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Voyage d'un enfant caramel dans un pays couleur de sel

Episode 7

Les télénovelas et moi

Un heureux désamour

J’aime pas trop les télénovelas, mais j’aime bien celle-là.
Elle passe à dix-huit heures, l’heure où l’on rentre chez soi.
Dix-huit heures, c’est l’heure du coucher, l’heure où les chiens s’arrêtent d’aboyer.
Quand ils n’aboient plus, ils deviennent des ombres et font peur. Ils se mêlent aux arbres et se cachent dans le sable. Ils deviennent peu à peu informes et effrayants.
Donc je les évite, je les aime pas trop. J’aime pas avoir peur, surtout quand il fait nuit et qu’il n’y a aucun bruit.

C’est toujours mieux de rentrer quand le ciel est bleu pétrole, on ne sait pas ce qui se noie dans la nuit. Nous, on sent juste la fraîcheur et les moustiques, donc on est contents d’être sur le canapé. Là il fait plus chaud et on est protégés. On écoute les enfants qui jouent et le bruit de fond de la télé. Les samouraïs et l’homme masqué. Et Spiderman, parce qu’on a le DVD.

Le soir, la ville se terre et s’obscurcit. Tout le monde rentre sauf Papa Séverin qui travaille plus loin. Le pauvre, il travaille au marché de Tié-Tié et doit toujours se lever très tôt et se coucher très tard. Il reste longtemps éveillé, et je pense même qu’il voit les esprits de la nuit, ceux qui essayent de rentrer dans notre parcelle pendant qu’on dort. Il doit sûrement les chasser pour pas qu’ils viennent nous ennuyer. Mais je suis pas sûre de ça, je lui ai jamais demandé.
Et c’est vrai que pendant son absence, on s’ennuie un peu devant la télé.
L’image est floue et carrée, les histoires qui passent sont un peu les mêmes. Il n’y a pas beaucoup d’action et beaucoup trop de péripéties rocambolesques. Les gens meurent et ressuscitent, ils se trahissent et se réconcilient. C’est pas très réaliste, mais j’aime bien quand même.

Mais même si j’aime pas trop les télénovelas, y’a une série que j’aime bien ici. Elle s’appelle Marina. C’est l’histoire d’une jeune batelière d’Acapulco qui devient riche. Dès le premier épisode, elle perd sa maman et sa maison. Ensuite elle perd son mari, mais elle le retrouve après. Elle perd aussi son bébé, mais elle le retrouve lui aussi. Elle a pas eu une vie facile Marina. Elle raconte toujours les mêmes choses, mais je l’aime bien quand même.

Alors à dix-huit heures, la vie s’arrête dans la maison et tout le monde s’assoit pour regarder Marina. La vie se fige, immobile, comme abreuvée par la télé et ses pixels.
Dix-huit heures, c’est l’heure où je pleure avec elle, l’heure où Mémé s’énerve contre cette vipère d’Alberta, l’heure où Donie se lamente avec la pauvre Laura, l’heure où Maman Nina crie contre Ricardo, et l’heure où Maman prie avec Lupe.
Dix-huit heures c’est une heure importante là-bas. C’est l’heure où l’on se réunit tous devant la télé, pour rire, potiner et pleurer.

J’aime bien Marina, mais ce que j’aime surtout, c’est la chanson du générique. On comprend pas bien les paroles, c’est chanté en espagnol. J’aurais pu chercher la signification, mais j’en ai pas envie. Je préfère imaginer que ça parle d’amour, de jeunesse ou de lutte. Et même si ça parle pas de ça, c’est pas grave.

En France, tout le monde n’aimerait pas cette série, certains la trouveraient niaise, et d’autres mal faite. Mais moi je l’aime bien, parce que c’est la musique du bonheur.

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