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Santé !

Episode 7

Esclandres

Nouvelle journée, nouveaux rapports. Je ne me laisse pourtant pas décourager par le pincement qui tente de me serrer le cœur. En acceptant la direction de cet asile, je savais quelle serait la tâche qui m’incomberait. C’est l’esprit léger que j’ai accepté ce sacrifice, pour que fleurissent les recherches auxquelles je me dévoue corps et âme depuis.
Un pli soucieux barre néanmoins mon front tandis que je parcours une énième fois ce rapport du regard. Depuis la visite de Fenny, Donald multiplie les esclandres. Un long soupir s’extirpe de ma cage thoracique et s’enroule autour des branches du lustre de cristal.

J’avoue avoir eu tort lors de mon dernier pronostic. Je bats ma coulpe d’avoir jugé Donald suffisamment inoffensif pour le laisser prendre ses repas au réfectoire en compagnie des autres patients. Le déjeuner avait pourtant démarré dans le calme…
Donald a refusé d’ingérer la moindre nourriture ou la moindre boisson. Le personnel est aussitôt intervenu. Loin des méthodes idéalistes de Mademoiselle Seti, ils ont su, professionnels, se montrer persuasifs pour forcer le récalcitrant à manger.
Entre deux bouchées de rôti, Donald hurlait qu’on l’assassinait ; que sa propre garde personnelle avait été vendue à la sorcière ; que sa pitance était empoisonnée par les soins de ceux-là mêmes qui devaient veiller sur lui. Il a alors commencé à proférer des menaces. Contre Fenny d’abord, puis contre les autres patients et l’ensemble du personnel. Une petite injection de calmant a finalement calmé ses ardeurs.

Seulement Donald a de la suite dans les idées. Pensif, j’ouvre un tiroir à la recherche d’autres dossiers. Après quelques instants de bruissement du papier, je trouve ce qui m’intéresse. Aussitôt j’écarte les babioles et la paperasse de moindre importance qui encombrent mon espace de travail. Un stylo déjà prêt à annoter, je relis tout le dossier de mon violent patient, ses antécédents et ses nombreuses années sous ma protection. Au fur et à mesure de ma lecture, mon front se creuse de rides soucieuses.
Jamais la haine de ce malade ne s’était, auparavant, concentrée sur une personne en particulier. Jamais il n’avait désigné verbalement de cible à sa paranoïa et, si sa famille a bien craint qu’il ne les tuât, jamais il n’avait clairement énoncé de menaces de mort.
Et ce Donald est visiblement un homme de parole. Hier, durant la promenade vespérale, il a tenté de mettre ses bravades à exécution.

J’avais pourtant, avec lucidité, affecté cette petite imbécile de Fenny à une tâche demandant peu de réflexion et ne l’exposant qu’à peu de danger. Tailler les rosiers est normalement à la portée de tous et je l’estimais suffisamment maligne malgré tout pour ne pas s’égratigner avec les ronces.
Seulement, le destin en a voulu autrement. Il a mis Donald sur sa route. Aveuglée par ses préceptes ineptes, Fenny n’a pas eu la présence d’esprit de s’éloigner. Non, au contraire, cette sotte est allée au-devant du malade mental qui souhaitait sa mort, le sourire aux lèvres. Avec des bêlements mièvres d’agneau sacrificiel, elle a demandé au fou de ses nouvelles et a tenté de le réconforter sur sa nouvelle et plus sévère réclusion.
Donald n’a même pas pris la peine de l’écouter. Sa main a fusé vers sa gorge et, presque aussitôt, la soi-disant infirmière s’est retrouvée sur le point de défaillir. Il a fallu plusieurs surveillants pour les séparer.
Cette sotte que je suis censée protéger et promouvoir sous peine de fermeture de mon établissement, mon bijou, se trouve pour la seconde fois à l’infirmerie après une semaine de service. Je ne puis que difficilement la supporter. Si elle cause des difficultés supplémentaires, je ne réfléchirai pas à deux fois avant de tenir tête à l’inspecteur.

Toutefois, Donald ne s’en est pas tenu à ces méfaits. Il s’est au moins montré plus malin que sa cible. Il ne lui a en effet fallu que quelques heures pour comprendre que la place de Fenny ici est déjà compromise et qu’il ne suffirait qu’un mot de moi pour qu’elle disparaisse.
Oh, bien sûr, tout ceci est passé au travers du prisme de son conte. Il me voit comme un puissant voisin et il me propose un pacte : la sorcière étant dangereuse, nous devrions nous allier pour l’éliminer. Il propose même, par galanterie entre voisins, de la tuer pour moi. En échange, il ne veut rien de plus qu’un peu d’argent afin d’embaucher un meilleur cuisinier.
La paperasse à présent parfaitement entassée et triée sur mon bureau, je reste pensif. Je n’ai pas besoin de l’aide d’un fou pour régler mes affaires. Néanmoins, un accident est si vite arrivé… L’inspecteur ne pourrait m’en vouloir si, malgré tous mes efforts, une infirmière mourrait des mains d’un patient trop dangereux dont je lui avais dit de ne pas s’approcher…
Ma participation à une telle mise à mort ne pourrait jamais être prouvée. Trouvons donc une tâche utile à cette infirmière, où elle serait moins exposée. Ce qui lui arrivera ensuite, peu me chaut.

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