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ÉPISODE 4

La pluie était enfin tombée. Elle avait emporté avec elle les restes de fumée qui avaient un temps noirci l’horizon. Les gouttes coulaient lentement sur les fenêtres du Scriptorium, comme la cire le long des cierges. Une main sur le front quand l’autre, incapable de saisir sa plume, reposait sur sa table de travail, le frère Anselme ne parvenait pas à se concentrer.

Pendant plusieurs heures il avait été furieux. Observer un incendie au loin sans ne pouvoir rien faire d’autre qu’admirer la fumée s’élever, ne pas même pouvoir descendre au village pour s’enquérir de la situation, tout cela lui avait donné un odieux sentiment d’impuissance. Puis, sans qu’on vienne véritablement les chercher, les nouvelles étaient parvenues jusque dans l’abbaye. Désormais, il était inquiet. Lorsqu’il avait appris que ce n’était pas le donjon de Saint Vidal mais une tour de la ville du Puy située juste derrière qui avait brûlée au matin, il avait d’abord été rassuré ; mais cela lui avait aussi ôté l’espoir, jusque là persistant, qu’il se fût agit d’un accident. Le prieur qui l’avait renseigné s’était montré formel : des criminels étaient à l’origine de ce malheur. Ils s’étaient introduit dans la tour à l’heure où elle était la moins surveillée, avaient passé ses gardiens au fil de l’épée, puis avaient mis feu au bâtiment avant d’être finalement surpris dedans. Ces malheureux étaient à présent enfermés dans les geôles du préfet de police qui se chargeait, disait-on, d’obtenir d’eux des renseignements de ses propres mains.

Le prieur avait conclu, sans se départir de son calme habituel, que le crime correspondait exactement aux méthodes de Blacons ; il s’étonnait que le seigneur ait pu infiltrer la ville à ce point. Le frère Anselme partageait largement ce point de vue, et en son for intérieur poussait le raisonnement plus loin. D’une part, il ne lui semblait pas aller de soi qu’il faille voir dans cette affaire une quelconque preuve d’infiltration profonde de la ville par les gens du seigneur Blacons, ce chef de guerre protestant dont on disait qu’il écumait la région. Ces malfrats pouvaient venir de n’importe où. Ils s’étaient peut-être présentés au Puy le jour même : déduire que la garnison aurait à demi délaissé son poste à l’heure du déjeuner n’avait rien de remarquablement stratégique. D’autre part, c’était l’existence même de ce « chevalier Blacons » qui lui semblait hautement sujette à caution. On en parlait comme d’une mystérieuse menace que personne n’avait pu combattre. Or le frère savait bien que les gens du pays vellave aiment trop les histoires pour que toutes celles qu’ils racontent aient besoin d’être vraies. D’ailleurs, celle du chevalier Blacons arrangeait un peu trop nettement deux camps pour qu’elle fût parfaitement crédible : celui des bandes de pillards huguenots qui, pour effrayer les campagnes, se plaçaient disait-on sous sa terrible protection ; et celui du préfet de police du Puy qui camouflait son incapacité à tenir correctement son rôle par la chasse au dit Blacons, lequel était censé se trouver derrière chaque débordement mais demeurait insaisissable.

En général, ces anecdotes politiques n’intéressaient guère le frère Anselme ; ce qui le préoccupait, c’était la division des âmes de ce pays. Né au Velay, dans une famille paysanne habituée à sa campagne pauvre mais paisible, il avait vu les tensions apparaître autour de la Réforme. Il se rappelait une époque où dans chaque maisonnée, y compris la sienne, on discutait des idées nouvelles parfois avec curiosité, parfois même avec enthousiasme. Désormais, leur seule évocation amenait la dispute.

La cloche du Scriptorium tinta. Le frère regarda son enluminure. Il ne l’avait pas retouchée depuis le matin. Replaçant, de concert avec les autres moines, sa chaise sous le bureau, il décida de profiter du temps de récréation qui leur était enfin accordé pour se changer les idées en allant passer un moment au paradis.

