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ÉPISODE 7

Le château des Polignac était de loin la plus superbe des demeures de la région. Si celui des Saint Vidal était encore une forteresse, le leur était déjà un palais. Il restait un donjon en son centre, mais il servait de clocher. Le premier dans le Velay, le seigneur de Polignac avait fait élargir ses fenêtres, prenant le risque d’affaiblir ses défenses mais imitant le luxe des demeures italiennes. Le décor de roches et de pins aurait certes difficilement rivalisé avec les paysages ensoleillés de la Toscane, mais ce mélange de raffinement et de nature sauvage donnait au château un charme particulier.

Polignac lui-même attendait Sennecterre sur le perron, en chapeau. En le voyant arriver, il descendit amicalement les marches, les mains tendues et le visage ouvert.

Il était superbement vêtu. Son habit gris perle laissait voir, sous une large culotte bouffante, des bas de soie impeccablement tendus, lui conservant malgré son âge vénérable une silhouette de jeune homme. Une fraise élégante travaillée de dentelles faisait ressortir les traits de son visage, comme posé sur cette assiette blanche. Ceux-ci paraissaient magnifiquement résister à l’épreuve du temps, et lui donnaient moins l’air de vieillir que de s’assagir. Ses cheveux argentés ondulaient légèrement sur les tempes, et sa barbe fournie, parfaitement brossée, avait les mêmes mouvements.

Ne cessant de sourire, il embrassa d’un geste rapide l’anneau de l’évêque, puis serra chaleureusement ses mains dans les siennes, gantées de frangipanes. Cette visite était pour lui « une grande source de joie ».

 

Avant toute autre affaire, Polignac voulut montrer à l’évêque sa fabrique de parfums. L’aristocratie de toute l’europe se passionnait alors pour la confection de senteurs, les progrès de la distillation et l’usage de serpentins permettant à nombre de grands seigneurs de réaliser leurs propres fragrances. Avec enthousiasme, Polignac détailla à Sennecterre le fonctionnement de ces appareils qu’alimentaient des matières premières fort diverses, certaines ramenées directement des comptoir portugais aux Amériques.

Ils passèrent ensuite à la bibliothèque du château, où ils restèrent un long moment. Polignac possédait une remarquable collection d’ouvrages. Il avait bien sûr les auteurs antiques, grecs et latins, poètes et philosophes, mais aussi certains romans de chevalerie comme l’Amadis de Gaule, dont il s’était procuré un magnifique exemplaire de confection espagnole - «  car ce n’est - hélas ! - pas à La Chaise Dieu que l’on recopierait ce genre de manuscrits… » Par ailleurs, il aimait la poésie contemporaine, les dialogues de Marguerite de Navarre ou les ballades de Clément Marot. De ce dernier, il possédait aussi la traduction des Psaumes réalisée avec l’aide de Théodore de Bèze, ouvrage qu’on lisait volontiers dans le camp des réformés.

De ce texte, la conversation passa naturellement aux œuvres de Luther, et Polignac amena Sennecterre devant un magnifique lutrin de chêne où il avait exposé Dispute sur la puissance des indulgences.

« Prenez-le Monseigneur, offrit-il, le présentant de la main dans geste magnanime : c’est, après tout, plus écrit pour vous qui êtes homme d’Église que pour moi qui suis arrivé à l’âge où l’on préfère relire Ovide que les dernières inventions de la Théologie ».

Le remerciant de cette largesse, Sennecterre emporta le manuscrit.

                              

Récupérer ce texte n’était toutefois pas l’unique motif de la visite de l’évêque. Il avait en effet entendu dire, par un témoignage indiscret, que le fils de Polignac avait quitté le château depuis maintenant plusieurs mois sans donner de nouvelles. Aussi, avait-il été surpris de découvrir le vicomte en si bonne forme, parlant avec tant de facilités, alors même qu’il s’attendait à trouver le vieil homme défait par l’inquiétude. Ayant appris à se méfier des apparences, Sennecterre décida d’aborder le sujet avec délicatesse. Polignac par sa réponse lui parut toutefois absolument sans inquiétudes. Il était tout au plus légèrement agacé, mais tempérait son irritation par de grands rires indulgents. « La jeunesse, vous savez, est difficilement contrôlable. Elle est souvent audacieuse, parfois téméraire, mais c’est aussi ainsi que se forment les grands hommes » dit-il d’un air qui laissait suffisamment entendre que cette maxime sur les grands hommes s’illustrait dans son propre exemple. L’évêque n’insista pas.

