Appliquer
Original

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Sed non risus. Suspendisse lectus tortor, dignissim sit amet, adipiscing nec, ultricies sed, dolor. Cras elementum ultrices diam. Maecenas ligula massa, varius a, semper congue, euismod non, mi. Proin porttitor, orci nec nonummy molestie, enim est eleifend mi, non fermentum diam nisl sit amet erat. Duis semper. Duis arcu massa, scelerisque vitae, consequat in, pretium a, enim. Pellentesque congue.
Ut in risus volutpat libero pharetra tempor. Cras vestibulum bibendum augue. Praesent egestas leo in pede. Praesent blandit odio eu enim. Pellentesque sed dui ut augue blandit sodales. Vestibulum ante ipsum primis in faucibus orci luctus et ultrices posuere cubilia Curae; Aliquam nibh. Mauris ac mauris sed pede pellentesque fermentum. Maecenas adipiscing ante non diam sodales hendrerit.
Ut velit mauris, egestas sed, gravida nec, ornare ut, mi. Aenean ut orci vel massa suscipit pulvinar. Nulla sollicitudin. Fusce varius, ligula non tempus aliquam, nunc turpis ullamcorper nibh, in tempus sapien eros vitae ligula. Pellentesque rhoncus nunc et augue.

A
A
A
A
A
A
A
A
A

ÉPISODE 2

Porter des gants par cette chaleur était bien la dernière chose que l'évêque Senecterre pouvait souhaiter. Cela faisait des années que le printemps n’avait pas été aussi étouffant : dans certains champs les foins étaient déjà faits ! Gantées, quand bien même ce fût de soie, les mains devenaient nécessairement moites, ce qui était tout à fait désagréable. À bien juger toutefois, l’appréhension y était peut-être aussi pour quelque chose.

Le comte-évêque du Puy avait choisi de recevoir le baron de Saint Vidal en tenue liturgique. Ainsi se tenait-il la mitre à la tête et la crosse à la main, attendant son invité dans une lourde chasuble brodée de fils d’or qu’il avait gardée sur lui après la messe qu’il venait de célébrer. C’était une sage décision : sans cela, il aurait fallu recevoir le jeune baron du Velay dans une simple soutane ; or les premières impressions ne doivent jamais être négligées. Cela relevait de la politique plus que de la politesse, car il fallait bien amener ce jeune seigneur à comprendre que, s’il n’y avait pour le chrétien aucune obligation d’assister à la messe épiscopale du Puy plutôt qu’à celle de son village, c’était une nécessité d’entretenir, en tant qu’aristocrate le plus puissant du pays, de bonnes relations avec son évêque. Le recevoir ganté et mitré serait une façon discrète de souligner l’importance de cette rencontre.

Si ce n’était pas sa première entrevue en tant qu’évêque avec un aristocrate puissant, Monseigneur Sennecterre ne s’était pas encore tout à fait habitué à l’exercice. Ayant récemment été élevé, par la grâce de Dieu et du droit coutumier, à la dignité épiscopale du Velay, il était dans le fond encore assez jeune pour éprouver vis-à-vis de la part politique de sa charge un peu d’inquiétude car quelques intérêts. Aussi arborait-il un visage sévère, ses sourcils broussailleux froncés sur ses petits yeux noirs et son index magistral caressant distraitement son nez busqué.

                   

On frappa ; Sennecterre tressaillit. Il attendit de s’être tout à fait repris pour répondre, de son ton le plus détaché : « veuillez entrer… » Dans l’encadrement de la porte se dessina alors, non le mystérieux profil du baron de Saint Vidal, mais la petite silhouette trapue et familière du vieux Baptistoù, au service de Senecterre, qui venait changer les chandelles. Déçu dans son attente, l’évêque décida de s’asseoir et se mit à réfléchir.   

Ainsi, Saint Vidal était bien arrivé la veille dans le Velay. L’évêque, tout compte fait, n’en avait jamais vraiment douté. Bien sûr, il y avait eu des légions d’hypocrites pour affirmer, embarrassés, qu’il n’avait pu qu’arriver un grave accident au jeune baron pour qu’il manqua la messe épiscopale « et l’excellente homélie de Monseigneur ». Mais Sennecterre avait eu du mal à le croire, d’autant que ceux-là même qui l’affirmaient avaient souvent écouté son homélie d’une oreille distraite, les yeux rivés vers la porte de la cathédrale, attendant à tout moment l’entrée de Saint Vidal.

D’ailleurs, il n'aimait pas l’hypothèse de l’accident. Les temps étaient désormais trop graves pour que le retour d’un notable du pays soit pris à la légère. Depuis la Réforme, le Velay était profondément troublé. Les fondations de la société avaient été ébranlées plus sérieusement qu’on ne voulait l’admettre. L’évêque sentait autour de lui le monde trembler chaque jour davantage.