 

L’abbaye de la Chaise Dieu avait été conçue non d’abord comme un lieu de vie communautaire, qu’elle était de fait, mais comme une préfiguration de la cité de Dieu. L’architecture n’était pour les moines qu’un moyen de faire sentir la présence de la demeure céleste sous l’enveloppe du monde. Aussi, y avait-t-il, au plus près du chœur de l’abbatial où se disait la messe, des fresques représentant le paradis. Les contempler était pour le frère Anselme une grande source de félicité.

Il se rendit d’un bon pas vers l’immense église à la silhouette trapue aux pieds de laquelle se groupaient les bâtiments de l’abbaye. Vue d’en bas, elle présentait une façade belle mais austère, édifiée par des moines qui ne l’avaient sûrement pas moins été. Pour y accéder, il fallait emprunter le grand escalier du parvis. Les marches étonnamment raides avaient été disposées par les constructeurs pour faire sentir aux genoux des pèlerins futurs que l'élévation de l’âme ne demandait pas moins d’effort que celle du corps. Cette montée était toutefois récompensée à l’arrivée par la vue du statuaire qui ornait le porche : septs grands saints, mitrés, tonsurés ou casqués, accueillaient le croyant  méritant, pointant leurs index magistraux vers le ciel, présentant avec indifférence les outils de leurs martyrs. Certains semblaient même esquisser un sourire complice sous leur barbes de pierres. Ces gigantesques statues n’avaient rien d’une décoration : elles faisaient directement voir au moine le chœur de ses prédécesseurs dans la Foi qui l’accueillaient fraternellement dans la maison du Seigneur. En les observant, le frère Anselme sentit déjà ses soucis s’éloigner.

Il rentra dans l’abbatiale qui avait la particularité de ne pas être soumise aux variations des saisons et de demeurer glaciale quelle que fût la chaleur extérieure. Il passa respectueusement devant la tombe de Saint Robert, le faiseur de miracle, et avec émotion devant celle de Clément VI. Avant de devenir le Pape mécène que le monde a connu, Clément VI avait en effet été simple moine dans cette abbaye au fond de l’Auvergne. Voir sa sépulture était toujours pour le frère Anselme l’occasion de ressentir la réconfortante certitude que son choix de vie monastique ne le coupait pas du monde, bien au contraire puisque même caché dans cette abbaye du Velay l’on pouvait être appelé un jour à Rome. Il aimait à constater cet ordre du peuple des fidèles qui contrastait avec la confusion ambiante. Partout l’on ne voyait qu’arbitraire, incompréhensibles traditions coutumières, droits embrouillés qui n’était que lois du plus fort. L’Église, elle, s’ordonnait avec justice, et l’on pouvait plus facilement, en tant que simple frère, accéder au trône universel de saint Pierre, que devenir un petit seigneur local quand on était né paysan, fut-ce le plus riche du pays.

Tout en souriant rêveusement à cette pensée, le frère Anselme atteignit le paradis. Il était situé dans le transept gauche de l’église. Ce n’étaient que quelques fresques du bas-côté, mais quelle verdure semblait recouvrir ces murs de pierre ! On y voyait les arbres les plus rares, chargés des fruits les plus savoureux. Les sources d’eau claire qu’on avait peintes semblaient doucement murmurer, leur chant se mêlant à celui des oiseaux et aux parfums des fleurs rares. Au-dessus de ce jardin des délices, brillait un superbe un vitrail. Des anges y étaient représentés, mais le frère Anselme en les regardant ne voyait pas tant le verre peint illuminé que  les séraphins du Seigneur directement transfigurés de sa divine clarté.

S’abîmant en contemplation, il songeait éveillé. Non, décidément, son choix d’entrer dans les ordres ne l’avait pas coupé du monde, au contraire, il l’en avait éloigné pour mieux lui faire atteindre la réalité spirituelle qui le sous-tendait. Le monde, sa violence, ses chevaliers Blacons, tout cela n’était que passager. Dans ce transept, l’art avait définitivement chassé le doute, ce qui n’était pas loin d’être un petit miracle. Les fumées de la tour aperçues au matin étaient désormais loin, loin dans son esprit.


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