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ÉPISODE 3

L’homme était penché sur les Écritures. Derrière lui, il y avait un ange aux ailes multicolores, léger comme un rayon de lumière. L’ange l’observait en souriant mais l’homme ne le voyait pas, absorbé par sa lecture.

C'était très réussi. Cette enluminure illustrait avec simplicité l'instant où l'Homme, alors qu'il tente de pénétrer par l'intelligence le mystère des Écritures, finit par oublier qu'il est toujours sous le regard du Créateur. Le frère Anselme considérait l’œuvre comme sa plus habile car elle avait la sobriété de l’évidence. Sa main n’avait t-elle pas été très sûre tandis qu’il la traçait ? Il posa lentement sa plume sur son bureau, ferma les yeux et rendit grâce. Le Seigneur était bon. Dans son dos, un rayon de soleil vint se déposer, léger comme un ange.

 

La cloche sonna soudain à la volée. Dans la grande salle du Scriptorium, une trentaine de moines copistes se levèrent dans un grand bruit de chaises. Ora et Labora : après le temps du travail venait celui de l’office. Le frère Anselme se leva aussi et vint rejoindre la colonne de moines marchant en direction de l’abbatiale. Comment acheverait-il cette enluminure ? En continuant à travailler avec des motifs simples. Il l’enfermerait dans un carré. Le carré, c’était le monde, étroit et limité ; il serait lui-même entouré d’un grand cercle, symbole du Ciel vaste et infini. Ainsi, la réalité étroite de ce monde participait au projet infini du Créateur comme la vie brève de l’homme à la vie éternelle de Dieu. N’était-ce pas ce qu’il avait voulu signifier ? Le long du cloître blanc illuminé par la lumière du jour, les silhouettes noires des frères avançaient désormais deux par deux. Frère Anselme leva les yeux. Un carré de ciel se découpait par-dessus le cloître. Au delà, son bleu profond devait embrasser tout le cercle de l’horizon. Oui, le Seigneur était bon. Il pénétra dans l’abbatiale.

 

Le long des stalles, les frères attendaient en silence que l’office débuta. Malgré les paupières fermées, leurs visages étaient plus crispés qu’à l’accoutumée. Il faut dire qu’il était difficile de faire le silence en soi quand la foule, s’agitant de l’autre côté du jubé, faisait monter au ciel un gigantesque brouhaha. Chacun des frères cherchait l’attitude la plus propice au recueillement : l’hôtelier avait recouvert son visage de ses mains, le sacristain souriait paisiblement quand son voisin, un frère novice, fronçait les sourcils d’une façon très pieuse, ou bien très agacée. Le père abbé, pour sa part, avait les yeux levés au ciel, mais cette posture en apparence mystique était plutôt le fait de son agacement.

On entonna le psaume. Les frères s’époumonèrent afin de couvrir les cris de la multitude et de lui signifier que l’office avait commencé. Ils obtinrent ainsi quelques minutes de silence complet. Comme on pouvait toutefois s’y attendre, un cri finit par rompre cette tranquillité. Il fut suivit de nombreux autres, puis d’une véritable clameur recouvrant totalement la voix du chantre qui continuait la lecture imperturbablement, quand bien même seul le mouvement de ses lèvres restait perceptible par sa communauté. Le père abbé, visiblement las, finit par se pencher de toute sa hauteur vers le prieur, un petit moine aux épaules tombantes, lui intimant l’ordre d’aller s’instruire de ce qui se passait. Celui-ci revint quelques instants plus tard, les épaules encore un peu plus tombantes, s’il était possible. Il rapporta : « Un miracle père abbé… » Il ne manquait plus que ça !

S’il y avait parfois des miracles à La Chaise-Dieu, ce n’était pas particulièrement du fait des moines mais plutôt d’un voisin, très actif malgré sa mort : saint Robert de Turlande. L’église était coupée en deux par le jubé servant de grand mur de clôture qui tenait les frères à l’écart du monde. De l’autre côté de ce mur et au pied de cette clôture fut enterré le célèbre saint du Velay, ayant, lui, vécu parmi les foules qui le tenaient encore en grande vénération. Régulièrement, saint Robert faisait des miracles pour ceux qui le priaient, et parfois même pendant l’office. On éclatait alors en mille cris de joie et l’on chantait en oubliant complètement la tranquille exultation des frères. La calme profession de foi de ces serviteurs fidèles finissait toujours par s’incliner devant l’exaltation temporaire que répandait le Seigneur avec une magnanimité confondante.

Comprenant qu’on ne pourrait, ce jour-ci non plus, modérer la liesse populaire, le père abbé invita exceptionnellement les frères à aller se recueillir dans leur cellule pour poursuivre l’office et, se montrant en cela peu rancunier, rendre grâce pour le miraculé.

 

Le frère Anselme demanda la permission de ne pas rejoindre sa cellule. Il y avait un lieu dans l’abbaye où le calme était plus propice au recueillement : le sommet de la tour Clémentine. Ainsi nommée en référence au Pape Clément VI, cette tour tenait du donjon autant que du clocher. C’était le meilleur observatoire pour embrasser le Velay du regard. Le frère Anselme en monta les marches quatre à quatre, son bréviaire sous le bras.

Arrivé au sommet, il exulta. Le Ciel, immense et bleu comme le manteau de la Vierge, surplombait le monde. Le pays s’étalait sous ses yeux. On voyait à ses pieds les pâturages et le bétail, au loin les collines de Chomelix et d’Allègre. On distinguait même, chose rare, la tour de Saint Vidal à l’horizon. Ce donjon de Saint Vidal, à l’extrémité du pays, formait comme le pendant de la tour Clémentine. La première protégeait les terres des maux de l’extérieur, la seconde gardait les hommes du mal dans les cœurs. Sous leurs ombres croisées, le Velay vivait en paix.

Toutefois, aujourd’hui quelque chose d’étrange troublait cette vision. Le frère Anselme plissa les yeux. Il ne rêvait pas, la tour de Saint Vidal commençait à changer de proportion ! Sa silhouette noire semblait s’étirer mystérieusement. Le visage du frère se figea d’effroi lorsqu’il comprit soudain : ce n’était pas le donjon de Saint Vidal qui s’élevait ainsi dans les airs, c’était une colonne de fumée ! On avait mis le feu au garant de la paix.


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