La conversation se poursuivit à l’extérieur. Polignac demanda, au détour d’une phrase, des nouvelles de Saint Vidal. Sennecterre n’ignorait pas, la chose était publique, que les deux familles entretenaient depuis longtemps une rivalité. Le vieux seigneur, bon joueur, s’abstint de commentaires sur le nouvel héritier. Il ne put toutefois s’empêcher de remarquer que son absence à la messe de Pâques était un manquement à ses devoirs de gentilhomme. Prenant l’air débonnaire de qui se sait magnanime, il s’empressa d’ajouter, comme il l’avait fait pour son propre fils, que la jeunesse avait toujours le droit de plaider l’inexpérience.

 

Tout en marchant, les deux hommes s’étaient éloignés de la cour. Ils étaient à présent devant un champ de blés qui avait fini de monter. La conversation porta sur l’incendie de la tour du Puy.

« - Voyez, dit subitement l’aristocrate, s’arrêtant et posant sa main gantée sur le bras de son interlocuteur, je crois que les controverses qui nous occupent en ce moment pourraient être réglées facilement. Il alla cueillir une tige au bord du champ. L’humanité, reprit-il, est dans le fond comme cet épi. Vous me dites vous soucier des différences de dogmes qui divisent les hommes en deux rangées de grains distincts. Mais ne sommes nous pas tous, avant tout, portés par la même tige de notre nature commune ? Il marqua un temps d’arrêt dans une pose pensive, légèrement théâtrale, puis reprit sans liens apparents : avez-vous, Monseigneur, entendu parler d’Érasme de Rotterdam ? C’est un chanoine fort savant qui dit sur l’homme de justes choses. Il est de ces beaux esprits préoccupés des studia humanitatis, qui se soucient de revenir aux textes antiques plutôt qu’aux gloses interminables qu’ils ont, hélas, trop souvent provoquées. Car que sont ces écrits scolastiques par rapports à la sainte Bible ; et que sont, finalement, nos débats théologiques face à Dieu ? Peut-être est-il grand temps d’arrêter de se diviser sur les sacrements et de se rappeler que nous sommes d’abord des hommes ; qu’en pensez-vous Monseigneur ? »

Sennecterre ne répondit pas tout de suite. Il réfléchit un temps, puis se tourna vers les blés, les montra, et dit : « Je crains que notre humanité ne soit pas tant comme cet épi que comme ce champ. Chacun de nous est fait pour s’élever et porter du fruit. Mais, pendant la nuit, l’Ennemi est venu semer autour de nous de mauvaises graines. L’ivraie qui nous étouffe fait que jamais plus nous ne montons aisément vers le ciel. Or, dit-il en pointant un index vers le ciel, pour s’élever un tant soit peu, encore faut-il savoir où portent les rayons du soleil, n’est-ce pas monsieur le vicomte ? C’est à déterminer cela que servent tous ces débats…

- Certes, répondit Polignac à brûle-pourpoint, mais alors comment savoir vers où les blés doivent se tourner si chacun prête au soleil une position contraire ?

-  Il se trouve, monsieur de Polignac, reparti l’évêque avec autorité, que je ne connais d’autre lumière que celle du Christ et que, pour illuminer nos cœurs, il a fait que nous puissions toujours, par l’intermédiaire d’une simple farine de ces grains de blés broyés, entrer en communion avec lui dans le pain consacré. C’est la Foi de l’Église, trancha t-il d’un ton qui concluait assez nettement la conversation. »

Polignac ne répondit pas tout de suite ; il semblait un peu déçu de son résultat. Puis, reprenant sa contenance habituelle, il eu un léger rire entendu et dit : « bien sûr, la métaphore du blé n’est pas la mieux choisie. Bien, bien, ajouta t-il d’un ton dégagé, là-dessus monseigneur, puisque nous l’évoquions, il est peut-être l’heure de votre messe ? Je ne saurai vous faire manquer à vos devoirs, et si l’office vous attend, mes livres m’appellent aussi. Puis-je vous raccompagner ? »

Ainsi, tandis que Sennecterre allait à la chapelle, Polignac s’en retourna à sa bibliothèque.


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