la maison d'édition de séries littéraires

Ragozine

Episode 9

Résumé de l'épisode précédent :

Cassandra reçoit un message d'Alex : il a besoin d'une planque. Elle l'accueille, malgré des désaccords politiques clairement affichés. Cela ne les empêche pas de s'enlacer...

En attendant, Ding et Pablo se préparent psychologiquement à la grande action prévue pour le lendemain.

Muni de ses lunettes de soleil et encore une fois déguisé en femme, Alex était devant la même banque. Il observait le bouton d'entrée. Et il tremblait.

Sous la perruque, son cerveau jouait de l'orgue à conjectures.

Tu annules ta vie en faisant cela. Repars en arrière. Sois heureux avec elle. Elle mérite que tu vives...

Sa main pressa soudain sur le bouton.

Trop tard.

Le projet Ragozine allait enfin commencer.

***

Dès qu'il entra, il alla s'asseoir. Les étapes se déroulaient inlassablement dans son cerveau, qui ne jouait plus d'orgue mais s'était mis à la batterie. D'un geste discret, il sortit un bloc noir de son sac à main et le colla sous son siège. Les jambes croisées, il attendit. Il pensa soudain à Cassandra. Quand il l'avait déshabillée. À son épaule frissonnant sous l'onde électrique. Sa sueur suave. Son cœur magmatique…

« Suivant ! »

Il se leva timidement. Il sortit le pistolet silencieux, comme la dernière fois, puis dit :

« Vous allez me vider votre caisse... »

Le pistolet tomba et la guichetière le fixa l'espace d'un battement. Elle avait des cheveux noirs. Peut-être ébène. Peut-être pétrole. En tous cas, elle cria. Et courut dans le bureau voisin.

Paniqué par cette réaction si soudaine et par sa propre lenteur, Alex voulut bouger, mais il en fut incapable. Il passa alors par dessus le guichet – pas facile en talons et en collants-, puis il tira dans les vitres. Au milieu des cliquetis de verre, le directeur apparut :

« Trop tard salope ! Les flics vont bientôt débarquer ! Sac à merde ! »

Alex le pointa avec son arme.

« Je peux encore me rattraper sur vous... »

Le directeur changea de couleur. Alex allait appuyer sur la gâchette quand il se souvint de sa promesse...

La voiture de police déboula alors que les trois employés et le directeur avaient les mains sur le crâne. Alex tremblait. L'adrénaline. Sa drogue. Là, c'était l'overdose. Il regarda l'heure. De l'eau coulait dans son dos. Il devenait une fontaine de frousse.

Deux policiers cagoulés rentrèrent par la porte principale et lancèrent :

« Chopé ! »

Au bord de l'arrêt cardiaque, Alex soupira.

« Ça vous va vraiment pas ces déguisements de flics... »

Pablo ne put s'empêcher un ricanement. Le directeur de la banque, qui allait sauter de joie, se rassit, complètement perdu. Sous sa cagoule de policier, Pablo alla fermer les volets, barricada la porte d'entrée et se dirigea vers le guichet. Ding, déguisé lui aussi, sortit du matériel informatique.

« Mais qu'est-ce que vous foutez. Vous n'êtes pas de la police ? »

Alex visa le directeur et dit :

« Vous êtes bloqués ici. La police ne viendra pas. J'ai posé un brouilleur. Aucune alarme, aucun moyen de communication. La dernière fois, j'avais une minute pour tester vos réflexes. Vous êtes parfaits ! Maintenant, laissez-nous faire et on ne vous fera aucun mal... »

Le directeur ouvrit la bouche comme une anguille et resta sans voix. Ding savait exactement ce qu'il avait à faire. Il avait une grosse demi-heure avant que les clients toquent à la porte et tirent les sonnettes d'alarmes. Le pognon aujourd'hui n'était plus dans les coffres, mais sur des comptes numérotés en plein milieu des Alpes...

Connecté à l'ordinateur de la banque, il s'immisça dans le système d'échange, pirata quelques pages, craqua un code et déplaça soudain plusieurs centaines de millions sur un compte anonyme.

Il ne sourit pas.

Il pensait juste à Nick.

Il était fier de lui.

S'il portait aujourd'hui un déguisement de policier, c'est parce que Nick s'était sacrifié devant le commissariat...

***

La vidéo sur la violence animale sortit sur les réseaux sociaux et eut l'effet d'une petite bombe. Les journaux télévisés s'emparèrent du sujet, des plaintes furent déposées par l'abattoir et même des députés se réveillèrent de leur torpeur. Ne fallait-il pas créer une loi pour protéger ces animaux ?

Cassandra devait fêter ça à l'Anti-Spectacle. L'ambiance serait chaleureuse et l'alcool aurait le goût des petites victoires. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser à Alex.

Changer le monde devait-il se faire avec les poings ? Ne fallait-il pas plutôt semer chaque jour une petite graine et attendre qu'elle pousse ?

Il y avait urgence. Plantons, mais surtout agissons. Quel était alors ce fameux projet Ragozine ? Un départ pour les Bahamas avec un sacré paquet de dollars ? Ou bien quoi ?

***

Ding et Pablo rejoignirent Alex dans le bureau et firent signe que tout était sur les rails. Alex, avec son rouge à lèvres, sourit, puis fronça les sourcils. Il leva son arme en regardant fixement ses deux meilleurs potes.

« Merci les mecs. Vous avez été parfaits...»

D'une détente vicieuse, il tira deux coups. Au fond de lui, quelque chose s'effondra. Quelque chose qui avait la taille d'un immeuble de 24 étages.

Entre les cris des employés, il renifla.

Puis il s'approcha des corps.

Pablo s'était écroulé sur les genoux, le visage dans la moquette. Ding gisait, de côté, contre un mur. Alex leur prit le pouls et, l'un après l'autre, les tira vers le local à poubelle. Il ne lui restait plus beaucoup de temps...

Il enleva ensuite ses talons. Posa le pistolet. Derrière la fenêtre, les lumières bleues des policiers commençaient à affluer...

« C'est maintenant que ça va devenir drôle... »

Être averti des dernières sorties, directement par emaill
Recevoir la Newsletter