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ÉPISODE 1

Avant d’être définie comme l’obscurantisme, la religion fut, pendant des siècles, considérée comme la lumière du monde ; c’était ainsi le cas en cette nuit où la campagne était entièrement sombre. Il n’y avait pas d’étoiles, les vents avaient fini par tomber. C’était l’obscurité du tombeau.

Soudain, un visage s’éclaira. C’était un visage d’une totale austérité. Le crâne tondu évoquait remarquablement ces durs rochers que recouvre une mousse sèche, rase et rare. S’en dégageait une sévérité monacale que contredisait l’unique coquetterie d’un anneau d’or qui brillait à l’une des oreilles. La bouche disparaissait sous de longues moustaches rousses et le menton sous une barbe de même ton. À la lumière vacillante de la bougie, des ombres semblaient y danser avec des flammes. Son regard, glacial, restait fixé sur le vide malgré le clignement nerveux d’une paupière. Immobile dans l’obscurité, l’homme priait.

 

Un autre visage s’éclaira derrière-lui, celui d’une femme aux traits fins et à la mine contrite. Elle portait une coiffe compliquée et gardait les paupières baissées. Elle aussi semblait, à sa manière, à l'affût de quelque chose d’imperceptible. Son voisin n’avait pas bougé, comme si cette présence lui était indifférente.

Apparut alors la tête d’un vieillard au regard fatigué mais dont le col, d’une blancheur éclatante, trahissait des réflexes d’élégance persistants malgré le poids de l’âge. De ses yeux ternis, il regardait, sans paraître rien percevoir, dans la même direction que l’homme à la barbe de feu.

S'illuminèrent ensuite la face burinée d’un paysan sévère, fronçant excessivement le front à la manière d’un enfant concentré, puis celle de sa femme dont la coiffe était enfoncée sur de grands yeux étonnés. Peu à peu, c’était toute une foule d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants qui s’éclairait, une multitude d’âmes surgissant aux regards dans l’obscurité première.

 

« Et voici que s’est levée une lumière ; elle vient dissiper la ténèbre de nos nuits » annonça le prédicateur, brandissant le cierge pascal à hauteur de ses yeux à la manière d’un ostensoir. La foule fut parcourue d’un mouvement convulsif et confus comme elle se signait.

C’était en direction de ce prêtre que l’homme regardait.

La lumière vacillante, puisée directement à la source du saint cierge, continuait à se répandre de bougie à bougie, allumant de nouveaux visages sur les bords éloignés de la multitude. Le prédicateur parla d’une voix chantante, plus ornée, plus dentelée que son surplis. Il expliqua comment, dans l’immense nuit des origines, s’était allumée la flamme qui n’avait jamais quitté le monde, qui luisait depuis dans l’opacité du tombeau et devait aujourd’hui éclairer les pas de l’Église afin qu’elle ne trébuche dans la noirceur des temps.

Des senteurs d’encens se mêlaient aux odeurs fortes des foins prématurément coupés. La cérémonie se déroulait au milieu des champs. C’était une célébration de village, peut-être la plus petite qui se tenait en cette nuit de Pâques 1563 au cœur du Velay. Le curé n’avait avec lui qu’un unique enfant de chœur, les autres étaient partis pour servir la messe épiscopale à la ville.

 

En effet le même soir, à quelques lieues de là, l’évêque du Puy-en-Velay, monseigneur Sennecterre, célébrait l’office pascal en grandes pompes. Toute l’aristocratie vellave était présente dans sa cathédrale, non seulement pour louer la résurrection du Christ, mais aussi pour assister au retour d’un des héritiers les plus attendus de la région.

Le vieux baron de Saint Vidal ayant trépassé l’hiver dernier, son fils aîné, Antoine de Saint Vidal, devait rentrer ce soir au pays et reprendre le fief. Il venait de célébrer son mariage avec Claire de Saint-Point dont la beauté était souvent louée. Les mauvaises langues disaient d’ailleurs qu’elle n’avait d’égal que la laideur de son nouvel époux, car Saint Vidal était pour l'apparence plus bélître que bellâtre.

Parmi la foule qui se tenait dans la cathédrale illuminée du Puy, nombreux étaient les curieux venus essentiellement dans l’espoir d’apercevoir le jeune baron. Les aristocrates locaux, dont les pourpoints rivalisaient de couleurs et les fraises d’épaisseur, jetaient vers la chaise vide de Saint Vidal des regards pleins d’une curiosité fiévreuse qu’ils dissimulaient sous de grands rires confiants et des poignées de main démonstratives. Leurs dames se répétaient, avec des airs ennuyés, que la beauté de Claire de Saint-Point était, de source sûre, largement exagérée.

Comment le reconnaîtrait-on ? Il avait sûrement beaucoup changé ! Certains prétendaient qu’il avait attaché à son chapeau un grand panache rouge sang, et qu’à ce signe on le repérait aisément. On considérait ainsi les coiffes de tous ceux qui entraient, avant de les saluer.

Tandis que l’on piaffait d’impatience, seul monseigneur Sennecterre, dans sa sacristie, semblait prendre plus au sérieux le retour du Seigneur des cieux que l’arrivé de ce baron. Son unique curiosité fut d’envoyer un enfant de chœur voir si Saint Vidal était bien arrivé. Pas encore, lui répondit-on ; pour autant, il n’était pas question de retarder l’heure de la célébration. Avec ou sans lui, la messe serait dite.

 

Pendant ce temps, dans leur champ, les paysans chantaient religieusement le Gloria.

Après quarante jours de pénitences véritables, les visages exprimaient une joie proche du soulagement.

Seul l’homme à la barbe rousse gardait un air sévère.

À la lumière qui s’était enfin établie, on pouvait distinguer que son regard maintenu fixe se portait en réalité, non précisément sur le prêtre, mais sur la grande croix de procession que le servant tenait juste derrière lui. Fixant la figure dorée du Christ crucifié, il écarquillait les yeux par instant et murmurait, tenant résolument son cierge d’une main et, de l’autre, un grand chapeau de feutre.

 

La foule appelait la multitude des anges à partager sa joie, en cette nuit très sainte où la vie avait vaincu la mort, nuit d’hier et d’aujourd’hui. Les anges et tous les esprits bienheureux exultaient ainsi avec le peuple des fidèles, per omnia secula seculorum.

« Amen » murmura soudain dans sa barbe de feu, d’un ton plus bourru encore que celui du plus bourru de ses fermiers, Antoine II de la Tour, seigneur de Saint Vidal. Et, coiffant son feutre au panache rouge d'une main, il détacha son regard de la croix.


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