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ÉPISODE 5

La porte s’ouvrit à la volée et Saint Vidal surgit dans la pièce. Il la traversa à grandes enjambées et vint jeter le genou à terre au pied de Sennecterre dans un grand bruissement de cape froissée. Tandis qu’il frôlait des lèvres l’anneau épiscopal, l’évêque écarta l’hypothèse d’une conversion à la Réforme ; ou du moins, si le baron était religionnaire, il avait une étrange façon de le montrer ! Une fois que Saint Vidal se fut relevé, Sennecterre eu la double surprise de découvrir dans le même temps sa petite taille et sa jeune apparence. Non que la chose fut improbable, mais elle contrastait avec l’impression que dégageait sa présence car, malgré sa jeunesse, Saint Vidal avait plus d’autorité que certains vieillards ; malgré sa taille, il paraissait impensable de prendre un tel homme de haut. Ce petit corps mince semblait animé d’une étrange force, et l’évêque ne put s’empêcher de songer à ces plantes vivaces que l’on découvre avec surprise au milieu d’un sol rocailleux, ou sur le bord d’un toit.

« - On m’a reproché, dit brusquement Saint Vidal sans autre préambule, de n’avoir pas assisté hier à l’office que vous célébriez au Puy Monseigneur. J’ai pris la liberté d’assurer à mes accusateurs que vous approuviez ma décision. Ai-je bien fait ? Je savais en effet que vous même, qui êtes comte de cette ville, connaissez assez l’importance pour un seigneur de demeurer en son fief quand il le peut. »

L’évêque dissimula sa surprise devant cette entrée en matière qui faisait fi de presque toutes les règles de la politesse, et qui semblait écarter d’emblée les excuses qu’il aurait pu être en droit d’attendre pour l’absence du jeune aristocrate à son office. Saint Vidal avait parlé d’une traite, avec assurance, sans montrer le moindre trouble ; aussi Sennecterre répondit avec calme :

« - Mais vous avez tout à fait raison monsieur le baron. Si votre conscience vous dictait de demeurer dans votre domaine, je ne saurais, moi qui suis votre évêque, vous donner l’ordre contraire. Le sentiment de ceux qui vous ont fait une telle accusation sera simplement venu de ce que toute la noblesse vellave était présente hier à la cathédrale…

- C’est que toute la noblesse vellave a tort, répondit Saint Vidal, poursuivant son idée sans sembler percevoir le moindre reproche. J’y vois là un fait fort inquiétant, une conséquence de cette mode qui voudrait que les seigneurs vivent en permanence loin de leurs terres, qu’ils soient à Toulouse l’hiver, passent leur automne à Paris et leur printemps je-ne-sais-où encore. « Les besoins de la politique », nous disent-ils, les appellent à courir le royaume pour être de toutes les assemblées, de tous les parlements et de tous les états ; la belle affaire ! Je ne connais, moi, d’autre politique que celle qui se mène au milieu de ses gens. Car qui donc connaît une terre si ce n’est son seigneur ? Et quel seigneur peut prétendre à une terre sur laquelle il ne met pas les pieds ? »

Pour appuyer sa démonstration, Saint Vidal se tourna en même temps vers la fenêtre qu’il ouvrit en grand : « dites moi par exemple, s’il vous plaît Monseigneur, ce que vous entendez du dehors.

- Mais je n’entends rien, répondit Sénecterre légèrement surpris. Voyant que ce n’était pas là la réponse souhaitée, il ajouta : enfin, rien d’autre que la rumeur qui monte de la ville : les cloches du couvent des carmes, des chevaux qui hennissent sur la place du Loup et les tintement de la forge de la rue de la Rochette.

-  Voyez Monseigneur que c’est moi, et non vous, qui en réalité n’entend rien ici, car je n’aurais su identifier comme vous l’avez fait les sons de ce brouhaha. Il me semble qu’il en va de même en ce qui concerne le gouvernement d’un fief : l’on ne sait être attentif à ce qui s’y passe que grâce à l’habitude prise d’une longue fréquentation. Vous avez coutume d’être à votre fenêtre ; je dois avoir celle d’être dans mon château. Et rien hormis les nécessités de la guerre ne me le fera quitter. Il faut que Saint Vidal demeure à Saint Vidal ».

Il avait prononcé cette conclusion avec orgueil. Peut-être pour la nuancer, il ajouta plus calmement, et d’un air entendu : « je crois que les malheurs que nous connaissons aujourd’hui ne seraient pas de la même ampleur si les seigneur savaient diriger leurs fiefs. »

Senecterre acquiesça gravement. La rhétorique de ce jeune baron était surprenante mais, puisque l’on touchait désormais au cœur du sujet, c’était à l’évêque de reprendre la parole. Il amena la conversation aux enjeux politiques actuels. Très rapidement, les derniers doutes sur la conversion de Saint Vidal au protestantisme furent balayés : le grand seigneur demeurait bien catholique, et était même un catholique comme on en voyait peu. Il avait ainsi toujours sur lui, dans une large bourse de cuir qui pendait à son ceinturon, un bréviaire qu’il lisait quotidiennement. S’il portait les cheveux ras, c’était en référence à l’apôtre Saint Paul qui, selon une vieille coutume juive, s’était fait raser la tête après son départ de Corinthe. Saint Vidal avait adopté cette tradition peu après qu’il eut quitté le Velay dans sa seizième année. L’évêque songea que son retour au pays n’entrainerait sûrement pas la repousse de ses cheveux, car l’homme avait les apparences en horreur. Au cours de la conversation, il avait ainsi régulièrement fustigé les grands seigneurs qui accordaient trop d’importance à l’habillement dans une attitude fort éloignée de l’exemple des apôtres. Il avait même jeté sur le surplis de dentelle son évêque un regard suspicieux, et semblait n’en penser pas moins de ses gants de soie. Pour autant, ce mépris de la parure était le seul point commun notable qu’il partageait avec les huguenots, car il tenait visiblement la Réforme pour dangereuse et se promit à plusieurs reprises de tout faire garder ses terres « des feux de l’hérésie ».

La conversation dura jusqu’à la tombée de la nuit. Une fois Saint Vidal reparti, l’évêque resta un long moment à méditer ce qu’il venait d’entendre. Par la fenêtre restée ouverte lui parvenait la chaleur du soir, mêlée à l’ensemble des petits bruits nocturnes que continue à faire une ville en dormant. C’était juste, remarqua Senecterre : il connaissait et il aimait tous ces sons ; ce jeune baron avait décidément pour lui une grande force de persuasion.


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