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Mâchefer

Episode 12

... et une vraie faux

« Un duel à outrance ?
– Au sabre, l’arme traditionnelle de mon ancien régiment. Choisissez la vôtre, une arme blanche. Écartez-vous, Belle.
– Vous n’allez tout de même pas vous battre en duel, pas au XXIe siècle ? »

Malfait offrit une anecdote historique.

« Saviez-vous que le duel était puni de mort sous Richelieu ?
– Auriez-vous peur ?
– Peur de vous ? Vous rigolez.
– À moins que l’honneur, pour vous, ne soit un vain mot ?
– Non mais, tu l’entends, Aimé ? À mains nues que je vais te corriger, petit bonhomme. »

Belle hurla.

« Arrêtez ! Ça suffit, cessez de vous comporter comme des enfants. Gaston, présentez vos excuses à Paul et vous, Paul, faites de même. Vous avez trop bu. »

Gaston la poussa dehors.

« C’est une affaire d’hommes, va t’occuper de tes enfants, allez, ouste, dehors. J’ai choisi mon arme, Paul. Elle n’est plus très blanche, mais d’ici demain je l’aurai nettoyée. »

Aimé s’alarma.

« Tu ne vas quand même pas...
– Si. Dans ma famille, on s’est toujours battu à la faux. Avec une lame bien affutée, je te tranche une tête d’une seule main.  Quelles sont les règles du combat ?
– Combat jusqu’à ce que l’une des parties meure ou demande merci. Si je gagne, j’hérite de la librairie, terrain et bâtiment. Si vous gagnez, je vous laisse le camping-car. Monsieur Malfait, accepteriez-vous d’être mon témoin ?
– Avec plaisir. Ça consiste en quoi ?
– Constater que M. Lacharrue sera bien mort quand j’en aurai terminé avec lui.
– Un médecin ne serait-il pas plus approprié ?
– Ne t’en fais pas, Malfait, Aimé a l’habitude des carcasses. Tu me secondes, Aimé ?
– Naturellement. »

Malfait poussa un petit cri.

« Attendez ! Il est hors de question que je participe au combat. Je refuse de me battre contre Aimé.
– Pourquoi tu te battrais contre moi ?
– Lorsque les duels étaient à la mode, il n’était pas rare que les témoins s’en mêlent.
– Aucun danger, à moins que tu me manques de respect. Monsieur Verwool, puis-je vous entretenir en privé ?
– Dites ce que vous avez à dire, Aimé je n’ai rien à cacher.
– Tout cela est ridicule, il est encore temps de faire marche arrière. À Mâchefer, personne ne s’offusque d’avoir un gros ventre.
– Le problème n’est pas d’avoir ou de ne pas avoir un gros ventre, je ne suis pas aveugle. Le problème, c’est que vous mettiez le doigt dessus. Je ne supporte pas que l’on me traite de gros, et cela d’autant plus que c’est vrai. Lisez mon livre sur l’Afrique, vous y apprendrez le sort que je réserve à ceux qui m’offensent. Sachez que je suis un adepte du grand Musashi et de ses vingt-huit savoirs essentiels sur l’art du sabre.
– Possible, mais vous allez quand même vous prendre une lame de faux en pleine figure. Ça pèse dans les combien une lame, Malfait ?
– À vue de nez, je dirais un kilo.
– Masse par vitesse...
– Dix mètres par seconde ?
– Je vous laisse calculer l’énergie cinétique, Paul. On reprend à zéro ? Gaston ?
– Je ne suis pas contre, même si ce camping-car me plaît de plus en plus. Je me vois bien dedans avec Berthe visiter le département. »

Paul déclina l’offre.

« Trop tard. Ce qui est dit est dit. Demain à six heures sur la place de l’église. Profitez-en pour vous confesser. »

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