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ÉPISODE 9

Le lendemain du jour où il visita le chantier de la Chapelle-Geneste, le frère Anselme passa une excellente journée, heureux de ce travail qui l’attendait et un peu, aussi, de l’importance soudaine qui lui était accordée. Le père abbé lui avait demandé pour le soir même une entrevue afin de parler de ses fresques.  

Durant l’après-midi, il finit son enluminure et ajouta plusieurs lignes au texte qui l’accompagnait. Copier un manuscrit était alors une affaire sérieuse. Qu’ils finissent rongés, moisis ou simplement décomposés, les textes étaient à l’époque eux aussi sujets au vieillissement. Par leurs ateliers, les moines parvenaient à conserver un certain nombre d’ouvrages, mais la sélection naturelle des écrits demeurait un fait. Des siècles de pratique avaient amené les religieux à façonner une calligraphie appliquée et subtile qui épousait au mieux le rythme de leur existence, afin que le copiste, comme le frère au labour, puisse aller à sa tâche en restant uni à Dieu. La ligne que traçait la plume, comme le sillon que suivait le moine à la charrue, devait être pour l’âme un chemin harmonieux. Durant ce long labeur, le frère avait le temps de voir le livre se graver en son esprit, à mesure que sa plume creusait le papier. Chaque mot lentement calligraphié s’inscrivait dans sa mémoire, si bien qu’un texte ainsi conservé l’était en réalité deux fois : l’une dans le cœur du copiste, l’autre dans l’ouvrage de ses mains, les deux étant malheureusement à la merci du temps.

Cela faisait plusieurs mois que le frère Anselme copiait ainsi un ensemble de textes que l’on prêtait à sancti Augustini. Il y avait parmi eux des extraits de La Cité de Dieu, le traité Du mensonge et des Sermons sur la chute de Rome. Il n’était pas encore certain du nombre de Sermons qu’il pourrait y ajouter car il avait reçu pour former son in octavo une centaine de grandes feuilles seulement. Elles étaient en revanche d’une superbe confection, directement produite à Ambert où l’on trouvait l’un des plus vieux moulin à papier du royaume de France. Les moines y apportaient leurs propres chiffons qui, après avoir fermenté en cuve, étaient battus, triturés et pilés pour former la pâte épaisse dont on tirait ces feuilles magnifiques. Elles étaient séchées plusieurs jours durant au plafond de l’atelier, puis les maîtres papetiers les lissaient à l’aide d’un silex ce qui leur donnait un grain quasiment uniforme sur lequel la plume glissait avec aisance. Le frère Anselme passa et repassa ses doigts avec ravissement sur cette surface quasiment dépourvue d’aspérités : on vivait décidément une époque étonnante de technique ! Puis il s’interrogea longuement sur la meilleure façon d’organiser son écriture sur la page beige qui s’étalait devant lui.

Il était tout à ses réflexions lorsque la cloche tinta ; le temps avait passé bien vite. Il décida de laisser son ouvrage sur la table, afin de l’y retrouver après son entrevue avec le père abbé.

 

La salle dite « de l’abbé », où celui-ci pouvait recevoir seul à seul les frères de son ordre, était située à l’autre bout du monastère. C’était en réalité une cellule qui, au lieu d’un lit, comportait une table et deux chaises assez mal empaillées. Lorsque le frère arriva, le père abbé était en conversation avec le prieur. Il lui fit tout de même signe d’entrer : « prenez place, frère Anselme, dit-il en désignant la chaise laissée vide par son interlocuteur, peut-être parce qu’elle ne donnait guère envie de s’y asseoir. Nous tentons de prendre la bonne décision au sujet du miracle survenu au tombeau de saint Robert, ce qui n’est un secret pour personne. À moins qu’un devoir immédiat ne vous appelle, patientez donc : nous prendrons le temps de nous parler après. »

