sous le vent ! »

Puis il ordonna de hisser toutes les voiles encore en état.

« Où allons-nous, Capitaine ? demanda Busard.
– Je pense que nous sommes à une journée de la Barbade, répondit-il sans autre commentaire et en repartant vers sa cabine. »

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