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ÉPISODE 8

Le frère Anselme allait en chantonnant. Sa besace sous le bras, les sandales aux pieds, il se sentait le cœur léger comme il empruntait, sous un soleil matinal, le chemin du village. Se promener librement dehors quand, la veille encore, il se désespérait d’être à jamais cloitré dans l’abbaye, c’était un heureux don de la Providence !

Le matin, le père abbé l’avait convoqué dans son bureau. Depuis quelques mois, les moines travaillaient à la construction d’un petit oratoire au hameau de la Chapelle-Geneste, non loin de la Chaise Dieu. Ils avaient maintenant besoin d’un artiste pour en peindre les fresques. Le prieur avait chaudement recommandé le frère Anselme qui avait un art très sûr en matière d’enluminure, et qui connaissait par ailleurs comme personne les fresques de l’abbatiale. En son for intérieur, frère Anselme se disait que ce n’était qu’en partie vrai : s’il avait effectivement longuement observé les peintures de l’église, il avait toutefois volontairement omis d’aller voir la plus célèbre d’entre elles. Il s’agissait de la fresque dite de La Danse macabre, qui se situait dans le transept opposé à celui du Paradis. La mort y était représentée sous la forme d’une troupe de « transis » qui, comme de grands squelettes dans un ballet funèbre, entrainaient vers leurs trépas tous les hommes, de l’empereur au paysan. C’était, en somme, la terrible illustration mystique de cette devise juridique : « le mort saisit le vif ». On parlait de cette œuvre dans presque toute l’Europe, mais jamais le frère Anselme ne s’était résolu à sa contemplation : l’art n’avait pas selon lui à s’attarder sur la mort, il devait célébrer la vie.

Peut-être, songea t-il, aurait-il dû préciser cette ignorance au père abbé. Avait-il menti par cette omission ? Il réfléchit à ce qu’il connaissait du mensonge, songeant à un texte qu’il avait quelques mois plus tôt recopié, dans lequel saint Augustin traitait la question. Le docteur de l’Église enseignait que mentir était avoir une chose dans l’esprit et dans ses paroles en suggérer une autre. C’était après tout bien le cas du frère Anselme qui par son attitude confirmait les dires du prieur, cachant qu’il ne connaissait pas chaque fresque de l’abbatiale. Était-ce si grave ? Oui, répondait dans sa tête la voix autoritaire du saint, car la vérité émanant directement de Dieu, la trahir revenait à rompre son alliance avec Lui. Le texte de saint Augustin se concluait d’ailleurs ainsi : « nous sommes tenus en toutes circonstances à l’obligation absolue de ne jamais mentir ». Vaincu par ce raisonnement exigeant, le frère Anselme songea qu’il ne lui restait plus qu’à réparer son tort auprès de Dieu et de son père abbé en allant se confesser.

Le novice qui l’accompagnait le tira alors de ses pensées : on arrivait.

 

Une équipe d’artisans attendait devant le chantier. Le frère Anselme eu la joie de reconnaître, parmi eux l’immense silhouette barbue d’un ébéniste qu’il connaissait bien. Prénommé Loís, il avait grandi dans le même village que lui.

Le petit groupe ne sembla pas remarquer l’arrivé des deux moines tant la conversation était animée :

« - Et alors, Saint Vidal surgit de son donjon en faisant tournoyer au dessus de sa tête une épée longue comme ma jambe : ‘Malheur ! qu’il hurlait, malheur à qui me trouble !’ Et sa voix était si puissante que même le père Giroux du fond de son village a entendu l’écho, racontait un tout petit homme avec animation.

- Le père Giroux ? Il est même pas capable d’entendre quand la mère Giroux l'appelle au champ pour son souper… remarqua un grand chauve dans un éclat de rire qui trahissait une dentition imparfaite.

- Peut-être bien, répliqua son interlocuteur agacé de cette interruption, mais là il a tout entendu ! Et puis d’autres ont vu Saint Vidal errant dans la campagne, avec Saint Hérem, lieutenant du roi en Auvergne, et Saint Chaumont, qui l’est en Forez. Les trois seigneurs marchent à la tête d’une troupe de milles braves soudards. Ils chevauchent en permanence et personne ne sait où ils sont à cette heure. Oh, ils font prompte et bonne justice : s’ils voient un réformé, ils avisent l’arbre le plus proche pour l’envoyer s’y balancer, conclut-il avec une joie mauvaise.

- Puissent les Trois Saints nous protéger de Blacons, ajouta un vieux moustachu enthousiasmé par tant de bonnes nouvelles.

- Et ce Blacons, qui peut témoigner l’avoir croisé ? Le père Giroux, dont la vue est peut-être aussi bonne que l’ouïe ? »

C’était le frère Anselme qui avait parlé, s’introduisant dans la conversation à la surprise générale.

Le petit homme repris vite contenance, ravi, dans le fond, de voir son public s’élargir.