L’enquête pour l’authentification du miracle avait visiblement commencé. On avait mandaté au village du miraculé deux religieux pour s’assurer qu’il s’agissait bien d’un infirme. Ils avaient obtenus des témoignages satisfaisants. Par ailleurs, l’homme avait été ausculté par le frère infirmier, qui avait rédigé une lettre sur son état de santé. Ces précautions prises, en accord avec les dernières réformes canoniques du concile de Trente, l’affaire était maintenant entre les mains de l’évêque qui devait trancher du caractère religieux de cette guérison et étudier s’il elle était le fait des prières à saint Robert. La grande question était en outre de savoir quand faire venir la commission épiscopale. Le père abbé tenait entre ses mains une lettre de Sennecterre, qui semblait vouloir rendre la plus discrète possible son arrivée. « Voyez, expliquait le père abbé, Monseigneur semble craindre d’attirer sur notre abbaye une trop forte attention, car en ces temps troublés les miracles sont objets de suspicion. » Le Prieur acquiesçait gravement. Pour concilier les marques de respect dues à l’évêque et les exigences de retenues que celui-ci avait formulées, il fut décidé qu’on l’accueillerait « avec une discrète solennité  » - ce qui parut au frère Anselme une étrange façon de procéder, mais l’on ne sollicita pas son avis. Il finit par se laisser distraire en regardant par la fenêtre. Un cavalier venait vers l’abbaye.

On se tourna enfin vers lui. Le père abbé, se levant de toute sa hauteur, proposa de poursuivre leur entretien dehors car il devait, comme chaque soir à cette heure, aller inspecter vergers et potagers. Tandis qu’ils arpentaient d’un bon pas les couloirs du monastère, le frère Anselme lui fit un rapport complet de ce qu’il avait vu à la Chapelle-Genest et détailla ses projets concernant la fresque. Le père abbé souhaitait savoir combien de jours par semaine nécessitait cette tâche loin de l’abbaye. Il fut convenu que deux jours suffiraient, afin que le frère Anselme ne manque pas au Sciptorium. Ils arrivèrent aux vergers. Le soir était extrêmement doux et exhalait un parfum d’herbes séchées. Des moines par groupe de deux s’occupaient des pommiers. On entendait la cacophonie des crapauds qui saluaient l’arrivée de la nuit dans l’étang du monastère.

 

C’est alors que le cavalier qu’avait aperçu le frère par la fenêtre dans la salle de l’abbé débarqua au grand galop. Il avait l’air horrifié.

« - Ils sont là ! hurla t-il. Ils arrivent !

- Qui donc ? Parle voyons ! répondit vivement le père abbé, surpris par cette entrée fracassante.

- Une troupe de huguenots ! Ils sont à la hauteur de la Chapelle-Geneste. Ils ont pillés le village et ses habitants sans y mettre le feu pour ne pas être repérés. J’étais aux champs, j’ai tout bien vu ! J’ai même pu voir le sieur qui leur donnait les ordres : c’était un jeune homme blond, avec une grande tâche rouge sur un visage très blanc ! »

Le cavalier mit pied à terre et le père abbé l'entraîna rapidement à part. Le frère Anselme eu juste le temps d’entendre cette remarque : « ils sont aussi accompagnés d’un jeune aristocrate qui semble les guider, expliquait l’homme avec agitation. J’ai cru reconnaître le fils de Polignac. »

Le frère resta figé d’épouvante. Ainsi, on venait les assassiner au cœur même de leur abbaye ! Il regarda autour de lui, incrédule. Le plus effroyable était que, malgré cela, le monde ne s’était pas fracturé. Les crapauds insensibles continuaient leurs chants, et le soleil n’avait pas renoncé à sa course paisible. Au loin dans les vergers, les frères ignorant la nouvelle goûtaient encore la douceur de cette belle soirée. Le prieur fit sonner la cloche, et le frère Anselme les vit arriver en souriant.

Le visage de l’artisan qui, la vieille, lui avait parlé de Blacons, lui revint subitement en mémoire ; cet abruti avait tort : le chevalier n’avait rien d’un fantôme !


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