 

Les idées nouvelles avaient pourtant été accueillies dans l’enthousiasme général. On ne parlait que de la nécessité des changements liturgiques, et l’on acclamait les propositions venues de l’étranger. Puis les esprits s’étaient échauffés. À mesure que des positions claires émergeaient, une ligne de fracture se dessinait autour de laquelle chacun venait prendre place. Si l’on était tombé d’accord sur le besoin de redéfinir la place du clergé, on se déchirait sur la question des sacrements. Des pamphlets d’une rare violence circulaient. De Lyon étaient venus des prêtres dits « réformés » qui instruisaient leurs confrères et leurs ouailles selon des idées que Rome semblait de moins en moins approuver. Une grande partie du pays les suivait déjà lorsque la rupture avec le Pape fut officielle. Ceux qu’on se mit à appeler les « huguenots », en référence à Hugues Besançon qui menait alors la Réforme, avaient aussi l’oreille du Roi. Dans le Velay, on vivait encore les uns à côté des autres mais les esprits et les cœurs s’étaient indubitablement séparés.

La situation dégénéra brutalement lorsqu’à l’automne 1549, année de mauvaises récoltes, on avait retrouvé une statue de la vierge brisée à l’entrée du Puy. Le préfet de police de la ville fit alors arrêter un célèbre prédicateur réformé, à la descente même de sa chaire, convaincu que ses prêches qui appelaient à cesser le culte marial avaient suscité le scandale. Par cette décision, il avait cru obtenir l’ordre et analysait la violence qui couvait comme un retour à la paix.

Un mois plus tard, un calice fût dérobé dans l’une des églises de la ville. Personne dans le pays n’aurait accepté de reprendre un objet sacré ; puisque le vol ne pouvait être motivé par l’argent, il ne pouvait l’être que par un désir de profanation. On avait retrouvé un homme à proximité des lieux du crime. C’était un huguenot ; c’était un motif, on décida de le pendre. La nouvelle fit grand bruit, chaque camp était scandalisé pour des raisons opposées. Afin d’empêcher que la situation ne dégénère, l’ordre fut donné d’exécuter le suspect de nuit, sur la place du Martouret.

Le lendemain matin, la cité entière était en proie à de violentes émeutes. Au Puy, la majorité des citoyens étaient catholiques, mais, sans que les gouverneurs n’y prêtent réellement attention, les populations de nombreux villages avoisinants s’étaient converties au protestantisme. C'était un jour de marché. La foule afflua dans le centre-ville, et les échauffourées avec la maréchaussée commencèrent. À la fin de la journée on comptait une dizaine de morts ; on ne recensa pas les blessés.

Le surlendemain, les États du Velay envoyèrent quelques troupes dans les hameaux au nord du pays. Les cavaliers du gouverneur affrontèrent des milices locales armée de bâtons et de faux. Le préfet de police de la province y était considéré comme un personnage injuste, et ses hommes n’y étaient pas mieux reçus.  La rupture était cette fois définitivement consommée. De nombreux aventuriers, de retour des guerres d’Italie, rejoignaient certains villages du Velay pour prendre part aux milices. La situation empira encore d’un cran lorsque certains seigneurs des pays voisins décidèrent de se joindre à la querelle. Il y avait notamment cet homme, le chevalier Blacons, dont on affirmait qu’il sillonnait depuis peu le nord du Velay sans qu’aucun noble local ne puisse le trouver. On le disait à l’origine d’une grande partie des pillages dans les campagnes.

 

On frappa de nouveau à la porte. Le vieux Baptistoù entra et annonça sobrement « un homme ».

« - Parfait, répondit Sennecterre, je l’attendais. Comment est-il ?

- Il est vêtu à la paysanne, avec une longue barbe, et le crâne tondu. Il porte un feutre orné d’un panache écarlate et un justaucorps de velours, lequel, ajouta le vieil homme avec un ton de reproche, doit être violet sous la poussière...

- Ah, s’exclama l’évêque déçu dans son attente, je crains que ton paysan ne doive patienter : je suis sur le point de recevoir une visite d’une haute importance.

- C’est à dire que, sauf votre respect Monseigneur, cet homme prétend être le baron de Saint Vidal. »

Sennecterre eu un haussement de sourcil éloquent. Le jeune baron avait-il donc, à la manière des protestants, choisi de refuser tout luxe d’habillement ? Était-il, depuis son départ du pays, passé aux huguenots ? Il envoya son serviteur faire chercher le jeune seigneur.

La situation, pensa Sennecterre, était décidément bien compliquée ; et les gants en soie, tout compte fait, n’allaient peut-être pas être nécessaires.


Consentement d'utilisation des Cookies

J'accepte Notre site sauvegarde des traceurs textes (cookies) sur votre appareil afin de vous garantir de meilleurs contenus et à des fins de collectes statistiques.Vous pouvez désactiver l'usage des cookies en changeant les paramètres de votre navigateur. En poursuivant votre navigation sur notre site sans changer vos paramètres de navigateur vous nous accordez la permission de conserver des informations sur votre appareil.