« - Oh, le sieur Blacons peu d’entre nous l’ont vu, mais ceux qui ont croisé sa route s’en souviendront toujours, commença t-il avec emphase. Fixant le lointain, il décrit : c’est un grand chevalier pâle, qui frappe la nuit aux rayons de la lune. Il chevauche une haute monture noire, et guide ses mercenaires au cœur de nos villages. Lui ne met jamais la main à l’épée, il se contente de donner les ordres. En guise de seule parure, une grande collerette blanche orne ses habits sombres comme la mort. Et pour son visage : c’est une longue figure qu’encadre une superbe chevelure blonde. Mais attention ! Cette apparente beauté est contrariée par une immense tâche de vin qui lui court entre les yeux, le défigurant entièrement et révélant au monde la noirceur de son âme…

Par cette description éloquente, le petit homme avait obtenu un silence effrayé. Le frère Anselme le rompit :

- Bien, dit-il d’une voix un peu trop enjouée pour quelqu’un qui aurait pleinement goûté la saveur de cette tirade, alors pourquoi personne ne met la main sur ce chevalier errant ? Voici des mois qu’on en parle et nul ne sait où il est ! Il semblerait que ce soit plus un fantôme qu’un homme qui le hante le Velay…

- Hé hé, mais pourquoi pas, répondit le petit homme soudain gêné car il savait que les moines n’appréciaient guère ce genres de croyances.

- Parce que les morts n’attaquent pas les vivants, répondit le frère catégoriquement. Vous vous effrayez vous-même en inventant vos ennemis, et cela n’est pas sain. Les temps sont trop troublés pour qu’on se laisse à parler à tort et à travers. Cherchez plutôt à faire sortir de l’hérésie vos voisins huguenots que de leur prêter des chefs imaginaires.

- Imaginaires ! Reprit indigné le vieux moustachu. Et la statue de la vierge brisée, c’était imaginaire ça mon frère ? Et le calice volé au Puy ?

- C’est à dire que, mon frère, vous nous reprochez nos peurs, mais vous ne vivez pas vraiment dans notre monde, ajouta le chauve édenté sur le ton de la conciliation.

Le frère Anselme se senti vivement piqué par cette dernière remarque : il avait, après tout, grandit, comme eux, dans un village.

- Tâchons de nous concentrer sur notre travail plutôt que de nous répandre sur des sujets qui ne dépendent pas de nous, conclut-il avec une calme autorité, gardant pour lui son trouble. Puis, laissant là les artisans commenter tout bas ses dires, il alla visiter le chantier.

 

La journée passa rapidement, car le bénédictin était absorbé dans sa tâche. Il fallait déterminer quels murs recouvriraient les fresques et quels thèmes seraient abordés. Le frère Anselme avait pour idée de reprendre le motif de son enluminure figurant l’homme penchés sur les écritures, mais il s’agissait de l’inclure dans un ensemble ; peut-être un cycle sur la connaissance de Dieu, avec une scène représentant la messe et une autre donnant à voir le dernier miracle de Saint Robert de Turlande, s’il était confirmé à temps.

Il en était là de ses réflexions lorsqu’il apperçut Loís. Celui-ci allait partir au village, mais voulait savoir si le frère était satisfait de son travail. Frère Anselme retrouva bien, à sa manière d’être calme et attentionnée, l’adolescent qu’il avait connu dans son enfance. Certes, il était maintenant devenu un homme - et même un colosse, ce à quoi les hommes de sa famille étaient prédestinés - mais il conservait une étonnante forme de douceur. La conversation dériva lentement sur la situation du pays. Le frère savait que la famille de l’ébéniste s’était en partie convertie à la Réforme. Lui-même était peut-être huguenot, mais il ne s’attardait pas sur les sujets religieux et s’acquittait avec toute la rigueur nécessaire d’une tâche consistant à sculpter une statue de la vierge pour l’oratoire. Dans l’ensemble, leur village d’origine était resté assez divisé sur les questions religieuse, le curé ayant dans un premier temps embrassé les idées Réforme, puis s’étant finalement rangé à la position de Rome.

Au bout d’un moment passé à déplorer la difficulté des temps présents, le frère montra le chantier à Loís et dit : « voyez, je crois que la solution à toutes ces controverses se trouve peut-être là. Voyant que son interlocuteur ne le comprenait pas, il expliqua : dans l’Art, tout simplement. Comment ne pas voir dans cette beauté la marque de Dieu ? Comment ne pas, huguenots et catholiques, tomber ensemble à genoux et révérer son nom quand on voit les merveilles de notre abbatiale, les statuts des saints du Seigneur, les fresques de son Paradis… »

Loís écoutait avec attention. Il semblait convaincu. L’idée que la beauté, qui venait de Dieu, puisse mettre tout le monde d’accord, ne lui avait, disait-il, encore jamais traversé l’esprit ; pourtant elle lui paraissait maintenant une évidence !

« À notre manière nous œuvrons pour le Seigneur et pour le bien du pays », conclut le frère Anselme avec fougue. « Ça se pourrait » renchérit Loís, avec moins d’éloquence mais tout autant d’entrain. Puis ils se quittèrent, tous deux ravis de cet échange.


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