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L'héritage des frères Villaverde

Episode 9

L’idée de s’échapper venait souvent à Ricardo, mais il n’entrevoyait pas d’autre solution que de sauter par-dessus bord, ce qui supposait une issue mortelle. Cependant, l’espoir de revoir un jour son frère l’aidait à supporter son triste quotidien. Alors, la nuit, quand il ne se sentait pas observé, il s’entraînait au maniement de l’épée avec un bâton. Peu à peu ses mouvements se firent plus précis et son bras prit de l’assurance. Pour développer son agilité il grimpait aux mâts et se balançait de l’un à l’autre avec des cordes. Il n’allait se coucher que lorsqu’il atteignait l’épuisement. Sans avoir, encore de plan précis d’évasion, il fondait ses espoirs sur une aide possible de la part d’un pirate nommé Felipe qu’il avait arraché à une mort certaine quelques jours plus tôt.
En effet, le soir de la tempête, alors qu’il était cramponné au mât, une énorme vague s’abattit sur le pont. Au même moment le bruit sinistre du bois qui craque se fit entendre et tous levèrent les yeux.

« La vergue de misaine est cassée, elle va tomber ! cria un homme qui se trouvait près du beaupré. »

Aussitôt tous les hommes qui se trouvaient là coururent vers la poupe tandis que la longue pièce de bois tombait à l’eau par tribord. Ricardo vit les poulies tourner à grande vitesse en laissant se dérouler les cordes dans un claquement de fouet. L’une d’entre elles s’accrocha à la jambe de celui qui avait donné l’alerte et le traîna sur toute la largeur du pont. Il criait au secours alors qu’il atteignait le bastingage et allait être précipité à la mer. Il avait beau s’arracher les ongles en essayant de se retenir, sa chute était inévitable.
Ricardo, sans réfléchir, se dirigea vers lui à quatre pattes aussi vite que cette posture et les éléments déchaînés le lui permettaient. Lorsqu’il atteignit le malheureux, celui-ci avait déjà fracassé les lisses et tenait d’une seule main un barreau de bois. Son corps pendait dans le vide quand Ricardo l’agrippa.

« Coupez la corde ! cria l’homme.
– Je n’ai rien pour couper ! »

Mais, cherchant des yeux quelque chose de tranchant, il avisa une dague perdue.

« Accrochez-vous encore un peu au barreau, je reviens !
– Je ne tiendrai pas longtemps, la vergue m’entraîne ! »

Ricardo se leva au péril de sa vie et courut vers l’arme ballottée au gré du roulis. Il revint aussitôt vers le pirate et lui dit :

« Je vais me laisser glisser le long de la coque. Tenez bon ! »

L’arme entre ses dents, il s’exécuta immédiatement. Quand il trouva une prise suffisamment solide, il saisit l’arme d’une main en se tenant de l’autre, mais il n’arrivait pas atteindre la maudite corde qui était enroulée autour de la cheville du marin.

« Vous devez faire un dernier effort et lever la jambe.
– Je vais essayer, répondit-il, prenant appui sur la coque afin de tirer son pied vers le haut dans un effort surhumain. »

Ricardo, de la pointe de la dague, s’acharna avec une énergie insoupçonnée et réussit à sectionner le cordage. Aussitôt la vergue s’enfonça dans l’eau tandis que l’infortuné remontait sur le pont.

« Merci, vous m’avez sauvé la vie, dit-il en haletant.
– Ce fut un plaisir, lui répondit Ricardo avec un sourire, tout en essayant t aussi de reprendre son souffle.
– Pourquoi avez-vous fait cela ?
– Pour être honnête, je n’en sais rien.
– Je vous suis redevable et je ne l’oublierai pas, je vous le promets. Je suis un pirate mais j’ai toujours de l’honneur et une parole, dit l’homme encore jeune en regardant son sauveur qui lui répondit par un hochement de tête. »

Malgré les rafales de vent et le fort tangage, Montego suivi comme son ombre par Busard s’approcha en applaudissant et, se moquant, dit :

« Tu devrais avoir honte, tu as été sauvé par le prisonnier.
– C’est vous qui devriez avoir honte ! Un de vos hommes a failli mourir et vous n’avez même pas levé le petit doigt, ni vous ni aucun de votre bande de lâches, hurla Ricardo. »

Montego, offensé, tira son épée au clair et la pointa sur la gorge du prisonnier.

« Tu devrais tenir compte de ta situation et de la personne à qui tu t’adresses quand tu ouvres la bouche.
– Qu’allez-vous faire ? Me tuer ? Croyez-vous que je tienne à la vie ? Vous n’êtes qu’un tueur sanguinaire mais vous tenez tant à retrouver mon frère que, pour une fois, vous allez vous contrôler et…
– Tais-toi sale petit insolent ! Tu es comme ton père ! »

Il le gifla violemment et, se retournant, ordonna à tout l’équipage d’aller se mettre à l’abri dans l’entrepont. Le jeune pirate tendit la main à Ricardo.

« Ça va ?
– Oui, c’est juste une petite coupure, dit-il en essuyant le sang qui coulait de sa pommette.
– Vous avez eu beaucoup de courage de lui parler ainsi.
– Je sais très bien qu’il ne me tuera pas. Comment vous appelez vous ? demanda-t-il pour changer de sujet.
– Mon prénom est Felipe. Allons nous mettre à l’abri, je crois que nous avons eu notre compte de péripéties aujourd’hui. »

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