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L'héritage des frères Villaverde

Episode 8

Montego fit jeter l’ancre au large de la Barbade. Une grande partie de l’équipage était restée à bord afin de réparer les voiles et les planches du pont qui avaient été arrachées.
Ricardo, surveillé par deux hommes, Montego, Busard et trois pirates composaient ce petit détachement qui mit pied sur le sable blanc.
Ils s’avancèrent à l’intérieur de l’île à la végétation variée. Après les palmiers, ils traversèrent une forêt d’arbres inconnus d’où tombaient des lianes qui se balançaient doucement au gré du vent. Le sol évoquait un tapis d’un vert profond et les innombrables fleurs aux couleurs vives enchantaient le regard. Peu à peu la végétation s’éclaircit, l’herbe disparut pour laisser la place à une terre ocre. Dans cette clairière un village d’esclaves avait été bâti. De nombreux enfants couraient autour de petites huttes en bois tandis que les femmes observaient les nouveaux arrivants, apeurées. Peu d’hommes, sauf quelques vieillards, se trouvaient là car tous les autres devaient travailler sur les plantations de canne à sucre.
Montego ordonna que Ricardo soit ligoté à un arbre et surveillé. Mais son gardien avait très soif, aussi, avisant une femme qui passait avec une jarre, il alla vers elle et lui demanda à boire. C’est à ce moment qu’un négrillon d’une dizaine d’années s’approcha :

« Monsieur, pourquoi êtes-vous attaché ?
– Ces gens sont des pirates et je suis leur prisonnier, depuis cinq ans.
– Comment vous appelez-vous ?
– Mon nom est Ricardo de Villaverde. Petit, tu dois me rendre un service ! supplia-t-il. »

Mais le pirate vit le gamin et il lui cria de s’éloigner en faisant mine de prendre son épée. Le jeune esclave partit en courant et s’enfonça dans la forêt sans demander son reste.
En fin de journée, alors que le soleil couchant habillait d’or la cime des arbres, d’autres membres de l’équipage vinrent s’installer au village. Les esclaves qui revenaient du travail les accueillirent dans un silence angoissé.
Montego et Busard rapportèrent des volatiles qu’ils avaient chassés pour le repas du soir. Ils ordonnèrent aux villageois de leur servir du rhum distillé par eux-mêmes et passèrent la nuit à manger, à boire et à chanter.
Pendant ce temps Ricardo était toujours attaché à son arbre sans nourriture et… sans surveillance. Il sursauta lorsqu’il entendit un bruit dans son dos et, en tournant la tête, il vit le gamin qui s’approchait de lui :

« C’est moi Monsieur, n’ayez pas peur.
– Que fais-tu là ?
– Je vous ai apporté des bananes, dit-il en approchant un fruit de la bouche de Ricardo.
– Merci beaucoup, articula-t-il tout en mâchant. Quel est ton prénom ?
– On m’appelle Zac. Dites-moi comment je peux vous aider.
– Pour l’instant, tu ne peux rien faire. Tu vois que je suis entravé avec des fers et des menottes aux poignets qui ne peuvent s’ouvrir qu’avec une clé – dit-il en mordant goulument dans le fruit tendu par Zac – Par contre, si un jour quelqu’un se renseignait sur moi, dis-lui que j’étais ici, prisonnier de Montego et que nous nous dirigions vers La Grenade puis vers l’île de La Tortue. Tu n’oublieras pas ?
– Non Monsieur, je n’oublierai pas, je vous le promets.
– Allons, tu dois partir maintenant, avant qu’ils ne te voient. Moi non plus je n’oublierai jamais ce que tu as fait pour moi. »

Zac opina du chef et disparut dans l’obscurité. Un peu plus loin, seuls quelques pirates restaient éveillés près du feu. Au matin, c’est par un coup de pied que Montego salua son prisonnier. Ricardo ouvrit les yeux et ressentit la douleur provoquée par la mauvaise posture adoptée pour dormir contre l’arbre. Busard le libéra de ses attaches en l’aidant à se remettre debout. Ils s’apprêtaient à quitter l’île en emportant des vivres mais sans avoir fait de victimes. Le jeune de Villaverde regarda derrière lui tout en marchant, pour tenter d’apercevoir Zac. Il le vit qui se tenait près d’une hutte en lui faisant un signe d’adieu de la main. Ricardo regarda intensément l’enfant qui lui avait manifesté tant de gentillesse, jusqu’à l’orée de la forêt. Il grava dans sa mémoire l’image du garçon pieds nus, vêtu de guenilles, au visage grave et aux beaux yeux noirs qui lui renvoyaient un message d’espoir.
Ils prirent le même chemin verdoyant et arrivèrent à la plage où les attendaient les canots qui les ramèneraient à La Perle, ce bateau tant haï.
Comme prévu, ils firent route vers La Grenade. Là, ils effectueraient toutes les réparations nécessaires à la longue traversée de la mer des Caraïbes pour atteindre La Tortue, au nord d’Hispaniola.

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