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Ragozine

Episode 10

Résumé de l'épisode précédent :

Déguisé en femme, Alex braque la même banque que la dernière fois et semble se foirer...

Ding et Pablo arrivent déguisés en policiers. Ils débloquent une immense somme d'argent qu'ils virent sur un compte anonyme. C'est là qu'Alex tue ses deux potes...

La fin est proche.

Les mains sur la tête, collants noirs, robe courte et chemise orange, Alex sortit de la banque, sous les viseurs d'une vingtaine de flics.

Avant de se faire plaquer au sol, il hurla :

« Regardez la vidéo du projet Ragozine ! Cette vidéo explique tout ! »

***

Cassandra se réveilla tard.

Estelle et Susan prenaient déjà leur petit-déjeuner. Elle leur marmonna un bonjour et se servit une tasse de thé. La radio était allumée.

En direct de Montmartre, le braqueur s'est livré, sans résistance. « Une vidéo explique tout...», aurait-il hurlé avant d'être mis à terre. Cet homme, recherché pour torture et...

Cassandra ouvrit de grands yeux.

« C'est pas vrai... »

Elle s'empressa de raconter l'histoire à ses colocataires. Des questions remontèrent à la surface. Pourquoi un tel braquage ? Pour la tune ? Et les autres ?

***

Bien avant qu'Alex sorte de la banque, Ding et Pablo s'étaient retrouvés au milieu des ordures. Toujours dans leurs déguisements de policiers, ils étaient sortis par le garage de la banque et avaient disparu. L'alerte venait à peine d'être donnée. Le subterfuge prolongeait la magie. Leurs morts fictives avaient été une idée pour faire planer le doute chez le banquier et leur octroyer un temps précieux pour disparaître.

« Quelle heure est-il, Pablo ? » demanda Ding.

Pablo regarda sa montre.

Sa deuxième, calée sur un fuseau horaire d’amérique du sud.

Il voyait sa mère. Elle le trainait par la main et lui promettait de le rejoindre. Il irait vivre à Paris. Les rues chiliennes étaient en ébullition. Il fallait partir. Le coup d'état allait accoucher d'un monstre...

Puis cette chose hideuse dévora ses parents. Des camps de concentration ? La torture ? Le viol ? Pablo n'avait jamais su. Les corps ne furent jamais retrouvés. Pas de sépultures. Pas de traces. Seule la rage…

Il réfléchit une seconde et dit :

« L'heure de prendre sa revanche. »

***

Cassandra était assaillie par les questions. Elle ne savait que penser du geste d'Alex. Ces Fous étaient sûrement partis dans un délire kamikaze. Ils avaient mal tourné, c'était sûr. Des paradis artificiels, voilà ce qui les attendait...

Elle se leva, sortit de la cuisine et s'affala sur son lit. Quelque chose la gênait. Elle passa sa main sous son dos et retrouva le collier qu'Alex lui avait offert. D'un geste, elle l'attacha à son cou. Elle l'observa. De l'ongle, elle plia le bout…

« Merde... »

Elle voulut remettre la forme en place, mais quelque chose bloquait. Comme une cachette secrète...

***

Regard neutre, Alex se mit à parler, face caméra :

« Nous avons perdu des batailles, mais pas la guerre. Nous sommes des loups, mais nous sommes aussi une meute. La violence ne résout rien, mais rien ne se résout sans violence.

En 2018, un ingénieur français a proposé une idée géniale. À l'heure de la fin du monde, nous devons créer une banque européenne capable d'investir des milliards dans des œuvres révolutionnaires : énergies renouvelables, agriculture biologique, recyclage global et déplacement non-polluant.

Au même moment, en cette même année 2018, l'évasion fiscale en France culminait à presque 40 milliards d'euros. Une somme inimaginable pour nos cerveaux de pauvres. Si vous, simple gens, ne payez pas vos impôts, vous aurez une amende et vous devrez payer. Mais quand vous gagnez des milliards, la justice est aveugle.

Alors nous avons décidé d'inverser la tendance.

Notre braquage n'est pas un vol, mais un juste retour des choses. Ces trois milliards d'euros que nous avons réussi à dérober proviennent de comptes suisses liés à l'évasion fiscale. Nous l'avons placé en lieux sûrs. Pourquoi ? Pour créer le projet de cet ingénieur. Le projet Ragozine. Maintenant...

Nous défions le monde d'accepter notre espoir. »

Le capuchon renfermait une clé USB.

La vidéo était dessus.

Ainsi qu'un fichier texte avec les coordonnées d'un compte bancaire. Cassandra cliqua, remplit plusieurs consignes et trouva le compte.

Un chiffre hors-norme. Qui devait être partagé avec les autres membres de Ragozine.

2,900,756,400 €

Son cerveau explosa.

***

Dans une prison française, deux silhouettes jouaient aux échecs. Les mains tapaient à la vitesse de l'éclair sur une horloge électronique et le jeu s'annonçait serré. Les blancs, acculés dans leur territoire, se défendaient en sortant leurs cavaliers. Les noirs eux, avaient dégainé leurs fous et attaquaient.

L'homme qui avait les blancs avança un pion solitaire. L’ennemi sauta dessus et cloua le cavalier adverse. En quelques passes d'armes, les noirs remportèrent la partie.

Le gagnant releva son béret. Une barbe de bruyère recouvrait son visage. C'était Alex. En face, un autre homme. Il voulut aussitôt sa revanche en_ bullet, _une partie d’une minute…

« Je ne lâche jamais, lança-t-il.

– Parfait, répondit Alex.

– Sans dévoiler tes trucs, comment s'appelle ta défense ?

– C'est la défense Ragozine. Complexe, mais fulgurante. Capable de renverser tout un système... »

***

Des années s'écoulèrent.

Avec l'argent, les Fous investirent dans divers projets. Tout d'abord, des fermes en permaculture. Reliées à des marchés paysans. Ainsi qu'à un réseau de panneaux solaires et de turbines hydroélectriques. Ils choisirent une petite vallée alsacienne pour ce projet. À chaque fois, ils donnaient l'argent sans attendre de retour. Créant emplois, avenirs, espoirs.

Pablo et Ding se mirent au vert pendant un certain temps, laissant la main aux nouvelles. Avec Estelle et Susan, Cassandra continua son combat pour la défense des animaux, l'égalité homme-femme ; l'égalité tout court.

Parfois elle visitait Alex en prison et se retrouvait dans un petit boxe clos, pourvu d'une table et de deux chaises. Elle avait le droit de l'embrasser, c'est tout. Il l'appelait _mon humanité. _Car, avant toute chose, c'était ce mot qui l'avait attiré chez elle.

Liberté.

Égalité.

Humanité.

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